Questions chinoises
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Cette Chine triomphante, chacun de ses partenaires aimerait la voir maintenant épargner moins et consommer plus. C'est l'Etat qui détient la clé.
Dans un monde où le chaos devient la règle, la Chine reste droite. Mieux, pour la première fois, sans doute, elle donne le sentiment d'en avoir conscience. Peut-être un peu trop. La Chine triomphante, c'est ce que vient de confirmer la Banque mondiale : parmi les grandes économies, elle sera la seule à ne pas flancher cette année avec 6,5% de croissance. Ce n'est plus un taux à deux chiffres, mais le PIB mondial, lui, fondra de 2,7%. C'est aussi la bourse de Shanghai qui défie les autres places financières avec un bond de 30% depuis début janvier.
C'est encore la force tranquille avec laquelle Pékin a contraint Nicolas Sarkozy à aller à Canossa sur la question du Tibet. Les autorités chinoises, qui ne font jamais rien par hasard, voulaient montrer une chose: il n'est plus tenable pour une puissance moyenne d'être en froid avec la troisième économie mondiale. CQFD. La semaine dernière à Pékin, les participants du forum économique annuel francochinois ont respiré. Sur place, Jean-Pierre Raffarin a parlé d'une «nouvelle ère». Ouf ?
C'est enfin, l'assurance du président chinois Hu Jintao au G20. La Chine y a tout gagné. Des louanges pour sa relance XXL (460 milliards d'euros), un renforcement de son poids au FMI... et surtout le fait que personne ne s'est mêlé de ses affaires. Notamment ce qui est pourtant l'une des causes de la crise : ses formidables excédents commerciaux.
Alors triomphante la Chine ? Bien sûr. Et personne ne se féliciterait de voir le dragon tousser. Cela n'exclut pas quelques questions.
Réputé à bout de souffle voilà encore trois ans, son système bancaire serait devenu le premier du monde. A confirmer. Et s'il ne s'est pas gavé de produits toxiques, résistera-t-il au dégonflement de la bulle immobilière? Massivement surcapacitaire, l'appareil industriel doit, lui, affronter le choc d'une demande extérieure chétive. Les médias officiels évoquent des centaines de milliers de faillites parmi les PME, mais quid des grands groupes ? Le plan de relance les soutient, mais après ? La pression internationale va aller croissante sur l'ex-Empire du milieu pour qu'il maîtrise ses émissions de CO2. On peut douter du résultat. Et en matière d'environnement, pour le pékin moyen qu'elle est la vraie préoccupation ? Que son pays trouve des solutions durables sur la qualité de l'eau et de l'air ou le traitement des déchets.
Cette Chine triomphante, chacun de ses partenaires aimerait la voir maintenant épargner moins et consommer plus. Qui détient la clé ? En grande partie l'Etat, qui par ses réformes doit générer de la confiance dans un pays où le taux d'épargne record des ménages (30% à 40%) se conjugue avec des amortisseurs sociaux défaillants. Trente ans d'expansion ont sorti des millions de Chinois de la pauvreté, mais aussi généré des tensions entre inclus et exclus, régions riches et provinces défavorisées.
Après la loi sur le contrat de travail en 2007, Pékin vient de s'engager à réformer un système de santé essentiellement basé sur l'argent. Hu Jintao promet 95 milliards d'euros sur trois ans pour élargir la couverture maladie à 90%de sa population. De cette réforme sortira peut-être un nouvel équilibre. Pour certains Américains, le pays d'Obama est devenu socialiste. Peut-on l'espérer pour la République populaire ?
Pierre-Olivier Rouaud

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