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Quand les sites Seveso brident leurs entreprises voisines

Par Camille Chandès - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3213

Pas d'aide pour la réalisation de travaux, gel des activités... les entreprises voisines des sites industriels les plus dangereux vont payer un lourd tribut économique à la loi post-AZF.

Désemparées. Les entreprises gravitant autour des sites industriels les plus dangereux, les fameux sites Seveso seuil haut, font peu à peu face aux lourdes conséquences des plans de prévention des risques technologiques (PPRT). Cet outil, mis en place suite à la catastrophe d'AZF de 2001, consiste à aménager les zones urbaines autour de ces 670 établissements industriels (expropriation des habitants, déménagement d'écoles, renforcement des bâtiments) afin d'assurer la sécurité de leurs voisins. Si ces mesures sont encore au stade de l'instruction - seuls 15 % des PPRT sont en cours de réalisation -, elles vont devenir une réalité dans les années à venir. Neuf millions de Français, riverains et salariés d'entreprises, sont concernés, dans 900 communes.

« Nous sommes face à un problème qui n'a pas du tout été identifié au moment du vote de la loi en 2003. L'attention s'est concentrée sur la protection des populations et pas sur le tissu économique », avance Yves Blein, maire de Feyzin (Rhône) et président de l'Association des communes pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris). Alors que les propriétaires riverains bénéficient d'un crédit d'impôt pour financer les travaux de sécurité dans leurs logements (ramené de 40 à 36 % avec le rabot sur les niches fiscales), rien n'est prévu dans la loi pour aider les entreprises, essentiellement des PME (sous-traitants, grande distribution, artisans...). Le prix de la sécurité est pourtant substantiel : alors qu'on estime à 10 000 euros, en moyenne, le coût des travaux pour une maison (triple vitrage, aménagement d'un local de confinement...), ce montant explose pour les bâtiments d'entreprises. Celles qui occupent des locaux en bardages métalliques, qui ne résistent pas à la surpression en cas d'explosion, devront modifier leur structure.

Le financement des travaux n'est pas le seul point noir. Outre l'expropriation (indemnisée par l'État) prévue dans les zones les plus à risque, la limitation du nombre de personnes dans les zones dangereuses pourrait limiter les projets d'extension des entreprises déjà implantées. Illustration à Feyzin, commune concernée par un des PPRT les plus complexes. Une raffinerie Total et un site d'emplissage de bouteilles de gaz sont en effet collés à des habitations, une zone industrielle et l'autoroute A7 ! « Cent trente entreprises sont concernées, représentant 1 000 à 1 500 emplois. Parmi, elles, Broc Marché, une chaîne de distribution de produits alimentaires régionaux, qui emploie 150 personnes. Si elle doit appliquer les normes telles que définies aujourd'hui, tous ces projets d'extension seront gelés », poursuit Yves Blein. Un cas loin d'être isolé.

Face à ces remontées de terrain, l'idée de mettre en place d'autres solutions suivant les risques de chaque zone fait son chemin. « Certaines entreprises, de par leur taille, la nature de leur activité ou la culture de sécurité de leurs salariés doivent pouvoir se protéger autrement que par la mise en oeuvre de travaux sur les bâtiments », avance Marc Sénant, chargé des risques et impacts industriels à France Nature Environnement (FNE). Ainsi, des exercices de sécurité, le port d'équipements de protection, pourraient parfois suffire. Une réunion est prévue ce mois-ci entre l'État, les collectivités et les industriels pour se pencher tout particulièrement sur la situation des entreprises.

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