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Qui peut sauver l'Amérique ?

Le 30 octobre 2008 par Solène Davesne | L'Usine Nouvelle n° 3121
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La menace de récession a focalisé la campagne électorale sur l'économie. Pour surmonter la crise, le candidat républicain John McCain et le démocrate Barack Obama défendent deux visions opposées. Jouer sur les baisses d'impôt d'un côté, augmenter les dépenses d'infrastructures de l'autre.

A Jacksonville, la deuxième métropole de Floride avec un million d'habitants, le nouveau terminal portuaire construit par l'armateur japonais Mitsui doit créer 1 600 emplois en janvier. Mais les autres projets d'investissement sont au point mort. Les entrepôts aménagés autour du port pour accueillir des plates-formes logistiques peinent à trouver preneurs. « Les entreprises reportent leurs décisions. On sent une très forte inquiétude, peut-être même de la peur, par rapport à la situation économique », reconnaît Jerry Mallot, le vice-président de la chambre de commerce locale. Comme dans l'ensemble de la Floride, à Jacksonville le chômage a bondi à 6,6 % en septembre, contre 4,2 % un an plus tôt. L'issue des élections, le 4 novembre, dans le « Sunshine state » - l'un des Etats clés du scrutin - se jouera largement sur l'économie. Avantage au candidat démocrate. Selon les derniers sondages, Barack Obama devancerait son rival en Floride grâce, notamment, à un programme économique jugé « meil-leur » par 45 % des électeurs, contre 35 % pour John McCain.

Comme en 1992, lorsque la récession avait ouvert un boulevard à Bill Clinton pour accéder à la Maison Blanche, la situation économique favorise les démocrates. Un fait que les deux camps ont bien compris. Depuis septembre et la chute de Lehman Brothers, l'économie est devenue le terrain privilégié de la campagne électorale. Face à l'aggravation de la crise, les candidats ont réactivé les clivages traditionnels entre républicains et démocrates. « Si je suis élu, je créerais des emplois en utilisant le moyen le plus efficace, c'est-à-dire en réduisant les impôts », a promis John McCain. Pas de quoi surprendre les électeurs. Le sénateur de l'Arizona s'est fait le défenseur de tous les « Joe le plombier », du nom de l'homme devenu célèbre pour avoir interpellé le candidat démocrate sur son programme de hausses fiscales. Pour John McCain, c'est en baissant les impôts que l'on peut le mieux stimuler l'investissement et renforcer la compétitivité des entreprises américaines pour « créer des millions d'emplois ». Son programme se centre sur les baisses de taxes - principalement l'impôt sur les sociétés qui devrait baisser de 35 à 25 % mais aussi de crédits d'impôt sur la R & D - et au maintien de la plupart des réductions fiscales instaurées par le président Bush lors de son dernier mandat.

Côté démocrate, le candidat entend cibler ses baisses d'impôt sur les seules petites entreprises et augmenter la pression fiscale sur les ménages aisés et les grandes sociétés. Plus protectionniste, Barack Obama se propose « d'arrêter d'exonérer les entreprises qui délocalisent et de réduire les taxes sur celles qui créent des emplois aux Etats-Unis ». La relance de l'économie passe avant tout, selon lui, par une augmentation des dépenses publiques dans des infrastructures. L'injection de 60 milliards de dollars supplémentaires en dix ans dans la construction de routes ou de ponts devrait générer « deux millions d'emplois », promet-il, tandis que le secteur des énergies renouvelables - dans lequel le candidat démocrate prévoit d'injecter 150 milliards de dollars - créerait près de 5 millions de postes. Comme un parfum de « New Deal ».

La relance de la machine américaine risque d'être une tâche ardue pour le prochain locataire de la Maison Blanche. D'après le FMI, la croissance américaine ne devrait pas dépasser 0,1 % en 2009. Depuis le début de l'année, 760 000 emplois ont été détruits, dont 159 000 pour le seul mois de septembre. Selon les prévisions de Goldman Sachs et de Barclays, le chômage pourrait dépasser la barre des 7 % courant 2009, contre 6,1 % le mois denier. Quant à l'industrie, presque tous les secteurs craquent y compris les biens d'équipement. En septembre, la production industrielle a reculé de 2,8 % - du jamais vu depuis 1974 -, en partie à cause de l'impact négatif de la grève des mécaniciens chez Boeing et les exportations ont commencé à décliner, rattrapées par le ralentissement européen et asiatique.

Pour éviter un atterrissage trop brutal de l'économie, Barack Obama a été le premier, le 13 octobre, à dévoiler un nouveau plan de relance de près de 60 milliards de dollars supplémentaires, principalement axé sur des baisses d'impôt pour la classe moyenne. John McCain a présenté dans la foulée un plan similaire, proposant aussi le rachat des crédits immobiliers subprimes non remboursables par les ménages. De fait, l'idée de la relance fait consensus et même Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, réclame une nouvelle intervention pour soutenir la croissance à court terme. « Au printemps, la croissance a rebondi en bonne partie grâce au plan de 100 milliards de dollars débloqué par l'administration Bush », reconnaît Jean-Marc Lucas, économiste spécialiste des Etats-Unis à BNP Paribas.

DÉVELOPPER L'INNOVATION

L'autre défi, pour les candidats, sera de gérer la mutation industrielle de l'automobile. Pour sauver les grands constructeurs de Detroit - General Motors, Chrysler et Ford - au bord du gouffre, les sénateurs de l'Illinois et de l'Arizona ont tous deux soutenus le déblocage de 25 milliards de dollars - 50 milliards plaide même Barack Obama - de prêts aux « Big three » déjà adopté par le congrès américain.

Mais l'essentiel de leur politique industrielle est ailleurs. Et passe par le développement du secteur énergétique et de l'innovation. John McCain a promis 700 000 emplois grâce à la construction de 45 centrales nucléaires d'ici à 2030, un effort de 2 milliards de dollars pour soutenir la recherche sur les usages propres du charbon. Barack Obama entend créer des programmes fédéraux de formation dans les métiers des technologies propres, pour reconvertir les salariés des industries sinistrées. Le sénateur de l'Illinois veut aussi doubler le budget fédéral dédié au Manufacturing Extension Partnership, un réseau public aidant les entreprises à gagner en compétitivité.

Selon une étude de Morgan Stanley, qui a passé en revue l'impact des programmes dans les différents secteurs économiques, ce sont les groupes pharmaceutiques, pétroliers et d'extraction de charbon qui devraient profiter le plus d'une victoire de John McCain. Les producteurs de biocarburants, d'énergie solaire, de médicaments génériques devraient être favorisés par Barack Obama. A condition que le futur président ait les moyens budgétaires pour mettre en application l'ensemble de son programme. Le déficit budgétaire fédéral devrait s'établir à 438 milliards de dollars en 2008 (soit 3,1 % du PIB) et pourrait atteindre près de 1 000 milliards en tenant compte des baisses des recettes fiscales en 2009. Mais dans une Amérique où les repères tombent de jour en jour, lequel des deux candidats peut réellement être crédible ? .

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