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Quand le conflit afghan tire les innovations...

Par Guillaume Lecompte-Boinet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3202

C'est ainsi : la guerre pousse toujours à améliorer la performance des matériels. En Afghanistan, le combat urbain et les bombes artisanales ont amené les forces armées et leurs fournisseurs à repenser les équipements

Depuis son début en 2001, la guerre en Afghanistan a déjà fait beaucoup de victimes françaises. Près de 50 morts parmi les 3 750 soldats français, sans compter les blessés. Et, bien souvent, ces pertes, tant parmi les militaires que dans les populations civiles, ont les mêmes causes : des blindés ou des fantassins mal protégés contre les engins explosifs artisanaux (dits IED), l'absence de drones pour prévenir des embuscades, ou le manque de précision des tirs. Après avoir beaucoup tergiversé, les autorités françaises ont fini par prendre la mesure du problème en lançant un programme d'innovations pour améliorer la précision des armements ou mieux protéger les troupes au sol. Ces problématiques sont désormais au coeur des programmes de R et D menés conjointement par la Direction générale de l'armement (DGA) et les industriels. Une part croissante du budget de recherche de la Défense, soit près de 3,6 milliards d'euros prévus pour 2010, est aujourd'hui consacrée à ces thématiques. Le dernier salon de l'armement, Eurosatory, qui s'est tenu à Paris avant l'été, a été l'occasion de dévoiler les premières réalisations en la matière. Revue des troupes.

Les blindés deviennent indestructibles

C'est le défaut de la cuirasse. La plupart des victimes françaises en Afghanistan sont tombées pour cause d'insuffisante protection contre les engins explosifs artisanaux (IED) ou les attaques de roquettes sur les blindés légers. D'où le projet Shark, mené par la DGA et TDA (groupe Thales) avec la société allemande IBD. Le principe : une protection active entoure le véhicule, capable de détruire une roquette tirée même à moins de 15 mètres (un cas très fréquent dans le combat urbain). Un système de capteurs laser et de radars à doppler détecte le projectile et détermine sa trajectoire. Grâce à un dispositif optopyrotechnique, une contre-mesure est mise à feu et la roquette est neutralisée. Toutefois, pour être opérable en Afghanistan, le système Shark nécessitera des développements complémentaires. « Il nous faut encore alléger et simplifier le réseau de capteurs », assure Maxime Bouton, le responsable du projet à la DGA.

Plus opérationnels, les méga 4 x 4, qu'on voit fleurir sous les couleurs de Nexter (l'Aravis) ou, tout dernièrement, le Hawkei de Thales, jouent la carte de la protection maximum. Multicouche, intégrant aussi bien des alliages métalliques que de la céramique ou des matériaux composites, leur blindage a fait des progrès considérables. De sorte que ces véhicules relativement légers peuvent résister à de très nombreux projectiles (balles, mines, éclats d'artillerie...). Le Hawkei, par exemple, possède des pneus anticrevaisons et un plancher structuré en V. Constitué de trois éléments, il a été conçu pour absorber et répartir le souffle d'un IED.

L'EMPLOI DES MATÉRIAUX COMPOSITES

« Tous les deux ans, on gagne un niveau de protection. Aujourd'hui, on est au 4, le niveau 5 étant le maximum », indique-t-on chez Renault Trucks Défense. Pour ce fabricant, qui prépare la prochaine génération destinée à remplacer le célèbre VAB (véhicule de l'avant blindé), le blindé du futur sera modulable : il intégrera différents niveaux de protection, qu'on pourra ajouter sous forme de kits afin d'optimiser le poids du véhicule. À certains endroits, des aciers spéciaux pour blindage, à d'autres, du titane ou de la céramique. Le leader mondial du blindage, l'israélien Plasan, travaille sur ces différentes options. « L'utilisation des composites est la grande tendance actuelle car ils offrent un bon rapport entre légèreté et résistance », indique Netta Gal, chez Plasan. Et naturellement, ce blindé sera équipé des dernières technologies permettant de détecter des menaces ou de communiquer.

Les munitions se font intelligentes

Frapper au plus près la cible. C'est le rêve des troupes en opération, notamment en Afghanistan où les dégâts collatéraux sont légions. C'est aussi l'un des objectifs du missile de moyenne portée (MMP), développé par MBDA et Sagem DS. Cette arme de 4 kilomètres de portée, destinée au combat d'infanterie, doit prendre la relève du missile Milan. Sa principale innovation ? Il combine le principe du « tire et oublie » (le missile est autonome après son lancement), avec la capacité de tir au-delà de la vue. Le MMP est ainsi équipé - c'est une première - d'une centrale inertielle dans laquelle on rentre les coordonnées géographiques de la cible, fournies par un ou des relais (un soldat, un drone...). Ce sont les relais qui guideront le missile avec une précision métrique, grâce à la mise en réseau des coordonnées GPS. « Celui qui tire et celui qui désigne la cible n'ont plus besoin d'être ensemble, c'est la grande nouveauté », explique-t-on chez MBDA. Cela dit, le MMP ne sera pas dans les forces armées avant 2016, au mieux. À l'horizon 2020, les missiliers travaillent aussi sur des minimissiles adaptés au combat urbain, pesant de 1 à 5 kilos et équipés d'un autodirecteur, comme les gros missiles.

La précision n'est pas seulement un enjeu pour les missiles. Elle l'est aussi pour les munitions du type mortiers ou obus fabriqués par Nexter et autres Thales. Un projet d'études amont de la DGA baptisé « munition à précision métrique » (MPM) vise à porter le degré de précision au niveau du mètre, au lieu du décamètre. Des technologies comme le guidage laser et la navigation inertielle sont testées. Exemple : un drone va illuminer la cible et l'obus, muni d'un système autodirecteur, va détecter la tache laser et se guider grâce à sa centrale GPS. Pour améliorer sa trajectoire, il sera équipé d'ailettes mobiles, commandées par des capteurs électroniques. Une vraie révolution dans le domaine des obus. L'objectif est évidemment d'éviter les victimes collatérales, mais aussi de diminuer la consommation des munitions. Mais là encore, ce type de matériels ne sera pas opérationnel avant 2017

Les drones détectent tout

La prévention peut parfois être le meilleur remède. Les soldats français auraient, en de nombreuses occasions, bien aimé qu'un drone effectue un vol de reconnaissance avant de franchir telle ou telle crête. Cet engin volant est désormais le principal vecteur de détection dans le combat terrestre. Une grande vague d'innovations a secoué l'industrie française et la DGA depuis quatre à cinq ans, donnant notamment naissance au Drac, un petit drone portable à dos d'homme pour les forces spéciales, ou le SIDM Harfang, un vecteur destiné à l'observation d'un théâtre d'opération. Mais ce n'est pas fini. EADS, Sagem et Thales préparent la génération suivante. Ainsi, le Patroller de Sagem DS, avec son autonomie de près de trente heures, ses équipements optroniques (caméra thermique) et sa liaison satellite, pourra prévenir les troupes au sol de la présence ennemie. Et éviter bien des victimes. De même, le Patroller pourra illuminer par laser des cibles. L'une des grandes avancées dans le domaine des drones concerne leur capacité à s'intégrer dans un système de communication global, grâce à la transmission de données. Et ainsi, de pouvoir communiquer des informations (images, sons) aussi bien à l'état-major, qu'à des avions, des hélicoptères de combat ou des fantassins.

Et là, le conflit afghan a très clairement joué un rôle d'accélérateur d'innovations. L'un des enjeux pour l'avenir est d'augmenter simultanément toutes les performances des drones : leur endurance (en les allégeant), leur robustesse, leur système de communication et de vision (qualité des images vidéo). Sans oublier leur discrétion. Dans ce domaine, il n'est pas impossible que les drones du futur utilisent l'énergie solaire. L'expérience menée en ce moment par Solar Impulse, une sorte d'immense planeur fonctionnant grâce à des capteurs solaires, est regardée à la loupe par les militaires.

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