Quand un robot brûle les planches
Le 03 mars 2010 par Christophe Bys
Que font les robots quand ils ne sont plus productifs ? Certains deviennent acteurs de théâtre. La preuve au théâtre des abbesses où Aurélien Bory propose Sans objet, une méditation sur les relations entre l'homme et ses machines. Grâcieux et burlesque.
Sur un plateau plongé dans le noir, une bâche de plastique est tendue, recouvrant un bon tiers de la scène. Quelle étrange créature est terrée dessous ? Ces mouvements amples laissent imaginer une sorte de monstre gigantesque. Bientôt la vérité sera révélée au public du théâtre des Abbesses, qui est venu assister à « Sans objet », une création d'Aurélien Bory.
Ce qui a rempli la salle ce soir-là, c'est un robot, un vrai. Pas un qui serait sorti de l'imagination d'un metteur en scène nourri aux mangas et autres dessins animés. Non, un robot industriel « apparu dans les années 70 dans l'industrie automobile », si on en croît le créateur du spectacle. Sans objet ou la rencontre entre deux humains et un robot issu du monde industriel et devenu le temps d'un spectacle un partenaire à la fois facétieux et despotique. Car à lire la note d'intention, sur la scène de théâtre, Aurélien Bory a voulu signifier la relation ambiguë qui se crée entre l'Homme et sa machine. On le sait : à force de vivre ensemble, les machines s'humanisent et les hommes se mécanisent. Reste qu'on assiste à une représentation, pas à un cours de philosophie.
Et le spectacle est réussi. A côté du robot deux humains, dont le travail relève à la fois de la danse et de l'acrobatie mais aussi de la comédie la plus burlesque. Car Sans objet est un objet hybride qui peut dérouter un spectateur peu réceptif aux nouvelles formes de création théâtrale, quelque part entre la danse et la performance d'art contemporain.
Un écho de Chaplin
Un robot, deux hommes, une bâche de plastique et quelques accessoires pour chorégraphier l'étrange relation entre homme et technique. En moins de dix tableaux (le spectacle dure à peine plus d'une heure) l'homme et la machine tenteront un dialogue souvent amusant – les rires de la salle en attestent – parfois cruel. Car le bras articulé est une source de perturbation perpétuelle, créateur de déséquilibres pour les deux danseurs de la Compagnie 111, instigateur du mouvement. Une fois libéré, on ne peut plus lui échapper, c'est ce qu'apprendront les deux humains à la fin du spectacle.
On pense, bien sûr, à Chaplin dans les temps modernes, quand Charlot embauché dans une usine lutte contre le rythme effréné d'un tapis roulant. La différence c'est que toute allusion au monde du travail a été aboli le temps du spectacle, le robot est un personnage comme un autre. A cet égard, il convient d'admirer la technicité du travail de Tristan Baudoin, pilote et programmateur du robot. Il réussit à donner à ce bras articulé des mouvements véritablement étonnants, pas du tout mécaniques et saccadés, mais fluides, harmonieux et précis.
Les quelques enfants présents dans la salle ne s'y trompent pourtant pas. Une fillette de cinq ans murmure à sa maman : « c'est parce que c'est un robot qu'ils ne comprennent pas ce qu'il leur dit ». Car les enfants le savent, les robots parlent.
Sans objet dit le titre, peut-être. En tout cas, le spectacle n'est pas sans intérêt.
Christophe Bys
Pour en savoir plus, c'est ici http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-sans-objet-aurelien-bory-124
Sans objet jusqu'au 6 mars théâtre des abbesses à Paris.

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