Quand la Libye inquiète les chantiers STX de Saint-Nazaire
Par Barbara Leblanc - Publié le
A l’heure où Nicolas Sarkozy se prononce en faveur de la suspension des relations commerciales avec la Libye, syndicats et direction des ex-chantiers de l'Atlantique craignent de perdre une commande d'une entreprise proche du dirigeant libyen.
« Si nous la perdons, nous risquons de nous retrouver dans une très mauvaise conjoncture », lance une porte-parole du syndicat Force Ouvrière, sur les chantiers navals de STX à Saint-Nazaire. Même constat à la direction des ex-chantiers de l’Atlantique : « on surveille de très près la situation, et nous réfléchissons à des solutions en cas d’interruption de commandes ».
En effet, l’identité du client inquiète salariés et direction de STX et pourrait être le motif d’une possible rupture du contrat. Le navire a été commandé par la compagnie libyenne General National Maritime Transport Company (GNMTC), qui a à sa tête Hannibal, le fils du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.
La société est spécialisée dans le transport de brut et dispose d’un capital d’un milliard de dollars et d’une flotte de 24 pétroliers, d’une capacité totale de deux millions de barils. Mais elle souhaite étendre son activité au tourisme de croisière et au transport de passagers et de marchandises. D’où cette nouvelle commande passée en juin 2010.
« Relations de qualité entre Tripoli et Paris »
Pourtant pour STX, le navire est le symbole de la relance de l’activité des chantiers après la crise économique et une longue période de chômage technique. A l’époque de la signature du contrat, le directeur général du groupe, Jacques Hardelay, avait jugé que « le contrat arrivait justement au bon moment ». Pour Dominique Bussereau, alors secrétaire d’Etat aux Transports, ce contrat était une « preuve des relations de qualité entre Tripoli et Paris ».
Dans le détail, il s’agit d’un paquebot de croisière dont la construction a débuté en décembre. Le navire de type « MSC Fantasia » mesure 333 mètres pour 138 000 tonneaux et environ 1 700 cabines, capables de recevoir au total 4 000 passagers. Sa date de livraison est prévue pour mi-2012.
L’avenir de la commande
Chez STX, tout le monde réfléchit donc aux jours à venir et à l’avenir de cette commande. A la direction, on attend une « reprise des communications pour en savoir plus sur la situation sur place ».
Pour la porte-parole FO, la situation des chantiers pourrait vraiment être mauvaise en cas de rupture. « Si nous n’avons pas une nouvelle commande de prototype avant septembre, nous serons déjà mal pour la fin de l’année, assure-t-elle. Alors, si en plus le paquebot libyen s’en va, on est vraiment très mal ». D’après la direction, en cas de rupture de commande, STX pourrait chercher un repreneur pour le bateau.
Au sein des organisations syndicales, qui se réunissent le 24 février pour un comité d’entreprise extraordinaire, on s’accroche à cet espoir : « le navire devait être ensuite affrété par MSC, explique la CGT. Si la situation devient périlleuse chez nous, peut-être que cette société prendra en charge la construction du bateau ».
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