Quand le cuivre s'envole...
Par par olivier Cognasse - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3212
© Anne-Christine-Poujoulat-AFP
Le cours du cuivre est à la hausse et suscite les convoitises. Les vols se multiplient. Difficile pour les entreprises, notamment la SNCF, de se protéger.
Autoroutes sans éclairage, trains retardés, transformateurs électriques à l'arrêt, industriels du BTP et recycleurs terrorisés par des braquages en plein jour... Les vols de cuivre se multiplient. Fin octobre, leur nombre a déjà doublé par rapport à l'an passé. À croire que les voleurs gardent un oeil sur le London Metal Exchange où le métal rouge flirte avec les 8 500 dollars la tonne. « Les vols suivent l'évolution des cours du cuivre de manière étonnante », remarque le colonel de gendarmerie Stéphane Ottavi, directeur de l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI). En France, le cuivre représente les deux tiers de vols de métaux. Ce qui n'est pas sans poser de graves problèmes à certains secteurs : 20 % de ces délits ont lieu sur les chantiers de BTP et 30 % dans les entreprises publiques.
Part des différents métaux volés en 2010 en pourcentages (jusqu'en septembre)

Les vols suivent les cours

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SIX À DIX VOLS PAR JOUR LE LONG DES VOIES FERRÉES
Les 24 000 transformateurs de RTE, le réseau de transport d'EDF, constituent une cible de choix. « Ils volent la partie métallique qui relie à la terre le châssis des appareils haute tension. Ils prennent beaucoup de risques pour de très petites quantités de cuivre », s'alarme Michel Dubreuil, le directeur délégué au transport. À la fin août, RTE avait déjà enregistré 400 vols. Ces petits morceaux de cuivre envolés vont lui coûter quelque 10 millions d'euros de réparations. Une facture trois fois plus importante pour la SNCF et RFF, le gestionnaire du réseau ferré : six à dix vols par jour sont recensés le long des voies. Le président de la SNCF, Guillaume Pepy, y voit « la principale cause de la détérioration de la régularité du trafic ». Une excuse toute trouvée, mais semble-t-il infondée. Selon RFF, seuls 1,5 % des retards peuvent s'expliquer par ces rapines au premier semestre 2010.
Il n'y a pas de portrait type du voleur de cuivre. « Entre le chineur et la criminalité organisée, difficile de faire la part des choses », prévient le colonel Ottavi. Et, contrairement aux clichés, seuls 20 % des vols sont commis par des étrangers. Quoi qu'il en soit, les détournements sont de mieux en mieux organisés. « Les malfaiteurs opèrent essentiellement sur les voies ferrées. Ils ont des engins enrouleurs, parfois des 4x4. Ils savent où couper sans se faire électrocuter et ils brûlent le câble pour enlever la matière plastique », se lamente Xavier Ouin, le directeur de la production industrielle pour la branche SNCF Infra.
Leur butin, ils le refourguent au recycleur. C'est clairement le maillon faible de la filière. « Il n'est généralement pas regardant sur l'identité des apporteurs », confirme le colonel. La profession se défend en expliquant qu'elle aussi est victime de vols. Robert Lifchitz, le vice-président de la Fédération de la récupération, du recyclage et de la valorisation (Federec), explique que les recycleurs « travaillent avec des livres de police ».
HÉLICOPTÈRES ET DÉTECTION PAR INFRAROUGE
Les receleurs seraient donc à rechercher plutôt du côté des ferrailleurs décrits comme peu scrupuleux. « Mais le recel est compliqué à prouver », prévient Robert Lifchitz. C'est tellement vrai que les statistiques de la gendarmerie font état de seulement 10 % d'affaires résolues.
Dans les entreprises, des dispositifs sophistiqués de sécurité doivent être mis en place pour réduire les risques de vols à grande échelle. Il est loin, le temps où les ouvriers récupéraient les chutes pour se payer des extras. Aujourd'hui, chaque gramme compte. « Chez RTE, nous avons investi près de 4 millions d'euros dans des systèmes de protection expérimentaux, notamment des caméras », précise Michel Dubreuil. Chez RFF, Patrick Trannoy, le directeur général adjoint chargé de l'infrastructure, évoque, parmi les solutions d'avenir, « le marquage des câbles et surtout le fait de les enterrer ». La SNCF sollicite sa police ferroviaire (2 300 agents) et met en place de la télésurveillance dans certaines installations.
Le patron de SNCF Infra, Pierre Izard, évoque la prochaine « surveillance des zones sensibles par hélicoptère avec des systèmes de détection à infrarouge. Les premiers vols ne vont pas tarder ». Guillaume Pepy songe même à utiliser des drones ! Une solution comparée par certains de ses détracteurs aux fameux avions renifleurs... Mais, pour le colonel Ottavi, la solution la plus efficace serait de « limiter la revente des métaux en espèces à 250 ou 500 euros ». Aujourd'hui, il est possible d'aller jusqu'à 3 000 euros. Les recycleurs ne sont pas contre, mais s'inquiètent de voir une partie de leur chiffre d'affaires partir dans les pays limitrophes. Qui seraient beaucoup moins regardants sur l'origine des métaux qu'ils achètent.
FAIRE PREUVE DE BON SENS
Remplacer le cuivre par un autre métal, enterrer les câbles et clôturer son site.
Notre avis Une réflexion à mener avant de passer à la grosse artillerie. quatre recettes pour se protéger
LA SURVEILLANCE HUMAINE
Faire appel à une société de gardiennage pour protéger son usine ou son chantier.
Notre avis Une solution dissuasive si elle est effectuée par du personnel honnête.
MARQUER LE CUIVRE
C'est possible avec de l’encre invisible ou en recourant à la RFID.
Notre avis Les lecteurs sont onéreux et seront difficiles à mettre en place chez les recycleurs.
LA SURVEILLANCE ELECTRONIQUE
La vidéo et la télésurveillance pour des sites fermés.
Notre avis Un système difficile à déployer sur un réseau comme celui de la SNCF.

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