QUAND LE COLLÈGE DÉBARQUE À L'USINE
Par PAR CÉCILE MAILLARD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3235
À l'occasion de la Semaine de l'industrie, des collégiens ont visité la chaîne d'assemblage des hélicoptères Écureuil, chez Eurocopter, à Marignane. Les métiers de l'industrie ? « Passionnants », mais pas forcément pour eux.
Quitte à emmener des ados visiter une usine, choisissez-en une d'hélicoptères, le succès est garanti... « Venez vite ! Y'a des hélicos qui font des essais ! » La quinzaine de collégiens sort au pas de course de la salle où certains commençaient à se rendormir. Direction : la piste des essais en vol d'Eurocopter, entre un hangar d'assemblage et l'aéroport de Marignane. « C'est un Tigre, non ? » « Et ça, M'sieur, c'est quoi ? » « Il va décoller aussi, celui-là ? » Certains ont vissé sur leur tête la casquette offerte par Eurocopter, d'autres n'ont même pas voulu la prendre. Pas assez mode, sans doute. Vite, une photo de groupe, avec les profs, devant les engins mythiques ! Les explications seront pour plus tard. Trop de bruit...
Dès leur arrivée sur le site Eurocopter de Marignane, les 14 élèves de troisième du collège Georges Brassens de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône) ont été plongés dans l'ambiance d'une industrie sensible. Avant d'entrer, ils ont dû montrer patte blanche et patienter une heure, le temps que soit vérifiée l'identité de tous. Le temps, aussi, de voir passer des bus remplis de militaires en uniforme... et de découvrir le site. « C'est immense, ici, on ne peut pas se déplacer à pied ! », s'étonne Francesca, en embrassant les 80 hectares du site. « Je croyais qu'on allait voir une usine, en fait, c'est une ville », ajoute Marty. Arrivée dans la salle d'accueil, où les attend un petit buffet. Coca à 9 h 30 du matin, c'est fête. Les gamins s'installent face à un écran sur lequel défilent des « slides ». « Il faut être bon en anglais, pour travailler chez Eurocopter », leur dira plus tard Xavier Pélissonnier, détaché par Eurocopter auprès du rectorat pour rapprocher l'entreprise des écoles. Studieux, les collégiens sortent les petits calepins fournis par la chambre de commerce de Marseille, organisatrice d'un rallye de l'industrie. Et prennent des notes. Plus ou moins. Studieux, ils se font aussi timides dès qu'on leur pose quelques questions. Même si certains jouent les bravaches en assurant qu'ils ont l'habitude des interviews !
«En usine, t'es coupé du monde ! »
Après la théorie, la pratique. Direction le hangar d'assemblage des Écureuil. Ces petits hélicoptères sont montés en quatre mois et demi. « Ouah ! C'est super-rapide ! », s'étonne Sylvain. Ce qui surprend Vincent, c'est la propreté du hangar. « On dirait pas, vu de l'extérieur... On dirait pas une usine, en fait. » Lumière naturelle, poutres métalliques peintes en rouge et bleu, sol gris clair maculé, peu de bruit. Le lieu est accueillant. Équipés d'un casque pour entendre les explications, les collégiens écoutent sagement un jeune salarié parler de son métier. Mais aucun ne pose pour l'instant de questions. Ils avancent docilement, ne mettant pas un pied en dehors du couloir de sécurité, comme on le leur a demandé. Beaucoup sont impressionnés par le découpage du travail d'assemblage en différentes étapes, des « cellules » ayant chacune leurs tâches. « C'est trop bien organisé... », commentent-ils, vaguement surpris.
Au dernier rang, un chahuteur retire son casque. « Ils sont où, les hélicos ? » s'impatiente-t-il devant les ossatures. « Attends ! », pouffent les autres. Enfin, ils peuvent approcher les engins, les toucher même. Pour des raisons de sécurité, et parce que le site reçoit beaucoup de visiteurs, pas question de se balader au milieu de la chaîne de montage. À l'intérieur de l'hélico, deux jeunes salariés « finalisent la machine ». Le contact est bon et les questions sortent enfin. Sur l'appareil, bien sûr. « À quoi sert cette grille ? » « Et ça, c'est quoi ? », demande Pierrick. Il veut être plombier, mais trouve « très impressionnant de travailler sur des grosses machines ».
Thomas, qui se destine plutôt à la vente, remarque que ces ouvriers sont « passionnés ». « Ils sont motivés à fond ! » « Normal, renchérit Yohann, quand tu vois sortir l'appareil, tu te dis que c'est toi qui l'as construit ! C'est pas mal, quand même... » « Y'a beaucoup de travail manuel, s'étonne Vincent. Je pensais que c'était très automatisé, sur une chaîne. » Ce qui frappe Théo en revanche, c'est le travail d'équipe, « j'aime bien ». Yohann trouve quand même un point faible : « en usine, t'es coupé du monde ».
Marion, une des deux seules filles du groupe, écoute attentivement les explications sur l'installation des systèmes électriques. « J'aime surtout la chimie, manipuler, le travail de laboratoire. » À sa grande surprise, elle apprend qu'Eurocopter possède un labo et que l'entreprise a besoin de chimistes pour travailler sur les matériaux. « Il y a beaucoup plus de métiers que ce que je pensais, ce n'est pas que de la technologie. »
Ces élèves sont tous en 3e « découverte professionnelle ». Trois heures par semaine, ils parlent des métiers avec leurs profs et visitent des entreprises toute l'année. Alors ici, ils sont studieux et suivent les conseils de leurs enseignants : ne pas oublier que derrière les hélicos, il y a des métiers. Sébastien trouve qu'« ils sont très variés, tous plus complexes les uns que les autres ». Trop ? « Ca a l'air intéressant, mais je suis pas fort en math, je suis pas fait pour ça », commente Théo, qui préférerait travailler dans l'hôtellerie. « Il faut au moins un bac pro pour que ce soit intéressant », « pourquoi pas, si je peux », réagissent d'autres. « Souvent, ils pensent que la haute technologie n'est pas pour eux, décrypte Frédéric Bourgue, le professeur de techno qui les accompagne. Des visites comme celles-ci leur montrent qu'il y a aussi des CAP et BEP, dans cet univers. » À la fin de la visite, un élève discute avec un responsable d'Eurocopter qui accompagne le groupe. Il lui demande l'adresse du CFA dans lequel l'entreprise forme ses apprentis. Le week-end suivant, avec ses parents, il entend bien aller aux portes ouvertes... Une recrue potentielle sur un groupe de 14 jeunes, c'est déjà pas mal.

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