Produits chimiques, l'autre pénurie
Par OLIVIER COGNASSE ET OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3211Il n'y pas que l'essence qui manque. Les blocages du port de Marseille et de certaines raffineries paralysent aussi la production de composés chimiques. Certains industriels ne peuvent plus fournir leurs clients.
Une production en baisse de 30 %, des expéditions bloquées sur les quais de Marseille, des matières premières (éthylène, éthanol, polypropylène...) qui n'arrivent plus... Pour Cogex, une PME spécialisée dans le conditionnement de produits chimiques, la grève commence à faire de sérieux dégâts. Dernièrement, trois des sept clients que compte l'entreprise (dont le pétrolier Total) ont cessé d'envoyer leurs composés. C'est beaucoup pour une entreprise qui conditionne 60 000 tonnes par an. Le PDG Cyrille Sellon évoque d'ailleurs la fermeture possible du site de son principal donneur d'ordres : Bayer... si le blocage dure encore cette semaine. « Dans ce cas, nous serons obligés de renvoyer une partie du personnel à la maison. » Le chômage technique comme bouée de sauvetage avant de passer à des mesures plus douloureuses...
Plus ennuyeux pour l'avenir, ce conditionneur à façon était en lice pour un appel d'offres de l'américain Infineum. Ce dernier veut rationaliser ses activités sur deux sites européens et Cogex estimait avoir toutes ses chances pour décrocher le contrat qui porterait sur une production de 40 000 tonnes par an. Le PDG craint que la situation actuelle incite Infineum à choisir l'Italie.
À l'image de Cogex, c'est toute la chimie qui souffre des grèves dans les grandes raffineries françaises. Le ministère de l'Économie estime qu'il en coûte 33 millions d'euros par jour au secteur. Le blocage du port de Marseille notamment est en train de provoquer un véritable effet domino... Le pétrole, qui arrive dans les terminaux pétroliers proches de la cité phocéenne (Lavera, Fos-sur-Mer et Berre), est en effet transformé en éthylène, propylène et benzène. Ces composés acheminés par pipeline dans la région et en Rhône-Alpes alimentent toutes les usines de l'axe rhodanien.
Faute d'approvisionnement en éthylène, Arkema a déjà dû arrêter son usine de Saint-Fons (Rhône) et celle de Balan (Ain) tourne au ralenti. Le premier chimiste français se trouve dans l'incapacité de produire le PVC et le chlore qui sortent normalement de ces usines. Le groupe belge Solvay vient d'invoquer un cas de force majeure pour son site de Tavaux (Jura), étant dans l'incapacité de fournir du PVC à ses clients. Son installation est ravitaillée en éthylène via la raffinerie Total de Feyzin (Rhône), site lui-même approvisionné via le sud de la France. « Lors des premiers jours de grève, seules les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Rhône-Alpes étaient touchées, assure Jean Pelin, le directeur général de l'Union des industries chimiques (UIC). Mais aujourd'hui, les régions de l'Ouest et de l'Est donnent des signaux inquiétants. » Pour preuve, toujours selon l'UIC, une usine en Picardie serait menacée de fermeture en raison de l'absence d'approvisionnement en styrène provenant du port du Havre (Seine-Maritime).
CE SECTEUR FRAGILE EST EN PÉRIL
Pour soulager les industriels, le transport par camions de produits chimiques a été exceptionnellement autorisé le week-end des 23 et 24 octobre. Mais l'UIC reste très préoccupée. « Certaines sociétés ne s'en remettront pas, d'autres amortiront et investiront moins, estime Daniel Marini, le directeur des affaires économiques et internationales de l'UIC. Nous avons déjà perdu 2,5 % de nos emplois dans les dix dernières années, le secteur est fragile. »
Tous les secteurs d'activités aval devraient aussi faire les frais de cette situation, la chimie alimentant des pans entiers de l'industrie en produits issus du pétrole, spécialement le BTP et l'automobile. L'effet domino de la pénurie est donc loin d'être terminé.











