Quand les romanciers parlent d'industrie
Par Christophe Bys - Publié le
Pour vos vacances, L'Usine Nouvelle a sélectionné des romans qui ont pour cadre l'industrie. Ce ne sont pas des romans sur l'industrie à proprement parler, mais on y vérifie que là où elle est présente, elle influence le destin des hommes.
Notre première sélection est le roman de Philipp Meyer, Un arrière goût de rouille, aux éditions Denoel. Aux Etats-Unis aussi les usines ferment, et dans son roman, Philip Meyer raconte l'errance de deux jeunes hommes qui commettent un crime. Un voyage dans les friches industrielles.
C'est certainement LE livre à lire de notre sélection, un premier roman remarquable de maîtrise une sorte de Crimes et châtiments (quand j'aime un roman, je m'emballe toujours un peu) version Steel Belt (la ceinture de l'acier du côté de Pittsburgh) en crise.
Soit le destin de deux grands ados, pas très adapté, l'un, Isaac, est surdoué et veux rejoindre la Californie pour suivre enfin des études supérieures. Le départ de sa soeur aînée, partie étudier le droit, l'a contraint à rester s'occuper de son père vieillissant.
L'autre, Billy, était le champion de l'équipe de foot local, promis à un grand avenir sportif dont il n'a pas fait grand chose pour le moment.. un jour peut-être, aime-t-il penser.. mais non Billy n'ira pas. Malgré la crise, il préfère sa ville natale et sa forêt à une hypothétique carrière forcément lointaine.
L'Amérique de l'intérieur
Sauf qu'un matin, Billy croise le hasard. En décidant de suivre Isaac, qui a enfin décidé de partir en Californie après avoir préalablement volé les économies de son père, Billy va se trouver mêlé à une sale histoire. Sans rien en dévoiler , c'est de meurtre dont il s'agit. Et les deux garçons vont apprendre à faire avec : le crime, la culpabilité et le châtiment...
C'est le début de l'histoire qui tient en haleine sur 600 pages. Ce premier roman est très habilement construit et fait varier les points de vue, les deux garçons, le shérif, la mère de l'un, le père de l'autre...
Pour Philipp Meyer, c'est aussi une manière de décrire l'Amérique de l'intérieur, celle qui a perdu plus que des usines quand la production d'acier a cessé, plus que des emplois aussi, un avenir, et peut être aussi paradoxalement un passé.
Un arrière goût de rouille est aussi empli de de descriptions de cette vallée ravagée par le chômage et la crise, entre ruines d'usines et villes fantômes, mais aussi les paysages mythiques de l'Amérique, la nature toujours aussi magistrale.
C'est le roman que pourrait adapter le Clint Eastwood de Mystic River, une tragédie, cette situation où comme disait Jean Renoir, "chacun a de bonnes raisons".

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