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Quand Séché soigne la mangrove

Par PAR CAMILLE CHANDÈS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3236
Plusieurs milliers de chiens errants vivent sur la décharge de la Gabarre, près de Pointe-à-Pitre.
Plusieurs milliers de chiens errants vivent sur la décharge de la Gabarre, près de Pointe-à-Pitre.
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Une décharge hors normes, condamnée à fermer, pollue un biotope unique. Près de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, s'est ouvert un chantier complexe qui durera trois ans.

Des pavillons blancs ont été installés à l'entrée du site. À l'intérieur, sur des tables délicatement fleuries, bouteilles et petits-fours attendent les invités. Ce vendredi 28 janvier, hommes politiques et personnalités célèbrent un événement : le lancement officiel des travaux de réhabilitation de la décharge de la Gabarre, à 5 kilomètres de Pointe-à-Pitre. Parmi eux, le patron de Séché Environnement, Joël Séché, venu de son QG de Changé, en Mayenne.

Tous l'espèrent , cette fois-ci sera la bonne. Il s'agit de la quatrième tentative pour réhabiliter le plus important centre d'accueil des déchets de la Guadeloupe. Et de l'ultime. Faute de répondre aux exigences de la réglementation européenne, la décharge doit fermer le 31 décembre 2012. Elle n'a jamais été mise en conformité. Pire, elle est à l'origine d'un désastre écologique. Les lixiviats - ces fractions liquides issues de la fermentation des déchets - suintent dans la mangrove et la forêt marécageuse, affectant la faune et la flore marines. « J'ai confiance, même si ce chantier est techniquement difficile », avance Jean-Luc Fabre, le préfet de la Guadeloupe.

Le « petit » Séché Environnement, coiffant au poteau Suez Environnement, a été choisi pour piloter ce chantier de 26 millions d'euros. Une beau contrat pour cette société au chiffre d'affaires 2010 de 402 millions d'euros. Durant trois ans, une quarantaine de salariés se retrousseront les manches sur le site. Et il y a du travail. À quelques centaines de mètres des pavillons blancs se dresse une montagne de déchets de 17 mètres de haut. S'ils sont pour la plupart minéralisés, l'odeur perce pourtant le nuage de poussière et de mouches.

« Au départ, la décharge était prévue pour les simples résidus ménagers. Elle a tout reçu : déchets électroniques, d'entreprise, épaves automobiles... », déplore Edouard Benito-Espinal, ancien conseiller technique du syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures (Sictom) de la Guadeloupe. Le site reçoit 250 000 tonnes de déchets par an en provenance de 14 communes. Au milieu de ce bric-à-brac couvrant 36 hectares, des chiens «créoles» se prélassent au soleil. Ils sont entre 3 000 et 5 000 à errer sur la décharge, où s'activent une centaine de chiffonniers vivant de la récupération de matières premières.

Pour venir à bout de la pollution, le plan d'attaque est précis. En l'absence d'autres solutions, Séché Environnement doit réaliser les travaux alors que la décharge continuera à recevoir des déchets jusqu'à sa fermeture. « Nous avons excavé et nettoyé une partie de la zone pour installer notre camp de base : des baraques de chantier pour nos salariés et d'autres pour entreposer notre matériel », explique Thierry Sol, le directeur de Séché Eco-services, responsable des travaux. Ce n'était qu'un apéritif avant de passer aux choses sérieuses. Le massif de déchets va être remodelé pour s'insérer dans le paysage et sera entouré d'une digue pour l'isoler. Une membrane de 400 000 m2 sera déposée à sa surface afin d'assurer son étanchéité. Un travail délicat pour lequel Séché a fait appel à FLI, une entreprise d'Indre-et-Loire.

Bactéries nettoyeuses

Les opérations les plus importantes concerneront la construction de fossés et de bassins afin de récupérer et traiter les eaux pluviales. Un travail analogue sera réalisé pour les lixiviats. Ces derniers seront traités par une technologie de bioréacteur à membrane, c'est-à-dire dégradés avec des bactéries. Là encore, Séché n'agira pas seul : la PME nordiste Ovive, spécialisée dans le traitement des lixiviats, lui prêtera main-forte. Un système récupérera le biogaz, sous-produit issu de la décomposition des déchets, et le brûlera. Pour finir, le site sera revégétalisé avant d'être clôturé. « C'est un super boulot », sourit Joël Séché. Et, surtout, un excellent moyen de prendre ses marques dans l'île. Douze autres décharges, plus petites, doivent être fermées, et donc réhabilitées. Un marché estimé à 10 millions d'euros.

EN QUELQUES DATES

1973 Un arrêté préfectoral autorise l'ouverture de la décharge de la Gabarre, à 5 kilomètres de Pointe-à Pitre. Ordures ménagères et déchets en tout genre vont s'y entasser des années durant. À partir de 1990 Début des tentatives pour réhabiliter le site. 2002L'État demande que le site soit mis en conformité. Une déchetterie est construite à l'entrée de la décharge. 2006 La société Ikos isole les déchets de la mangrove et de la forêt marécageuse au moyen d'une digue. 2010 Le groupe Séché est chargé de la réhabilitation complète du site. Les travaux s'étaleront sur trois ans. 31 décembre 2012 Date butoir de fermeture.

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