QUAND LE CAC 40 JOUE AU BUSINESS ANGEL
Par PAR ARNAUD DUMAS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3250
© CYNAR
À la recherche d'innovations technologiques, les grands industriels suivent de près l'activité des start-up. Pour ne pas voir des pépites leur échapper, ils créent des fonds d'investissement.
La R & D des grands groupes n'est plus confinée entre les quatre murs d'un laboratoire. Elle prend la poudre d'escampette et s'intéresse au monde foisonnant des start-up. Les entreprises sont en effet de plus en plus nombreuses à décider de monter leur structure d'investissement pour prendre des participations au capital des jeunes pousses prometteuses. Un phénomène ancien, qui semble reprendre de la vigueur. « Il y a eu une période de rétractation de ces fonds d'entreprise au début des années 2000, après l'éclatement de la bulle internet, remarque Hélène Perrin-Boulonne, la responsable de la prospective économique à la chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP). Mais on sent de nouveau un frémissement, notamment du côté des cleantech. »
Le vert n'est pas seul à attirer l'oeil. Le dernier fonds en date a été créé par le groupe d'électroménager Seb, qui a lancé Seb Alliance le 30 mai avec une mise initiale de 30 millions d'euros. La raison ? La course à l'innovation, nécessaire pour demeurer compétitif et conserver sa production en Europe, dans un secteur où les pays à bas coût génèrent une grande partie des produits présents sur le marché. « Nous voulons avoir un lien direct avec les chercheurs entrepreneurs, et eux ont besoin de trouver des partenaires qui les aident pour leurs financements, résume Bertand Neuschwander, le directeur général adjoint du groupe Seb. Ces objectifs croisés nous ont conduits à la mise en oeuvre d'un fonds d'investissement. »
Des outils de veille
Ces fonds, dont la force de frappe est en général inférieure à 10 millions d'euros par investissement, sont peu nombreux en France. Mais leur stratégie est toujours identique : trouver les pépites les plus avancées dans leur domaine. « Les grands groupes utilisent ces "corportate ventures" comme des outils de veille dans leur environnement plus ou moins proche, explique Christophe Chausson, président de Chausson Finance, un cabinet de conseil en levées de fonds. Ce sont leurs grandes oreilles ! » Les industriels ont besoin de détecter à l'avance les évolutions technologiques de leur marché. Surtout, du fait de leur taille, ils ne sont souvent pas assez agiles pour lancer des initiatives dans des directions trop éloignées de leur métier de base. Ces fonds leur permettent d'appliquer la théorie du « think outside of the box » (« penser en dehors de la boîte »). « Toutes ces start-up sont loin de notre modèle habituel, reconnaît Benoît Charpentier, le vice-président investissements de Total Energy Ventures. Nous sommes entre la R et D et le business development du groupe. » La structure financière du pétrolier, rattachée à la direction du développement durable, recherche ainsi des entreprises capables d'assurer la transition énergétique. Il a participé à la levée de 22 millions de dollars pour Agilyx, une société américaine qui a développé une technologie permettant de transformer des déchets plastiques difficiles à recycler en pétrole synthétique.
La rentabilité de l'investissement ne se juge pas uniquement à l'aune du taux de rentabilité interne (TRI), comme pour un fonds d'investissement classique. C'est surtout la capacité de contribuer à la politique d'innovation ouverte du groupe et de développer l'activité de l'industriel propriétaire du fonds qui prévaut. Pour cela, l'entreprise met ses ressources à la disposition de la start-up. « Notre implication s'entend aussi en termes de R et D, de mise sur le marché, de distribution, etc. Cela fait aussi partie de notre effet de levier pour développer l'activité de notre participation », explique Bertrand Neu-schwander, de Seb. Même chose chez Total, où la structure d'investissement joue le rôle de facilitateur entre la branche du groupe et la PME innovante. « Parmi nos quatre investissements, il y a déjà une douzaine de discussions en cours avec des branches industrielles », note Benoît Charpentier.
Certains vont encore plus loin. Suez Environnement, qui a créé le fonds Blue Orange en 2010, impose pour chaque prise de participation le parrainage par une division opérationnelle du groupe. « Les partenariats industriels ou commerciaux avec nos filiales constituent notre objectif majeur en aval de notre investissement », confie Adrien Henry, le directeur de Blue Orange qui recherche des technologies de rupture dans les domaines de l'eau et de la gestion des déchets. Suez Environnement a d'ailleurs lancé, en parallèle de Blue Orange, les « Suez environnement technology test ». Ces structures aident les entrepreneurs à tester leur invention en mettant à leur disposition des sites industriels, des conseils en ingénierie, etc.
Toutefois, les perspectives de partenariats industriels, aussi alléchantes soient-elles, peuvent aussi constituer un danger. « Il y a un risque pour la jeune société de se retrouver pieds et poings liés avec ce groupe au niveau de la sortie, et de ne pas pouvoir se vendre au plus offrant », remarque Christophe Chausson. Du côté des industriels, on se veut rassurant. Tous prennent systématiquement une position minoritaire dans le capital de la jeune pousse. Certains, comme Seb, ne demandent même pas forcément un siège au conseil d'administration. Quant à la sortie de l'investissement, ils assurent rester ouverts. « Nous pouvons être une porte de sortie mais nous ne prétendons pas avoir de droit de préemption sur une vente de la société », certifie Benoît Charpentier. À l'entrepreneur d'être vigilant sur les conditions d'entrée au capital.
BLUE ORANGE Propriétaire Suez Environnement Budget 50 millions d'euros Ticket De 500 000 à 2 millions d'euros Cible Les technologies de rupture dans les domaines de l'eau et de la gestion des déchets Exemple d'investissement Cynar (Royaume-Uni), spécialisé dans la conversion de plastique en fin de vie en carburant diesel Contact blueorange@suez-env.com ÉCOMOBILITÉ PARTENAIRES Propriétaire SNCF Budget 15 millions d'euros Ticket 1 à 2 millions d'euros Cible L'environnement et les solutions d'intermodalité des transports Exemples d'investissements Luméneo (France), conception et fabrication de véhicules électriques ; Greencove (France), site de covoiturage Contact emp@sncf.fr TOTAL ENERGY VENTURES Propriétaire Total Budget NC Ticket Moins de 10 millions d'euros Cibles Énergies renouvelables, efficacité énergétique, réduction de gaz à effet de serre Exemples d'investissements Coskata (États-Unis), production de biocarburants ; Agilyx (États-Unis), transformation de déchets plastiques en pétrole Contact NC SFR DÉVELOPPEMENT Propriétaire SFR Budget Près de 10 millions d'euros par an * Ticket 1 million d'euros en moyenne Cible Technologies innovantes liées aux métiers de SFR, technologies pour le futur (e-santé, etc.) Exemples d'investissements Wiztivi (France), création de chaînes de TV sur internet ; Digitick (France), système de gestion de billetterie par des technologies internet Contact contact@sfrdeveloppement.fr ASTER CAPITAL Propriétaires Schneider Electric, Alstom et Rhodia Budget Entre 120 et 150 millions d'euros Ticket Jusqu'à 3 millions d'euros Cible Nouvelles technologies de l'énergie, nouveaux matériaux, environnement Exemples d'investissements Ioxus (États-Unis) condensateurs électriques ; Solaire Direct (France) panneaux photovoltaïques Contact contact@aster.com INNOVACOM Propriétaire France Télécom Budget 300 millions d'euros Ticket De 2 à 10 millions d'euros Cible Services internet, logiciel de communication, performance des réseaux, microélectronique Exemples d'investissements Intersec (France), logiciel pour les opérateurs mobiles ; 6PEO (France), développement d'applications de webmarketing Contact info@innovacom.com SEB ALLIANCE Propriétaire Groupe Seb Budget 30 millions d'euros Ticket De quelques centaines de milliers à 3 millions d'euros Cible Vieillissement de la population, santé, beauté, bien-être, développement durable, nouvelles énergies, robots Exemple d'investissement Key Ingredient (États-Unis), site internet collaboratif de partage de recettes de cuisine Contact NC
Le Fonds national pour la société numérique Dans le cadre des investissements d'avenir, l'État a décidé le 1er juin de consacrer 4,25 milliards d'euros au développement de l'économie numérique. Ils sont gérés par la Caisse des dépôts et 1,4 milliard d'euros provient de capital investissement. Le Fonds national d'amorçage Le 24 juin, le lancement du fonds de 400 millions d'euros gérés par CDC Entreprises, a été annoncé. Il a pour mission d'investir dans une quinzaine de fonds privés chargés de prendre des participations dans des entreprises innovantes en phase de démarrage.

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