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Qui pourrait profiter de la vague de privatisations grecque ?

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Alors que les taux longs grecs s’envolent sur rumeur de défaut sur la dette publique, une vaste vente d'actifs industriels publics se prépare dans la péninsule. Parmi les acquéreurs potentiels, des industriels français pourraient y trouver certaines opportunités. Etat des lieux.

Qui pourrait profiter de la vague de privatisations grecque ? © Mario's Planet - Flickr - C.C.

La Grèce n'en finit pas de s'enfoncer dans la crise et le puits sans fond de sa dette. Pour tenter de remonter en surface, le 10 juin dernier, Athènes rallongeait encore sa liste de cessions, sur pression des bailleurs de fonds. Et nommait les experts chargés de rendre belle la mariée.

L'ample mise en vente des propriétés publiques, allant des télécoms à l'électricité en passant par les ports, les aéroports et les trains, est censée rapporter 50 milliards d'euros au pays d'ici à 2015. Dénoncé comme un "bradage" par les syndicats et de larges pans de l'opinion publique le programme fait aujourd’hui l’objet de convoitises.

"Si vous êtes soumis à des conditions financières dures, vous vendez mal, parce que vous êtes pressé", souligne l’économiste Jérôme Creel joint par L’Usine Nouvelle. Professeur à l'ESCP-EAP et directeur adjoint du département des études de l'OFCE, il distingue "deux types d’acheteurs" sur les rangs. "Les "pairs industriels", et les prédateurs. Ceux-ci cherchent à obtenir le prix le plus bas possible d’entreprises qui vont mal pour pouvoir les casser afin de les revendre".

Du côté des entreprises publiques en mauvaise posture financière, "juste à l’équilibre ou en léger déficit", l’économiste Jean-Marc Daniel cite les transports. L'aéroport international d'Athènes, déjà aux mains de fonds de pension allemands, l'ancien aéroport d'Athènes situé à Héllénikon, une vaste zone de 55 hectares dans la banlieue balnéaire, et l'organisme des chemins de fer (Ose) figurent dans la liste des actifs à céder.

veolia candidat pour l'eau

D’autres entreprises arborent au contraire une santé financière de fer. Parmi elles, le réseau de distribution d’eau d’Athènes. Et sur ce créneau, le français Véolia serait en bonne place pour remporter l’enchère. "On sait depuis longue date que Véolia est candidat pour le rachat. Sous le précédent gouvernement grec déjà, la transaction était d’actualité et avait fini par être annulée pour cause d’accusations de corruption", rappelle Jean-Marc Daniel. Le port de Thessalonique est également très courtisé. "Celui qui le rachètera fera une bonne affaire", affirme l’économiste. Bolloré, opérateur portuaire traditionnel, pourrait rafler la mise.

Autre secteur débordant d’attraits : l’énergie. Cette industrie est concernée par le plan de cessions grec avec la vente de 35,5% d'Hellenic Petroleum (Helpe), le premier groupe pétrolier du pays. La liste finale des cessions inclut aussi 55% des actions d'Etat dans la compagnie du gaz (Depa), contre 32% prévues au départ. Le plan pluri-annuel dicté au pays par ses bailleurs de fonds prévoit aussi, en 2013, la cession de la totalité du gisement sous-marin de gaz naturel de Kavala, au nord-est du pays. Une condition dictée par la zone euro et le Fonds monétaire international pour juguler la dette grecque, qui dépasse 150% du PIB.

Sans surprise, EDF se porte sérieusement acquéreur. "Sur le gaz, il y a beaucoup de monde, parce que c’est rentable", indique Jean-Marc Daniel. Des forages ont été réalisés en Crête et à Chypre qui ont mis au jour de nouveaux gisements. De quoi propulser le pays au rang de producteur aux côtés d’Israël.

L'industrie grecque des véhicules (Elvo) risque  pour sa part de n’intéresser ni Renault, ni Peugeot. L’un a déjà posé ses pions en Roumanie et en Turquie, l’autre en Ukraine et Slovaquie. Chacun des deux grands constructeurs français a peu de raisons de chercher à s’éparpiller.

L’affaire pourrait toutefois intéresser Fiat, indique Jean-Marc Daniel. L’entreprise dirigée par le pétulant Sergio Marchionne se dégage actuellement de l’Italie, et se cherche une base arrière en Europe orientale. Le point de chute grec pourrait donc venir à point nommé.

Pour l’achat des concessions des autoroutes grecques en revanche, "les Français peuvent y aller", calcule Jérôme Creel.

Restent les activités de tourisme. "Salles de jeux et chaînes d’hôtels sont faciles à vendre mais sont constituées de micro-entités. Un casino sur une île de la mer Egée sont rachetables par des particuliers", estime Jean-M arc Daniel. Une série de biens qui risque d’atterrir aux mains… de la mafia italienne.  "Les Grecs vont découvrir les billets de 500 euros !", plaisante l’économiste.  La société des paris sportifs (Opap), la loterie nationale et l'organisme des courses hippiques (Odie) sont tout autant concernés.

"Les voisins ont déjà vendu leurs bijoux de famille"

"Il s’agit d’un rattrapage", rappelle Jérôme Creel. "Depuis les années 80, les Etats européens ont beaucoup vendu les bijoux de famille, pour renflouer les caisses publiques ou se mettre en conformité avec le droit international. La Grèce est en train de gommer son retard". A marche forcée.

Les emplois hellènes risquent singulièrement d’en pâtir. "Il faut savoir qui va acquérir ces actifs, et s’assurer que les nouveaux propriétaires ne vont pas délocaliser", souligne ainsi le politologue Philippe Moreau Desfarges joint par L’Usine Nouvelle. "La Française des jeux peut faire une très bonne repreneuse de la loterie grecque, mais au risque de détruire des jobs sur place, en Grèce. Dans le domaine de la gestion de l’eau, l’encadrement risque d’être envoyé à l’étranger, tandis que le travail moins qualifié restera aux mains des Grecs", prédit-il.

Plus stratégique, cette liste fait aujourd’hui office de carte à jouer dans la négociation sur la dette grecque. "Le gouvernement grec dit  au fonds européen de stabilisation, propriétaire de la dette grecque : «vous nous poignardez ! En effet, l’Allemagne emprunte à 3% pour prêter à la Grèce à 6%. C’est de l’usure. En contrepartie, prenez donc un risque : achetez une partie des entreprises publiques que nous vendons»".

Une façon pour Athènes de négocier plus de temps pour vendre ses actifs. En brandissant la menace d’affrontements violents causés par les suppressions d’emplois qu’occasionneront ces privatisations, le gouvernement chercher à obtenir un délai supplémentaire. Afin de gérer en propre la crise sociale et l’inévitable grogne des syndicats.

Chez les industriels comme chez les négociateurs à Bruxelles, les entreprises publiques grecques sont aujourd’hui un butin stratégique.

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