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QUE LES MEILLEURS GAGNENT !

Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3174

Quatre ans après leur création, les 71 pôles de compétitivité ont démontré leur pertinence. Mais l'Etat souhaite désormais n'afficher à l'international qu'une poignée de « Silicon Valley » à la française. Aux pôles, dans leur version 2.0, de s'organiser entre eux.

L'essai a bien été transformé, mais le match n'est pas encore gagné. Voilà résumée la situation des 71 pôles de compétitivité français, la première phase de leur existence achevée (2005-2008). « Construire un pôle, c'est dix ans de travail », insiste Dominique Vernay, le président du pôle francilien System@tic.

Il y a déjà cinq ans était publiée l'étude prospective de la Datar : « La France, puissance industrielle, une nouvelle politique industrielle par les territoires » et le rapport « Pour un écosystème de la croissance ». Une réflexion qui a débouché sur la labellisation de 67 pôles de compétitivité le 12 juillet 2005 par le gouvernement. Et, deux ans plus tard, à quatre sélections supplémentaires. Mais, entre les 13 pôles « mal notés » suite à l'audit commandé par le gouvernement fin 2008, et les « nouveaux labellisés » prochainement annoncés, la feuille de match n'est pas figée.

Qu'importe ! Le dispositif a largement fait ses preuves et le problème relevé régulièrement du « trop grand nombre de pôles » n'en est plus un, même si, dans son rapport du 15 juin 2009, la Cour des comptes recommande encore de réduire leur nombre à une vingtaine, comme le gouvernement le prévoyait au départ. Les projets de « campus d'innovation » lancés à l'occasion du grand emprunt et d'« interpôles » spécialisés par thématique souhaités par Christian Estrosi, le ministre en charge de l'Industrie (lire l'interview ci-contre), vont d'ailleurs dans ce sens. Il ne faudrait pas pour autant tuer les pôles existants.

UN BILAN POSITIF

Pour le Conseil économique et social, les pôles jouent bien leur rôle de stimulation de l'innovation. Ils ont déjà permis l'émergence d'une pédagogie de travail en réseau et de collaborations entre les secteurs public et privé. Ils contribuent effectivement à animer une dynamique territoriale et devraient avoir, à terme, une influence sur la qualification et même, progressivement, sur les emplois.

Revers de la médaille, les pôles auraient renforcé les inégalités territoriales. Selon les conclusions de la Mission d'évaluation et de contrôle (MEC) de l'Assemblée nationale, la dimension régionale nuirait aux pôles (lire l'encadré p. 7), mais surtout à leurs adhérents PME. « Les PME innovantes regrettent la structure géographique des pôles, qui leur donne une mentalité trop locale, alors qu'elles ont besoin d'être mises en relation avec les meilleurs acteurs, où qu'ils soient en France. Les PME sont unanimes : il y a un critère de trop dans les pôles de compétitivité. Il faut conserver le critère technologique, mais pas le critère géographique », a lancé Emmanuel Leprince du comité Richelieu (association des PME de hautes technologies) aux auditeurs de la Mission d'évaluation et de contrôle de l'Assemblée nationale.

La participation encore timide des PME reste un autre problème. Tous les rapports récents pointent le fait qu'elles rencontrent encore des difficultés à participer aux projets de R et D collaboratifs. « Il faut assurer une meilleure représentation des PME dans les pôles de compétitivité. Deux freins existent, la PME « alibi » qui dit que tout est bien parce qu'elle est entourée de ses grands clients et que son propre projet est financé, et le fait que les dirigeants de PME n'ont pas le temps de se rendre à toutes les réunions du conseil d'administration », explique Emmanuel Leprince dans le rapport de l'Assemblée nationale. Et de rappeler que la présence des PME dans les instances de gouvernance reste limitée et mériterait d'être mieux valorisée.

DE NOUVELLES FEUILLES DE ROUTE

Une belle performance au final... Mais de l'avis de tous, une stratégie de jeu encore largement perfectible. Jusqu'à la signature des contrats de performance en 2009, seuls les 17 pôles « mondiaux ou à vocation mondiale » avaient écrit leurs feuilles de route stratégiques... Et encore ! En Ile-de-France par exemple, Medicen n'avait pas de vision claire de ses objectifs.

Le problème est en partie résolu. Dans la mise en oeuvre de la phase 2 de la politique des pôles de compétitivité, qui couvre la période 2009-2011, le gouvernement a souhaité que les pôles se dotent d'une véritable stratégie à trois-cinq ans inscrite dans une feuille de route, et aussi de les responsabiliser plus fortement en signant avec eux un « contrat de performance ». Objectif : se positionner à la fois dans leur environnement concurrentiel, tenant compte de toutes ses dimensions technologique, économique et commerciale, internationale... et de bâtir un plan stratégique d'actions à court ou moyen terme (pour atteindre ses propres objectifs technologiques et de marché). Un travail d'analyse et de prospective pas si simple à réaliser. A fin septembre 2009, seuls 58 pôles avaient finalisé leur contrat et 40 l'avaient signé avec les services de l'Etat et des régions. Les autres doivent revoir leurs copies... qui devaient pourtant être rendues courant juillet.

En revanche, quelques bons élèves se sont engagés sur des objectifs chiffrés. Le pôle Agrimip compte ainsi faire passer d'ici à 2010 de 107 à 200 le nombre de ses adhérents. System@tic annonce qu'il mettra 200 PME en relation avec des investisseurs. Alsace BioValley promet la création de 1 500 emplois, de trois cycles de formation et l'implantation de 30 nouvelles entreprises. Le pôle Aerospace Valley promet même de constituer pour ses adhérents un rempart contre les menaces potentielles. Rien de moins. En contrepartie, l'Etat et les collectivités locales se sont engagés sur un soutien financier pluriannuel accompagné d'un suivi stratégique du pôle. Pour la phase 2 (2009-2011), l'Etat a donc promis de réinvestir 1,5 milliard d'euros, dont 50 millions d'euros en crédit d'animation (financement de structures de gouvernance).

Les contrats de performance n'effacent pas tous les handicaps. « En lançant cette phase 2.0, le gouvernement a répondu à la plupart des critiques, mais des chantiers demeurent », a reconnu Pierre Dartout, le délégué général de la Datar (Délégation interministérielle de l'aménagement du territoire et à l'action régionale), lors du cinquième forum des pôles de compétitivité, qui s'est tenu à Sophia-Antipolis les 5 et 6 novembre 2009. Selon lui, le lien entre les pôles et la formation continue devrait être amélioré pour répondre aux besoins d'évolution des compétences face à l'arrivée de nouvelles technologies. « Il est important de renforcer l'analyse de ces besoins par les pôles. Nous réfléchissons au niveau interministériel à des propositions », préconise-t-il.

S'ENTRAÎNER À L'AUTOFINANCEMENT

Le lien entre les entreprises des pôles et le financement privé serait également à renforcer. « Les PME doivent avoir un meilleur accès au crédit, mais cet objectif passe aussi par la mobilisation du Fond stratégique d'investissement (FSI) et par les plates-formes sélectionnées par Oséo et la Caisse des dépôts. Nous veillerons à ce que l'administration soit représentée », a aussi promis Pierre Dartout. Autre grand défi, l'internationalisation des pôles, qui passerait par leur intégration à des réseaux de clusters européens (lire p.8).

Pour entrer et rester dans la course aux clusters européens de classe mondiale, les pôles français vont aussi devoir s'entraîner à un autre sport... celui de l'autofinancement. En effet, les règles européennes empêchent normalement un Etat de financer plus de cinq ans ce type de programme. Aujourd'hui, seuls une dizaine de pôles parviennent à obtenir plus de 30 % de leurs recettes auprès de financeurs privés. Pourtant, l'évaluation, menée par les cabinets CM International et Boston Consulting Group en 2008, concluait déjà à la nécessaire « définition d'une limite maximale à la part des financements publics dans les structures d'animation (par exemple 80 % pour 2008 et 60 % pour 2009...) afin de garantir l'engagement des acteurs privés dans la vie du pôle et l'adéquation de ses activités à leurs besoins ».

On est loin du compte. Seuls quelques athlètes comme le pôle CapEnergies ou TES déclarent avoir déjà atteint l'objectif de 50 % d'autofinancement, fixé pour 2011. Le pôle Agrimip ou SCS visent eux l'équilibre, mais pour 2012. Alors, comment s'autofinancer ? « Par une mobilisation renforcée de leurs membres dans le financement », préconise le ministre Christian Estrosi, dans un courrier envoyé à la mission du Sénat. Les cotisations, qui varient déjà de 500 à 10 000 euros, avec en 2007 une valeur moyenne de 1 800 euros annuels pour une PME et de 3 600 pour une grande entreprise, pourraient ainsi être augmentées de 20 à 40 %. D'autres pôles réfléchissent à facturer leurs services juridiques ou d'aide à l'export, à hauteur de 10 %. Mais cela créerait un déséquilibre de traitement des adhérents en défaveur de PME...

Une autre piste, qui consisterait à prélever un pourcentage de l'ordre de 1 % sur les subventions accordées à chaque projet labellisé, est aussi évoquée. « Le problème, c'est que cela nous est formellement interdit », prévient-on à TES. Pour l'instant, aucun pôle n'envisage sérieusement de fonctionner sans le soutien des pouvoirs publics. « D'autant qu'ils fonctionnent déjà avec beaucoup de bénévolat, prévient Jean Verrier, le responsable des affaires internationales du pôle nordiste i-TRans. Si nous voulons valoriser le métier de management de cluster, il faut veiller à la pérennité du financement de leur gouvernance. »

Encore une fois, les collectivités locales devraient donc avoir à pallier le désengagement obligatoire de l'Etat. Sauf si Bruxelles accepte d'assouplir sa position... « La règle était de donner les moyens de démarrer une gouvernance et qu'ensuite les clusters trouvent des schémas d'autofinancement, rappelle Nikos Pantalos de la Direction générale entreprise et industrie de la Commission européenne. S'il y a une forte demande des Etats membres pour prolonger cette période afin de faire émerger les clusters de classe mondiale qu'attend l'Europe, nous pourrions appuyer cette demande dans les nouvelles règles pour la recherche et l'innovation. » Rien n'est moins sûr. En 2011, la question de la survie des pôles se posera donc clairement.

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