Quatre pôles "auto" sur la voie de la collaboration
Par Claire Bader - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3116Répartition des compétences, échange de bonnes pratiques, communication commune... Les quatre pôles de compétitivité dans l'automobile multiplient les gestes de coopération afin de gagner en efficacité et en visibilité.
Cette année, les quatre pôles de compétitivité automobile français font stand commun au Mondial. Loin d'être anecdotique, cette cohabitation relève d'une stratégie globale de collaboration. En février 2007, Mov'eo (Ile-de-France), Véhicule du futur (Franche-Comté, Alsace), Mobilité et transports avancés (MTA, Poitou-Charentes) et Automobile haut de gamme (Pays de la Loire) ont signé une charte de coopération ambitieuse. « Depuis plus d'un an maintenant, nous cherchons à clarifier et à coordonner nos actions pour éviter de faire tous la même chose et proposer une offre automobile française cohérente à l'étranger », résume Marc Charlet, chargé d'orchestrer cette collaboration pour Mov'eo.
Trois axes de coopération sont privilégiés. En premier lieu, la définition d'« une cartographie des compétences ». En clair, il s'agit de déterminer précisément « qui fait quoi », maintenant que les pôles de compétitivité, lancés en 2005, ont pris un peu d'âge. « Nos structures se sont créées autour de thématiques souples et de poids inégal. Il s'agit aujourd'hui de mieux délimiter les spécialités de chaque pôle, de savoir lequel est le plus apte à revendiquer telle ou telle compétence en fonction des entreprises et des laboratoires qu'il regroupe », explique Paul Terrien, le directeur de MTA.
Coopérer pour offrir une meilleure lisibilité aux industriels
Cette coopération répond à un double objectif : optimiser l'usage des fonds publics en évitant les projets doublons et offrir aux chercheurs, équipementiers et autres constructeurs automobiles une meilleure lisibilité des activités de chaque structure. Une absolue nécessité, selon l'équipementier Valeo : « Nous sommes impliqués dans chaque pôle parce que c'est intéressant pour nous de collaborer avec eux, mais il faut que ce soit simple ! Si l'on doit frapper à plusieurs portes pour comprendre quels sont les domaines de compétences de chacun, quelle région soutient quel type de projet, ça ne l'est pas », explique un représentant du groupe.
Pour répondre aux exigences de ses puissants partenaires, le « Club des quatre » affine la répartition des domaines de prédilection des uns et des autres. Les problématiques liées aux process reviendraient plutôt à Automobile haut de gamme, l'électrique à MTA, la mécatronique à Mov'eo et les questions de mobilité urbaine à Véhicule du futur. Mais le chantier semble encore loin d'être achevé.
L'échange de bonnes pratiques paraît plus facile à mettre en oeuvre. Du financement des politiques d'animation à l'intégration des PME, les pôles rencontrent souvent les mêmes obstacles. L'ayant bien compris, des délégués de chaque structure ont choisi de se réunir tous les deux mois pour discuter de ces problèmes communs et partager leurs solutions. C'est ainsi qu'est née l'idée de créer un club PME pour cerner et répondre aux difficultés propres à ces petites entreprises, les aider à « monter et vendre » correctement un projet ou encore favoriser leurs relations avec les grands groupes.
Pour Gérard Yahiaoui, le vice-président de Mov'eo, « c'est en adoptant les mêmes stratégies que les pôles pourront casser les logiques qui bloquent le développement des PME françaises. Notamment la réticence des banques à financer des projets de petites sociétés, jugés trop risqués alors qu'ils le sont bien moins qu'un placement immobilier à la veille d'une crise ! »
Une communication commune à l'étranger
Pour rendre plus visible encore cette coopération de terrain, les pôles développent une communication commune. En France, mais surtout à l'étranger. Cette année, ils se sont regroupés pour rencontrer des clusters québécois et japonais. « A l'international, il est nécessaire d'adopter une même ligne, souligne Brigitte Morgulis, la secrétaire générale de Véhicule du futur. Pour exister sur ce marché mondial très concurrentiel, nous devons présenter ensemble une offre automobile globale, lisible, comme "Les pôles de compétitivité automobile français vous proposent..." »
L'idée, c'est d'avoir l'air assez fort et structuré pour attirer des partenaires étrangers, bénéficier de leurs compétences et profiter de nouvelles sources de financement. Une stratégie que promeut la Direction générale des entreprises (DGE), prête à accorder des subventions supplémentaires aux pôles s'ils se déplacent ensemble à l'étranger.
Rassembler les compétences
Plus encore que cette simple coopération à l'international, c'est la politique même de collaboration entre pôles de l'automobile que les services du ministère de l'Industrie soutiennent. Comme en témoigne Emmanuel Clause, chargé de mission Innovation/transport à la DGE : « Nous souhaitions cette entraide. Il est naturel de rassembler les compétences sur une même thématique, de permettre à des entreprises d'un pôle de travailler avec les centres de R et D publics et privés reliés à un autre... Et il est nécessaire que Mov'eo, MTA, Automobile haut de gamme et Véhicule du futur collaborent pour que la qualité des projets qu'ils nous proposent s'homogénéise. »
La coopération pourrait aussi faire naître une vision commune de la mission des pôles, alors que deux logiques s'opposent toujours aujourd'hui. A leur création, ces structures se sont vu confier deux tâches parfois peu conciliables : améliorer la compétitivité du pays et participer au développement local. Résultat, si certains pôles comme MTA se disent au service des entreprises et de l'innovation nationales, d'autres se présentent avant tout comme un outil de la stratégie économique régionale. Ils sont alors logiquement prêts à conserver une thématique relativement floue pour pouvoir soutenir et fédérer le plus grand nombre de PME locales autour de leur projet.
Pour Arnold Tramaille, le président de Véhicule du futur, « la culture des pôles de compétitivité est locale. Cela n'interdit pas de fonctionner avec d'autres régions, de co-labelliser des projets pour gagner en compétences et en financements, mais il faut absolument conserver une spécificité et un ancrage territoriaux. Je n'ai pas été mandaté pour être une filiale de Mov'eo ». En clair : collaborer, oui, mais intégrer une sorte de réseau de pôles automobile dirigé par le plus dynamique d'entre eux (lire l'encadré ci-contre)... Non !
Si cette possibilité d'union ne semble pas à l'ordre du jour, ni dans les régions, ni à la DGE, elle séduit pourtant certains constructeurs automobiles comme PSA Peugeot Citroën, à qui « un seul gros pôle automobile français irait très bien ». Elle n'effraie pas non plus tous les protagonistes, à l'image de Paul Terrien, le président de MTA, pour qui « ce rapprochement va dans le sens de l'histoire ». Mais plus que tout autre, il a déjà pu se faire à cette idée : il prépare actuellement la fusion de son pôle avec Mov'eo... .

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












