Quand les "gueules noires" de Cofrablack se racontent
Par Cécile Maillard - Publié le
DIAPORAMA MULTIMéDIA Cofrablack, usine girondine de noir de carbone, a choisi de faire appel à un travail artistique, la photo, pour sensibiliser ses salariés à la sécurité. Une démarche peu courante, voire inédite, dans l’industrie.
"Art et sécurité, en principe, ca se marie pas. Au début, je ne croyais pas trop à la démarche. Mais finalement, le concept est pas mal…" Comme beaucoup de ses collègues, cet ouvrier de Cofrablack a tout d’abord trouvé étrange la proposition de sa direction : faire appel à un travail artistique, ici la photo, pour sensibiliser les salariés à la sécurité. Ce n’est qu’en voyant le résultat qu’il a été convaincu.
"La plupart des accidents sont dus aux comportements, explique Laurent Basse-Cathalinat, le DRH. Nous voulions aller au-delà des formations classiques, pour parler de l’humain, et de la place de l’humain dans la sécurité." Le photographe Dominique Delpoux a passé deux fois cinq jours dans l’usine de noir de carbone du Bec d’Ambès, dans la région de Bordeaux. Libre d’aller et venir, il a réalisé des clichés de l’usine, des hommes dans l’usine. Passant ses nuits et ses journées avec les équipes, épousant leurs rythmes de travail. "Je ne voulais pas faire de photos démonstratives sur la sécurité, photographier les gestes dangereux, faire des gros plans sur les outils… En revanche, en prenant par exemple les hommes du haut de l’usine, 35 mètres au-dessus d’eux, on réalise à quel point ils sont vulnérables."
En plus de l’usine, Dominique Delpoux a tiré le portrait des hommes qui y travaillent. Essayant de capter le temps qui passe, tâche pas forcément aisée… Photographiés lors de leur prise de poste (le matin ou le soir, pour ceux qui travaillent en trois huit), puis quand ils le quittent, et enfin à la sortie des vestiaires, les ouvriers de Cofrablack portent sur leurs épaules le poids d’une journée de travail.
Les marques de la fatigue, souvent subtiles, se nichent dans une épaule tombante, une paupière lourde, des mains au maintien plus indécis. En fin de journée, les visages sont noircis par la fine poudre produite sur le site : du noir de carbone, obtenu par la combustion incomplète de résidus du pétrole, utilisé essentiellement pour renforcer le caoutchouc des pneus.
Les photos de l’usine, comme celles des hommes qui la font tourner, ont été utilisées lors de journées de formation à la sécurité. Comme support à la discussion. Depuis, une charte sécurité a été écrite avec les salariés. Résultat majeur de l’opération, selon le DRH : "tout le monde a réellement pris conscience que la sécurité, ce n’était pas seulement la sienne, mais aussi celle des autres, collègues, sous-traitants, visiteurs…" Les ouvriers, eux, portent un autre regard sur leur outil de travail. Même s’ils ne vont pas tous jusqu’à penser, comme Dominique Delpoux, que "leur usine est plus belle que Beaubourg"…

Le travail de Dominique Delpoux est visible sur son site : www.dominiquedelpoux.com
Jean-Paul Burgion
Opérateur - © Dominique Delpoux
Jean-François Chantal
Affecté au laboratoire - © Dominique Delpoux
Philippe Dupoiron
Opérateur - © Dominique Delpoux
Philippe Joblon
Chef opérateur - © Dominique Delpoux
Michael Kolar
Opérateur - © Dominique Delpoux
Stéphane Leroy
Cariste - © Dominique Delpoux
Thomas Saunier
Chef de quart - © Dominique Delpoux
Cyril Vialar
Opérateur logistique - © Dominique Delpoux
2 réactions
aqualité | 01/04/2011 - 08H17
Je trouve cette initiative vraiment très bien. C'est une belle occasion pour montrer le dur travail des opérateur en industrie, travail souvent mal considéré.
Félicitation pour cette initiative.
zelectron | 31/03/2011 - 13H15
mais si leur usine est bien plus belle que Beaubourg, c'est un lieu de travail utile à comparer à la futilité de l'amoncellement de tuyaux disgracieux de "mochebourg"

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