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Procès AZF : les réquisitions ambigües du procureur

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le

Le 26 février, le président du tribunal correctionnel a décidé de joindre l'incident au fond, débouchant sur une situation inédite : l'audition de Total et de son ancien PDG lors du procès de la catastrophe AZF. Qu'avait requis le procureur ?

C'est irrecevable, mais il faut joindre l'incident au fond. Voici en substance les réquisitions étranges qu'à faites le procureur au président du Tribunal de Toulouse, concernant la citation directe de Total et de Thierry Desmarest au procès de la catastrophe AZF. 

Si le fait est étrange, c'est que le procureur semble  indiquer d'une part que la citation directe n'est à son sens pas recevable, et donc que ni la société Total, ni son PDG au moment des faits ne peuvent être jugés ni condamnés pour la catastrophe. Le ministère public estime en effet que le «non lieu au moins implicite» dispense Total et Desmarest de comparaître. 

Mais en même temps, il demande la jonction de l'incident au fond, c'est-à-dire le report de la décision sur cette recevabilité au moment du jugement, en novembre. Un mécanisme permettant que Total comparaisse tout de même : en attendant la décision, la maison-mère de Grande Paroisse et l'ancien président du pétrolier français devront en effet dans ce cas être entendus au titre de prévenus. 

Il s'agit d'un moyen pour le tribunal, dans le cadre du procès de la plus grande catastrophe industrielle d'après-guerre, et alors même que les causes de l'explosion n'ont pas été élucidées, "de mettre à plat toutes les hypothèses", comme l'a promis Richard Bometon, procureur de la république adjoint. Et d'éviter que les victimes et leurs familles ne se sentent dépossédées. Pour Jacques Mignard, président de l'association AZF Mémoire et Solidarité, le patron d'usine Serge Biechlin est avant tout un bouc-émissaire. Une quinzaine de parties civiles avait ainsi demandé que soient entendus le patron du patron de l'usine, et la maison-mère. Le procureur a dès lors dit à la barre comprendre leur demande tout en s'inclinant «devant leur douleur et leur dignité».

Le coup de théâtre du 26 février l'a montré : les réquisitions du procureur ont été suivies par le président du tribunal. Du moins pour ce qui concerne la jonction au fond. Le président a également fondu les deux affaires, mettant sur le banc des prévenus d'un seul et même procès les deux patrons (Thierry Desmarest et Serge Biechlin) et les deux sociétés (Total et Grande Paroisse). Quant à la recevabilité, le président du tribunal s'est justement donné le temps d'y réfléchir.

Ana Lutzky

Lire aussi :
Procès AZF : pourquoi Total et son ancien PDG rejoignent le banc des prévenus, le 27/02/2009

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