Quand le labopuce se rend au chevet du patient
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Un laboratoire d'analyses qui tient dans la main ? Pas si simple à réaliser. Cependant un premier système pourrait être mis au point en 2008.
Une goutte de sang, un automate portatif et des résultats en quelques minutes : un défi posé aux industriels de l'analyse médicale pour que le médecin prescrive directement au patient le médicament adéquat. Des obstacles existent encore, que ce soit au niveau de l'automatisation des analyses de biologie moléculaire ou de la miniaturisation. Mais des progrès ont été réalisés. Au CHU de Poitiers, dès que le tube de sang ou d'urine du patient arrive dans la salle d'analyses, il est pris en charge par une plate-forme entièrement automatisée. Un premier groupe de robots assure la préparation des échantillons, puis un second mesure jusqu'à 97 paramètres biochimiques et immunologiques. Fini le temps des tâches répétitives pour le laborantin ! Il n'a plus qu'à passer à l'imprimante pour récupérer les résultats. Installé récemment par Roche Diagnostics, ce type de plate-forme à haut débit pour des tests de routine devrait se généraliser. Ses concurrents, Abbot, Beckman Coulter ou Siemens proposent des solutions équivalentes.
Automatiser...
Désormais, les industriels visent le prochain jalon. « A l'avenir la production sera plus automatisée et plus consolidée. Des techniques comme la biologie moléculaire seront certainement intégrées à ces plates-formes de manière à ce qu'il n'y ait plus de frontières inter-technologies », prévoit Bertrand Le Bert, le président de Roche Diagnostics France. Mais les chercheurs butent sur certaines analyses, en particulier sur l'extraction d'ADN ou
Le virus H5N1 détecté en une heure
d'ARN à partir d'échantillons biologiques et la multiplication des fragments d'ADN par PCR (Polymerase Chain Reaction). Ces deux étapes sont difficiles à intégrer dans un même flux de travail via un seul automate ou dans des modules reliés entre eux. C'est pourtant l'un des grands enjeux.
En microbiologie par exemple, les tests de biologie moléculaire traquent directement la présence de l'ADN ou de l'ARN du pathogène en une ou deux heures, au lieu de six à douze heures par les classiques cultures de bactéries et de champignons. « Avec les moyens traditionnels, il fallait faire des choix de traitement avant que les résultats ne soient arrivés. Par contre, les méthodes de biologie moléculaire ont le potentiel de fournir les résultats en amont du choix des antibiotiques », souligne Peter Kaspar, le directeur R et D de bioMérieux.
... et relever le défi de la miniaturisation
A plus long terme, une fois toutes ces analyses automatisées et reliées entre elles, il restera à miniaturiser ces automates. L'objectif est d'obtenir des laboratoires sur puce - où l'ensemble d'un processus d'analyse tient sur le format d'une carte de crédit - qui fourniraient à partir d'une goutte de sang, de salive ou d'urine un résultat en quelques dizaines de minutes. Sur des applications très précises, les premiers systèmes pourraient prochainement arriver sur le marché, comme celui mis au point par STMicroelectronics et le laboratoire Veredus capable de détecter la présence du virus H5N1 (lire ci-contre). L'environnement ou l'agroalimentaire bénéficieront également de ces innovations. Mais des verrous devront être levés. « Avec certains échantillons nous ne sommes plus dans le domaine de la micro-fluidique. Quand on traite de l'eau il faut gérer plusieurs litres, pour l'air il faut traiter des mètres cubes. Il y a un passage du macroscopique au microscopique qui n'est pas facile à appréhender », relève Pierre Puget, directeur de recherche au CEA-Leti.
Manuel Carrard
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