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QUAND LES EPR CHINOIS S'ÉVEILLENT...

Par À TAISHAN, PASCAL GATEAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3218
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Des collines recouvertes d'une végétation rase enserrent une baie inhabitée. Au large, des îles sauvages baignées par la mer de Chine méridionale. L'été, les typhons balaient le littoral. Le thermomètre grimpe alors jusqu'à 35 °C et le taux d'hygrométrie atteint 100 % ! Il n'y a pas si longtemps, seuls des pêcheurs abordaient le rivage désert. Aujourd'hui, une forêt de grues se dresse au milieu de 450 hectares de sols mis à nu. Un chantier démesuré. Depuis août 2008, 9 000 personnes bâtissent deux réacteurs EPR pour la Taishan Nuclear Power Company (TNP JVC). Cette coentreprise unit China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC) et EDF qui en détient 30 %.

Les retards qui s'accumulent sur les chantiers des deux premiers EPR à Olkiluoto, en Finlande, et à Flamanville, dans la Manche, pouvaient laisser croire que le réacteur de troisième génération était maudit. Ou, pour le moins, difficile à édifier ! Ici, Areva, son concepteur, n'est pas peu fier de démontrer le contraire. TNP JVC, son client, prévoit de raccorder Taishan 1 au réseau électrique en décembre 2013, Taishan 2 dix mois plus tard. « Les Chinois tirent bénéfice des difficultés résolues sur les réacteurs précédents. Les volumes de travail sur les têtes de série et les suivants n'ont rien à voir », explique Eric Neisse, le directeur adjoint d'Areva Chine.

Pour l'instant, seule la première unité de Taishan émerge du sol. Le liner, la carcasse métallique insérée entre les deux parois en béton du futur réacteur, atteint déjà 39 mètres de haut. Une équipe de soudeurs travaille sur des échafaudages. Une autre équipe assemble au sol le dôme qui culminera à 50 mètres. Sa mise en place est programmée pour mai 2011, un mois avant l'opération analogue prévue sur le chantier de Flamanville, pourtant démarré deux ans plus tôt. À proximité, les ouvriers procèdent au ferraillage du radier de la deuxième unité. Le coulage de la dalle en béton, prévu en une seule fois, au lieu de deux en France, permettra de gagner plusieurs semaines.

Contrairement à l'Europe, où, faute de chantiers, le savoir-faire des ingénieristes et des entreprises spécialisées s'était appauvri, la Chine dispose d'une filière nucléaire complète, bientôt autosuffisante. Pas moins de 24 tranches nucléaires sont en cours de construction dans tout le pays. « Les entreprises de génie civil n'ont pas cessé de construire des centrales depuis le lancement des travaux de Daya Bay en 1986. A partir de 2013/2014, la Chine mettra en service 4 à 5 tranches par an », précise Roger Seban, le directeur général adjoint de TNP JVC. Détaché d'EDF, cet expatrié a travaillé sur Daya Bay. À Taishan, assure-t-il, « le point fondamental, c'est le retour d'expérience de Finlande ».

Représentant d'Areva sur le site, Rémi Senac souligne, lui, la forte mobilisation des fournisseurs chinois pour respecter les délais : « Les primes motivent les salariés sur les chantiers. » Sur l'unité 1, les ouvriers travaillent par quart de 10 heures, sept jours sur sept. Le chantier ne s'arrête que quatre heures la nuit, un court répit nécessaire pour vérifier la qualité des soudures sur le liner. Rémi Senac a participé à la fourniture de « pratiquement toutes les centrales d'Areva à l'export ». Beau joueur, il met en avant les gains de temps procurés par une meilleure organisation de la sous-traitance. A Taishan, des lots plus homogènes « évitent de multiplier les interfaces ».

Une digue contre les typhons

Les EPR chinois ne sont pourtant pas une copie conforme de ceux construits en Europe. À cause du climat, les locaux des échangeurs thermiques disposeront de 20 à 25 % de surface en plus. Autres particularités : la nécessité de creuser deux canaux de 7,3 m de diamètre, longs de 4,2 km, pour aller puiser sur une île, au large, une eau de refroidissement avec une faible turbidité. L'eau douce sera fournie par un barrage de 52 m de haut et 250 m à la crête, à 7 km du site. Il faut y ajouter l'édification d'une digue contre les typhons, le long de la côte, et le creusement de tranchées pour drainer les collines alentours.

À Olkiluoto, Areva prévoit quatre-vingt-six mois entre le premier béton et le premier chargement de combustible dans le coeur du réacteur, soixante et onze mois à Flamanville, mais quarante-six mois seulement à Taishan. CGNPC veut d'autant moins traîner qu'elle est en concurrence avec un autre grand du nucléaire chinois, qui a fait appel à la technologie de troisième génération AP 1000 de Westinghouse. Taishan, le « plus important contrat jamais signé dans l'industrie nucléaire civile », chiffré à 8,5 milliards d'euros par Areva, pourrait faire des petits. Unis dans la coentreprise Wecan, Areva et CGNPC attendent le feu vert de Pékin pour lancer la construction de deux autres EPR à Taishan. Le site peut en accueillir six !

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