imprimer

Quatre projets de terminaux méthaniers en concurrence

Par DE NOS CORRESPONDANTS, JEAN-CHRISTOPHE BARLA (MARSEILLE), PATRICK BOTTOIS (ROUEN), COLETTE GOINÈRE (BORDEAUX) ET GENEVIÈVE HERMANN (LILLE) - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3135

Tour de France des projets qui permettront de répondre à la diversification des sources d'approvisionnement en gaz naturel du pays, tout en permettant une meilleure utilisation des gazoducs existants.

C'est un marché en forte croissance. Cinquième importateur mondial de GNL (gaz naturel liquéfié), la France dispose de deux portes d'entrée : Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique). Plusieurs nouveaux terminaux méthaniers sont à l'étude. A Fos-sur-Mer tout d'abord, où GdF-Suez mettra en service, cet été, le terminal de Cavaou qui recevra des approvisionnements depuis l'Egypte (lire page 47).

Shell a annoncé sa volonté d'implanter à Fos un terminal comparable à celui de GdF-Suez, avec une capacité annuelle de regazéification de l'ordre de 8 milliards de mètres cubes. Le groupe, qui conduit deux autres projets en Italie et aux Pays-Bas, contribuerait ainsi à la diversification des approvisionnements français en GNL. Le projet, en phase d'étude de faisabilité, nécessiterait un investissement estimé à 600 millions d'euros. Il pourrait voir le jour vers 2015-2017.

EdF parie sur Dunkerque

EdF ambitionne de traiter 45 milliards de mètres cubes de gaz en 2015. Pour atteindre cet objectif, son projet de terminal méthanier à Dunkerque (Nord) doit aboutir. Fondé sur une capacité annuelle d'accueil de 9 milliards de mètres cubes, il représente un investissement de 700 millions d'euros. « Nous aurons accès aux marchés français, belge, allemand et anglais », explique Fabrice Fourcade, le directeur général de Dunkerque LNG, la filiale d'EdF porteuse du projet. Cette situation est le premier atout du port nordiste. De plus, la zone du Clipon, où serait implanté le terminal, se trouve à proximité de l'avant-port ouest, qui offre toutes les infrastructures requises pour l'accueil des méthaniers. Les investissements se limiteraient à la construction et à l'aménagement de la zone d'accostage. Ils ne devraient pas excéder les 70 millions d'euros.

Cette proximité d'accès ne nuirait pas à la sécurité du site. Bruno Milczynski, le chef du projet au port de Dunkerque, va jusqu'à le qualifier d'« exceptionnel en matière de sécurité, car loin de tout ». Le terminal des ferries se trouve à 1,6 km et les premières installations industrielles et les habitations à plus de 2,5 km. Le Dunkerquois, qui compte plusieurs sites classés Seveso 2, possède un tissu d'entreprises de maintenance industrielle de 7 200 salariés.

Le terminal entraînerait la création d'environ 200 emplois, dont 50 directs. « Nous avons estimé à 25 millions d'euros les retombées annuelles pour les entreprises locales », précise Sylvain Dezoomer à la chambre de commerce et d'industrie de Dunkerque. Quant au trafic du port, qui s'élevait en 2008 à 57 millions de tonnes, il augmenterait de 4 millions de tonnes. L'image de Dunkerque, en tant que plate-forme énergétique, s'en trouverait renforcée.

4 Gas France suspendu

Henk Jonkman, le directeur général de 4 Gas France, n'en revient toujours pas. La fronde contre le projet de terminal méthanier au Verdon s'est propagée de l'autre côté de l'estuaire de la Gironde : « Je suis surpris de voir que cette opposition s'est étendue à la Charente-Maritime et au Poitou ». Le groupe néerlandais défend son implantation à la pointe sud de l'estuaire en rappelant que l'intégralité des besoins en gaz du Sud-Ouest est importée.

« Une distribution à partir du Verdon représente au moins 100 millions d'euros d'économies par an en frais de transport », assure Henk Jonkman. Le Verdon est facile d'accès pour les navires. L'investissement, qui s'élèverait à 800 millions d'euros, prévoit la construction de trois cuves d'une capacité de 6 à 9 milliards de mètres cubes. Avec à la clé, 50 emplois directs et 150 induits. Et pour le port de Bordeaux, un surcroît de trafic d'au moins 5 millions de tonnes.

L'association Une pointe pour tous (4 500 adhérents) dénonce un projet susceptible de dégrader le dernier estuaire sauvage d'Europe de l'Ouest. Fin décembre, le préfet de la région Aquitaine, Francis Idrac, a jugé « non recevable » le dossier de demande de permis de construire et d'autorisation d'exploiter. Le terminal ne peut être construit sur la bande littorale des 100 mètres, protégée par la loi... Le dossier sera représenté en mai par l'industriel.

Les atouts d'Antifer

Le projet de terminal méthanier d'Antifer à Saint-Jouin-Bruneval (Seine-Maritime) est porté par quatre investisseurs : Gaz de Normandie (GdN), qui réunit les français Poweo (34 %) et La Compagnie industrielle maritime (CIM) (17 %), l'allemand E.on Ruhrgas (24,5 %) et l'autrichien Verbund (24,5 %). La demande d'autorisation sera déposée prochainement. Si elle est favorable, et après enquête publique, « la décision d'investissement interviendrait début 2010, pour une mise en service en 2013 », indique Poweo.

Le projet (700 millions d'euros) est vivement contesté par les Verts et les riverains. « L'usine de regazéification, d'une capacité annuelle d'expédition de 9 milliards de mètres cubes, s'inscrit dans la politique de diversification des approvisionnements en énergie souhaitée par la France », explique la direction de GdN. Une politique soutenue par les services de l'Etat et le port du Havre, initiateur du projet.

La CIM y dispose déjà d'un terminal pétrolier pour les tankers géants. Antifer est situé aux portes du bassin pétrochimique de la Basse-Seine où nombre d'industriels sont de grands consommateurs d'énergie. Proche des grands stockages de gaz d'Ile-de-France, la Région est desservie par des gazoducs de grande capacité. Cela limiterait les coûts supportés par les consommateurs.

« Ce terminal sera ouvert à tous les clients qui nous confieront le transbordement du gaz, sa regazéification et son expédition, précise GdN. Chaque utilisateur pourra avoir ses fournisseurs et ses clients. » Priorité d'utilisation sera accordée aux quatre investisseurs. Poweo, qui vient de lancer des études pour l'implantation dans la région, d'une centrale à gaz naturel en cycle combiné, pourrait être l'un des principaux utilisateurs.

Ce tour de France ne serait pas complet si on ne mentionnait pas le projet de GdF-Suez d'étendre son terminal de Montoir-de-Bretagne. Avec une capacité d'émission de 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, c'est le plus important terminal méthanier du pays. Sa capacité pourrait être portée à 12,5 milliards en 2011. Ce projet « n'est pas encore acté », précise GdF-Suez. .

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter