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L'usine Agro

"Protection animale et conditions de travail dans les abattoirs sont deux problématiques différentes", pour Mathieu Pecqueur, de Culture Viande

Gaëlle Fleitour

Publié le

La question est au cœur du procès d’employés de l’abattoir bio du Vigan, dans le Gard, filmés l’an dernier par l’association L214 en plein acte de maltraitance animale. Derrière ces comportements inadmissibles mais à la marge, faut-il repenser les conditions de travail des salariés des abattoirs ? Mathieu Pecqueur, directeur général adjoint du syndicat Culture Viande, raconte les efforts entrepris par la profession.

Protection animale et conditions de travail dans les abattoirs sont deux problématiques différentes, pour Mathieu Pecqueur, de Culture Viande
Mathieu PECQUEUR, FCD

La formation des salariés à la protection animale

Depuis le règlement européen  de 2009 transcrit et appliqué en 2013, la protection des animaux en abattoir est strictement encadrée. Sur les 45 000 salariés travaillant au sein des entreprises françaises du secteur de la viande bovine, ovine et porcine, plus de 6 000 disposent d’un certificat de compétence spécifique par espèce animale. Tandis que 1 000 ont suivi la formation qui fait d’eux des Responsables de la Protection Animale (RPA). Ce sont les garants de cette problématique sur chaque site, aux côtés des vétérinaires de l’Etat. 

 

L'Usine Nouvelle - Comment réagissez-vous aux vidéos de maltraitance dans les abattoirs diffusées par L214 ?

Nous avons vu des images d’actes que nous condamnons, diffusées dans le but de choquer. Nos salariés ont d’ailleurs très mal vécu ces vidéos, car ce n’est pas comme cela que l’on travaille. La très grande majorité des entreprises  d’abattage fonctionne bien. Elles ont a mis en place des formations spécifiques pour les salariés (voir encadré), et leurs animaux sont bien traités. C’est ce qu’a reconnu le député Olivier Falorni,  qui s’est déplacé l’an dernier chez certains de nos adhérents dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire sur la maltraitance animale.

La vidéosurveillance votée en janvier par les députés n’est donc pas nécessaire ?

Le personnel au contact des animaux sait que la protection animale est une priorité. A ce titre, il suit des formations sur le sujet. Sur un plan purement économique, il sait que pour produire une viande de bonne qualité, il ne faut pas stresser les animaux. Nous ne voyons pas la vidéosurveillance comme un outil utile en termes de protection animale. Elle risque d’être contre-productive : si un salarié a en permanence une caméra au-dessus de son épaule, cela peut-générer du stress que l’animal pourra ressentir.

Les compétences et gestes mis en œuvre par nos salariés en matière de protection animale sont complexes et demandent une grande sensibilité, la caméra n’apportera rien par rapport à une telle technicité. A date, cette loi n’a pas été adoptée par le Sénat, et sa mise en œuvre n’est donc pas encore à l’ordre du jour.

En France, l’activité d’abattage-découpe se fait sous le contrôle permanent des services de l’Etat. Vous demandez que leurs vétérinaires soient plus nombreux…

Plus nombreux …ou mieux répartis entre les différentes entreprises, plusieurs options sont possibles. Il devrait y avoir un vétérinaire des services de l’état systématiquement présent au poste d’abattage dans toutes les entreprises, y compris les PME & TPE. Ce n’est pas le cas à l’heure actuelle et nous le déplorons. Car, aux côtés des Responsables de la Protection Animale (RPA) qui sont salariés des abattoirs, les vétérinaires de l’Etat ont eux aussi le pouvoir de stopper la chaîne d’abattage à tout moment s’ils constatent un dysfonctionnement, dont la souffrance animale fait partie.

Pour la CFDT, comme pour les réalisateurs du film Saigneurs, diffusé au cinéma depuis début mars, la question du bien-être animal est aussi liée à celle des conditions de travail des salariés. Votre profession se mobilise-t-elle pour les améliorer ?

Protection animale et conditions de travail sont deux problématiques différentes qui peuvent se retrouver dans certaines entreprises, mais il n’y a pas de lien immédiat et systématique. Cela fait longtemps que les conditions de travail font partie de nos priorités. Car dans nos métiers, la première de nos richesses est l’homme. Nous travaillons en particulier sur deux points : la formation et ce qu’on appelle la qualité de vie au travail (QVT) qui recouvre l’amélioration des conditions de travail, l’organisation du travail, l’ergonomie des postes, etc…

Certains dénoncent un manque de formation lié à un fort turn over dans vos métiers ?

C’est une idée fausse : notre secteur représente 45 000 salariés, et recrute 1 800 à 2 000 salariés en CDI chaque année, principalement dans le cadre de remplacements et départs à la retraite, et dans des zones plutôt rurales.

Nous formons beaucoup en interne, avec 200 certificats de qualification professionnelle délivrés chaque année.  Cela permet à nos salariés de progresser, d’avoir de réelles perspectives de parcours au sein de nos entreprises, dont les métiers sont variés et requièrent de véritables compétences : il faut savoir bien découper une viande. Cela s’apprend. L’art de la découpe est même une passion !

Certaines ont également  mis en place des parcours d’intégration de six à douze mois pour accueillir les nouvelles recrues, enseigner les gestes techniques et les bonnes postures pour ne pas souffrir, intégrer l’ensemble des process pour la qualité, élargir l’horizon sur la chaine alimentaire, … tout ceci,  avec un tuteur pour accompagner le salarié sur le poste. Notre profession a fait de la transmission des savoirs entre générations un enjeu prioritaire.

Comment éviter les blessures liées à la manipulation des couteaux, ou les troubles musculo-squelettiques (TMS) ?

Nous avons historiquement mis en place des outils de prévention de risques. Pour se protéger, tous nos salariés disposent d’EPI (équipements de protection individuelle) : côtes de maille, gants… Nous travaillons pour les rendre plus légers, par exemple avec des tabliers aux alliages différents. Au sein des grandes entreprises, les opérateurs ne portent plus les carcasses : elles sont suspendues sur des rails, tout comme les outils de découpe.

Les gestes de découpe étant très nombreux dans la journée, et les couteaux mal affutés sources de tendinites,  des dispositifs d’affutage centralisé, ainsi que de nombreuses formations, ont été mis en place dans nos entreprises. Certaines d’entre-elles se dirigent vers des process  mécaniques qui évitent l’effort musculaire. Nous avons réalisé une étude il y a deux ans en posant des détecteurs de mouvements sur certains salariés : elle nous a permis de réduire les cadences et la fréquence des gestes, afin de prévenir les risques.

Mais comment répondre aux cadences très élevées que subissent vos opérateurs ?

Cette cadence dépend fortement de la taille et de la conception même de l’entreprise : plus vous allez mettre de personnes sur votre chaine, plus elles pourront effectuer des gestes simples et agir de manière rapide et efficace sans que ce ne soit pénible… ce qui n’est pas toujours possible dans les abattoirs de taille modeste. La cadence ne doit en aucun cas générer ni souffrance humaine ni souffrance animale. Or, il est vrai que ces cadences sont très variables : dans les plus petites entreprises, il s’agira de quelques bovins à l’heure avec deux ou trois salariés,  quand d’autres pourront aller jusqu’à soixante bovins, mais avec plusieurs dizaines de salariés. Dans le premier cas, il faut travailler sur la polyvalence du salarié, dans le second sur la rotation des équipes.

Dans le documentaire Saigneurs, on voit la difficulté des ouvriers à disposer d’une vraie gestion de carrière. Comment l’appréhendez-vous ?

Chacune de nos entreprises y répond à sa façon. Les grandes peuvent proposer des aménagements de parcours en fin de carrière pour aller sur des postes moins physiques. Ils deviennent notamment formateurs et sont les passeurs de savoirs de la viande. Chez les plus petites, la polyvalence va rendre les choses moins pénibles. Le tutorat de jeunes recrues permet aussi de valoriser les compétences des plus expérimentés.

 La pénibilité est-elle prise en prise en compte?

Avec les autres fédérations de la viande et les partenaires sociaux, nous avons réussi à mettre en place des accords sur les seniors et sur la pénibilité. Notre régime de prévoyance prend également en compte la difficulté des métiers en finançant une garantie relative à l’inaptitude. Certains de nos métiers (manutention, travail au froid) sont éligibles au compte pénibilité, mais pas tous. Au sein de notre branche, nous avons également instauré un fonds de prévoyance afin de financer des actions de prévention de la pénibilité menées par nos entreprises.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

 

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