L'annonce de Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget, du gel probable des grand projets d'infrastructure pour cause d'économies n'est pas rentrée dans l'oreille de sourds. Depuis le 11 juillet et sa déclaration à la télévision, les principaux concernés par l'abandon des projets - qu'ils soient pros ou anti-LGV- se réjouissent ou crient au scandale.
Le Schéma national des infrastructures de transports (Snit), prévu par la loi Grenelle 1 du précédent gouvernement, avait fixé à 245 milliards d'euros sur 25 ans l'enveloppe nécessaire pour moderniser et entretenir les infrastructures existantes tout en développant de nouvelles installations. Une ambition que les experts du secteur jugent aujourd'hui démesurée en l'état actuel des finances publiques.
"Il faudra élaguer. Le gouvernement (Ayrault) n'aura pas d'autre choix que d'abandonner certains projets", a déclaré le ministre sur France 2. Il s'est notamment interrogé sur l'intérêt de prolonger certaines lignes de TGV "pour un gain de temps marginal", alors qu'il serait peut-être plus urgent de consacrer cet argent à l'entretien des lignes ferroviaires secondaires.
Grogne annoncée chez les élus des régions concernées
Pour les élus concernés par ces projets, cette décision ne passe pas. Le maire PS de Toulouse, le président PS de Midi-Pyrénées et un député UMP ont réaffirmé que le projet de prolongement du réseau ferré à grande vitesse jusqu'à Bordeaux en 2017, puis Toulouse en 2020, était primordial.
De Toulouse...
"Nous sommes conscients que les finances publiques sont contraintes, mais la 4e ville de France ne peut pas être tenue à l'écart du réseau européen de la grande vitesse. C'est une nécessité économique, une urgence écologique et une réponse aux attentes des usagers qui pourront rejoindre Paris en 3 heures au lieu de plus de 5 heures actuellement", a réagi le maire de Toulouse Pierre Cohen. Il met en avant des études concluant à "l'intérêt économique et la rentabilité de cette ligne".
Le prolongement vers l'Espagne "est non seulement une priorité mais c'est aussi une obligation internationale puisque l'Europe ne financera que s'il y a une jonction" avec l'Espagne, a pour sa part appuyé Alain Rousset, président PS de la Région Aquitaine, soulignant que Toulouse était "l'un des poumons industriels de la France".
... en Rhône-Alpes
A l'est de la France, un autre TGV semble en péril : la liaison Lyon-Turin (Italie), prévue pour 2025. Une hérésie pour le président PS de Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne. "Ce projet ne saurait être concerné" par une éventuelle remise en cause, assure-t-il dans un communiqué. "Cette liaison ferroviaire, à double composante fret et voyageur, représente un projet exemplaire pour réaliser le report modal de la route vers le rail".
Jean-Jack Queyranne rappelle que "l'Union européenne l'a inscrit dans son réseau central prioritaire d'infrastructures" et a financé pour partie les premiers travaux. "Il serait incompréhensible que la France renonce au Lyon-Turin pour lequel 800 millions d'euros ont déjà été mobilisés".
"Soutenir le projet Lyon-Turin, c'est tout à la fois faire le choix de l'Europe, du développement des échanges, de la préservation de l'environnement, au service de la sécurité des usagers et des populations. C'est pourquoi je demande solennellement au gouvernement de respecter la parole de la France en faveur du Lyon-Turin", conclut-il.
... en passant par la PACA
Au sud-est du pays, l'heure est aussi à la déception. Eric Ciotti, le député et président du conseil général des Alpes-Maritimes, a vu dans la déclaration du ministre délégué au Budget "un coup d'arrêt inacceptable" à la LGV Provence-Alpes-Côte d'Azur (entre Marseille et Nice).
"Plusieurs dizaines de millions d'euros ont déjà été engagés. La LGV Nice-Marseille est indispensable au développement économique et à l'aménagement du territoire, ce ne peut être ainsi géré à la légère". L'élu demande au Premier ministre "d'indiquer clairement la position que le gouvernement entend prendre dans ce dossier".
Les anti-LGV applaudissent
Du côté des anti-LGV par contre, on se frotte les mains. "C'est une bonne nouvelle parce que le projet LGV ne tient pas la route, c'est de la folie à l'état pur", a indiqué à un correspondant de l'AFP le porte-parole de la coordination anti-LGV en Lot-et-Garonne, Charles d'Huyvetter.
"Sans avoir les financements, c'est aberrant de parler d'un projet de huit milliards entre Toulouse et Bordeaux pour seulement une élite qui se déplace de métropole en métropole", a-t-il ajouté. Seule "la modernisation des lignes existantes" permettra, selon lui, de "parler d'aménagement du territoire pour le plus grand nombre à un moindre coût".
Les opposants à la ligne entre Bordeaux et l'Espagne prévoyant une traversée du Pays basque français ont aussi exprimé leur satisfaction. "L'Etat devient raisonnable pour des raisons financières, il prend la mesure de tous les dégâts financiers, environnementaux et humains que la construction d'une nouvelle ligne produiraient", a déclaré à une correspondante de l'AFP la maire de Saint-Pée-sur-Nivelle, Christine Bessonnart, dont la commune doit être traversée par la LGV.
"Ça va dans le bon sens. La ligne adoptée semble être celle de la sagesse", s'est réjoui pour sa part le vice-président du Cade, collectif regroupant 40 associations de défense de l'environnement au Pays basque, Pantxoa Teiller.









