PSA SE REMET À LA DIÈTE
Par PAR BARBARA LEBLANC - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3260Le constructeur français vient d'annoncer un nouveau plan d'économies de 800 millions d'euros. La moitié de cet effort passera par des suppressions de postes. C'est la quatrième vague de départs volontaires en cinq ans.
L'histoire ne se répète pas, elle bégaie... La maxime attribuée à Karl Marx sied particulièrement à PSA Peugeot-Citroën. Le premier constructeur français semble en effet condamné, année après année, à enchaîner les plans d'économies pour redresser ses comptes. Malgré un plan produit parmi les plus alléchants du marché (six nouveaux modèles, dont la 508, sont sortis l'an dernier), le groupe a annoncé son quatrième plan de réduction des coûts en cinq ans. Il a présenté, le 26 octobre, un ensemble de mesures chiffrées à 800 millions d'euros pour palier la faiblesse de ses ventes (- 0,6 % depuis janvier). Deux leviers seront actionnés en priorité : l'optimisation du poste achats (400 millions d'euros) et les suppressions de postes. Comme en 2006 (7 000 départs volontaires), en 2007 (4 800 départs annoncés, 5 090 réalisés) et en 2009 (3 550 annoncés, 5 700 réalisés), le groupe s'est résolu à annoncer 6 000 départs en 2012. Depuis cinq ans, PSA aura incité près de 25 000 personnes à déserter l'entreprise. C'est l'équivalent, en emplois, des sites de production de Mulhouse, Sochaux et Rennes réunis !
QUELS SERVICES SONT VISÉS ?
Tous les secteurs de l'entreprise seront a priori concernés. À l'occasion du comité de groupe européen du 26 octobre, la direction a précisé qu'en production 1 000 postes seraient supprimés en Europe, suite aux actions de productivité ou d'organisation. Difficile d'en savoir plus sur le profil des postes touchés, mais Ricardo Madeira, délégué syndical central CFDT, estime que « c'est la main-d'oeuvre directe qui va être concernée, celle qui travaille sur les chaînes de production ». À ce décompte en production s'ajoutent 2 500 postes hors production, dans des services support (R et D, maintenance, administration...). Chez PSA, on se veut rassurant sur cette catégorie, en soulignant que ces postes ne seront libérés ni par des départs volontaires ni par des licenciements, mais par l'attrition naturelle des effectifs : départs en retraite ou démissions. Ce plan d'une telle ampleur va aussi se répercuter sur les effectifs des entreprises prestataires de PSA. La menace porte sur 2 500 postes en France, dans les bureaux d'étude extérieurs au groupe, en 2012, et sur 800 emplois intérimaires qui ne seront pas reconduits d'ici à la fin de l'année 2011. Au total, 6 800 emplois auront disparu d'ici à un an.
QUELS SITES POURRAIENT ÊTRE TOUCHÉS ?
La répartition des suppressions de postes par site n'est évidemment pas connue. Elle sera fixée après le comité central d'entreprise du 15 novembre et la tenue des comités dans chaque usine du groupe, souligne un porte-parole de PSA contacté par « L'Usine Nouvelle ». Mais plusieurs sites semblent être dans le viseur de la direction. Dans un entretien aux « Échos » le 27 octobre, Philippe Varin, le président du directoire, avait pointé ceux du segment B (les citadines) : Trnava (Slovaquie), Aulnay, Poissy et Madrid. Sans plus de précisions. Depuis juin, l'inquiétude s'est installée sur les sites d'Europe de l'Ouest. À l'origine des craintes ? La révélation par la CGT d'un document de travail datant du 23 août 2010, mentionnant la fermeture programmée de plusieurs usines du groupe, dont celle d'Aulnay-sous-Bois (au profit de Poissy), de Sevelnord et de Madrid. Des informations que la direction a aussitôt démenties en assurant que le plan de charge du site d'Aulnay était plein jusqu'en 2014. Après cette date, c'est l'inconnu. Pour le site de Sevelnord, la problématique diffère. Fiat (qui s'est allié à Chrysler) n'a aucun intérêt à continuer à travailler avec PSA sur le segment des monospaces. Les partenaires ont donc décidé de divorcer à l'horizon 2017. Décision qui laisse planer l'éventualité d'une fermeture du site nordiste à cette échéance, selon les syndicats. Au-delà, l'usine de Rennes et d'autres sites dédiés aux fonctions support, comme le pôle R et D de Saint-Ouen, seraient aussi sur la sellette.
QUEL TRIBUT PAIERONT LES FOURNISSEURS ?
Le constructeur entend économiser 400 millions d'euros sur les 20 milliards d'euros d'achats annuels qu'il réalise auprès de ses 15 fournisseurs dits stratégiques, comme Valeo, Bosch ou Faurecia. « Nous travaillons avec eux pour exploiter au maximum notre politique modulaire, assure un porte-parole du groupe. L'objectif est de tirer profit de la massification des flux, tant sur le plan international qu'en France. » Cet argument, les syndicats l'entendent. Mais, suite à une rupture d'approvisionnement en vis chez Agrati, l'un de leurs fournisseurs, en septembre 2011, ils remettent en question la politique consistant à avoir des fournisseurs uniques pour certains composants. « Cette politique a des limites, comme on l'a vu lors de la crise au Japon ou aujourd'hui avec Agrati, explique Ricardo Madeira. On en paie la facture maintenant. » La direction commence à s'en apercevoir. Selon le responsable syndical, Philippe Varin aurait affirmé que la politique de fournisseurs uniques pourrait être révisée. Affaire à suivre.
6 800 postes menacés d'ici à fin 2012 1 000 postes en production 2 500 postes hors production 2 500 postes chez les prestataires 800 intérimaires
Quatre plans de départs volontaires en cinq ans, près de 25 000 départs en tout. Malgré une remarquable montée en gamme (avec la signature DS), PSA n'a pas trouvé sa recette du succès. Le constructeur pâtit encore d'un positionnement commercial marqué par les véhicules de bas et de milieu de gamme. Si les ventes « premium » représentent 17 % du chiffre d'affaires, cette part est trop faible pour financer une organisation majoritairement centrée en France. Cela n'est pas un problème en soi... à condition de faire, à côté, du volume avec des modèles moins rémunérateurs. Mais là encore, PSA n'entre pas dans les standards du marché. Le théorème Marchionne, selon lequel un constructeur ne gagne de l'argent que s'il produit au moins 6 millions de voitures par an, s'applique aussi à PSA. Et, avec ses 3,6 millions de voitures vendues l'an dernier, il est loin, très loin de ce point mort. Ses alliances ponctuelles (avec Ford, Fiat, Toyota...) ne lui permettent pas d'accéder à des économies d'échelle suffisantes pour investir sur le haut de gamme et les émergents. Le groupe se retrouve donc face à un dilemme : faire du premium ou faire des volumes. La première option est sans doute la plus douloureuse. Cette mue obligerait le constructeur à réduire son dispositif industriel français. La seconde option, elle, passe par l'adossement à un nouveau partenaire. Le problème, c'est qu'il n'y a plus beaucoup de prétendants. À part l'allemand BMW. Une telle opération permettrait au français d'accéder à la taille critique recherchée. Avec un chiffre d'affaires de 116 milliards d'euros pour 5 millions de véhicules vendus, les deux alliés talonneraient Volkswagen, le premier constructeur européen. Cerise sur le gâteau : PSA acquerrait en même temps les compétences pour sa montée en gamme.

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