Dossier

Le scandale des prothèses PIP frelatées

Prothèses PIP : certifiées mais truquées !

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Opération chirurgie
© Jean-Louis Salque - L'Usine Nouvelle

Alors qu’elles n’étaient pas conformes, les prothèses mammaires PIP ont pourtant été certifiées jusqu’à leur retrait du marché en 2010. Une incohérence qui serait due à des malversations par le PDG de l’entreprise. Mais qui pointe aussi les insuffisances de la réglementation européenne des dispositifs médicaux.

Comment la société Poly Implant Prothèse (PIP) a-t-elle pu produire, vendre et exporter des implants mammaires en silicone de 2001 à 2010, alors qu’elle est soupçonnée d’avoir commercialisé des produits contenant du gel non conforme ? La question est essentielle, alors que les 30 000 femmes porteuses d’implants PIP en France  sont désormais incitées à se les faire retirer pour prévenir le risque, relativement élevé, de rupture de ces prothèses, qui serait proche de 5%.

Pourtant, l’entreprise varoise était bien autorisée à commercialiser ses implants, jusqu’à leur retrait du marché ordonné en mars 2010 par l’Afssaps, l’autorité de contrôle des produits de santé. Mais le contrôle d’un implant mammaire n’a rien à voir avec celui d’un médicament. Ici, pas d’étude clinique ni de procédure d’autorisation. Car la prothèse fait partie de la grande famille des dispositifs médicaux, une classe fourre-tout comprenant aussi bien les seringues, stimulateur cardiaque, poches d’injection ou encore prothèse dentaire ! Et qui dispose d’une réglementation atypique : le marquage CE (Commission Européenne), qui certifie les produits, répartis en trois niveaux de risques.

Les failles du marquage CE

Les prothèses mammaires font cependant partie de la classe 3, le niveau d’exigence maximale en termes de santé et de sécurité. Pour être commercialisées, leur fabricant doit donc obtenir une certification d’un organisme habilité. Ce dernier est accrédité par une agence sanitaire d’un pays européen, qui l’audite et le contrôle régulièrement. En France, seul un organisme (le LNE/G-MED) est vérifié par l’Afssaps. Mais l’industriel a le choix, et PIP, pour sa part, a préféré désigner un organisme allemand, TÜV Rheinland. Un organisme pourtant bien implanté dans le secteur de la certification.

Alors, d’où vient la faute ? Probablement de la société PIP, mais aussi des failles du système. Car la certification se fait seulement sur la base d’une évaluation de documentation technique et du système d’assurance qualité de l’industriel. Accompagnée d’un audit dans les locaux de ce dernier… sur rendez-vous. Une fois le dispositif médical sur le marché européen, il est placé sous la responsabilité du fabricant qui le commercialise. Un mécanisme sans doute insuffisant pour des produits destinés à être implantés… Bien que l’audit doive en principe être ensuite réitéré chaque année, pour reconduire la certification.

L’organisme de certification se déclare trompé

Or TÜV a continué de certifier les implants PIP, sans jamais transmettre d’information, affirme l’Afssaps. Résultat, des porteuses de prothèses ont déjà décidées de porter plainte contre l’organisme. Qui s’était retourné pour sa part dès février 2011 contre l’entreprise varoise, assurant que ses experts "ont été trompés manifestement en totalité et constamment par l'entreprise PIP, au détriment des femmes concernées".

Un point de vue partagé par l’Afssaps. "L'entreprise PIP pratiquait des fabrications en désaccord total avec leur dossier de mise sur le marché, alors que leur documentation sur les lots fabriqués était conforme. Donc il y avait falsification de la documentation, ce qui rend évidemment les audits très difficiles", a expliqué sur TF1/LCI Jean-Claude Ghislain, directeur de l'évaluation des dispositifs médicaux à l'Afssaps. En effet, d’après des témoignages d’anciens employés recueillis par RTL, le PDG de l’entreprise, Jean-Claude Mas, aurait falsifié des documents et caché des ingrédients lors des audits.

Reste que cette affaire remet à l’ordre du jour les critiques de nombreux industriels à l’égard de la réglementation sur les dispositifs médicaux, jugée trop légère et fourre-tout. Un ovni européen, alors qu’aux Etats-Unis, c’est la même agence, la FDA, qui évalue médicaments et dispositifs médicaux. Mais les choses pourraient changer. Car la révision des directives européennes sur les dispositifs médicaux est justement prévue… pour 2012.

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3 réactions

cedric | 10/01/2012 - 17H19

Très bonne analyse d'Erwan. Le problème n'est pas dans la réglementation à proprement parler mais dans son application. Le paradoxe des organismes contrôlant leur propres clients est aussi évident. Si TUV est condamné, cela devrait nettement faire avancer les choses et obliger l'ensemble du secteur a renforcer les contrôles. J'aimerais aussi qu'on me dise oû il est spécifié que les contrôles doivent être planifiés.

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Erwann | 04/01/2012 - 14H06

Je suis content de lire enfin un article décrivant correctement la situation réglementaire particulière (voire étrange) des dispositifs médicaux en Europe.

Malheureusement un tel incident était prévisible depuis de nombreuses années. Les incidents à répétition concernant les équipements de radiothérapie n’ont en rien initié un changement réglementaire plus que souhaitable.

La différence de traitement des dispositifs médicaux, en particulier en ce qui concerne les implants et les appareils thérapeutiques, par rapport aux médicaments est incompréhensible.

Le fonctionnement et la compétence des organismes de contrôle qui doivent potentiellement sanctionner leur donneur d’ordre ne peut que laisser rêveur. Les conflits d’intérêts mentionnés dans le cadre du médiator semblent « anecdotiques » au regard de ce qui se passe dans le cadre du contrôle des dispositifs médicaux ; l’entreprise contrôlée payant son contrôleur pour obtenir son certificat.

Je suis aussi très surpris sur le choix de l’organisme de contrôle choisi par PIP. Au regard des compétences linguistiques des uns et des autres, je fini par croire que le choix d’un contrôleur non francophone a été délibéré afin de rendre la communication plus difficile et d’opacifier un peu plus les processus.

En outre, les arguments de défense du TÜV semblent pitoyables : « on nous a trompé » (à l’insu de notre plein gré). Il est attendu d’un organisme de contrôle qu’il soit en mesure de ne pas être trompé par l’organisation qu’il contrôle. Dans ce cas précis, un bilan matière et comptable aurait sans doute permis de constater que la quantité de silicone médical acheté ne correspondait en aucun cas au volume requis pour la production des implants vendus.

Je pense que l’approche choisie par les Etats-Unis - AMM (clearance 510(k)) sous le contrôle de la FDA - est meilleure même si elle devrait être largement améliorée et rendue beaucoup plus stricte.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le niveau de formation et les compétences des contrôleurs et inspecteurs, en particulier pour tout ce qui concerne le recours à des solutions automatisées et informatisées (équipements de diagnostique, équipements thérapeutiques, …). Si la réglementation Européenne doit significativement évoluer, il faut aussi que le profil des inspecteurs réglementaires évolue.

Tandis qu’il est recommandé que les équipes impliquées dans les activités de gestion du risque soient multidisciplinaires (cf. Q9, §4.1), nous sommes face à un monde de l’inspection totalement mono-culturel, exclusivement constitué de pharmaciens.

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jlhau | 04/01/2012 - 13H51

Les dispositifs médicaux implantables de longue durée (classe 3) sont soumis à une législation stricte.

Ils sont mis sur le marché après avoir subi un certain nombre de tests imposés, dont la toxicité.



En ce qui concerne la prise en charge de ces produits :

L’industriel doit démontrer l’intérêt que procure ces dispositifs au patient.

Des essais cliniques sont effectués.

Le dossier doit être probant, sinon le produit n’est pas remboursé.



Une fraude à grande échelle n’est possible qu’avec un important réseau de complicités de fraude.

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