PRO KENNEXPUISSANCE ET PRÉCISION GRÂCE À LA RAQUETTE MAGIQUE ANTIVIBRATIONSLa rencontre entre un inventeur et le fabricant de raquettes Pro Kennex a donné naissance au système Kinetic: il réduit le choc et les vibrations lors de l'impact de la balle sur le tamis. Le risque de "tennis elbow" s'élo...
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2512PRO KENNEX
PUISSANCE ET PRÉCISION GRÂCE À LA RAQUETTE MAGIQUE ANTIVIBRATIONS
La rencontre entre un inventeur et le fabricant de raquettes Pro Kennex a donné naissance au système Kinetic: il réduit le choc et les vibrations lors de l'impact de la balle sur le tamis. Le risque de "tennis elbow" s'éloigne, et le joueur gagne en puissance et en précision.
Avec Steffi Graf et Boris Becker, l'Allemagne du tennis a trouvé de fameux ambassadeurs. Et pourtant, c'est dans le plus strict anonymat qu'un autre citoyen de ce pays vient de révolutionner ce sport. Qui connaît en effet Roland Sommer? Sans doute quelques joueurs professionnels ayant perdu contre un adversaire disposant de la nouvelle raquette du fabricant taiwanais Pro Kennex dotée du système Kinetic conçu par Roland Sommer. Ce système permet d'utiliser une énergie cinétique additionnelle pour améliorer les performances. Grâce à lui, une balle qui frappe le tamis à 150 kilomètres heure donne l'impression au joueur qui la négocie qu'elle a été "modestement" envoyée à 100 kilomètres heure! La réception s'en trouve facilitée. Le coup en retour n'en est donc que plus tranchant. D'autant plus que l'énergie emmagasinée lors de l'impact est en partie restituée, augmentant la puissance du renvoi! Une découverte qui doit tout au hasard. Roland Sommer est ingénieur en aérodynamique. Il est certes "inventeur" à ses moments perdus. Mais l'aéromodélisme constitue sa seule passion. C'est sur l'insistance d'un ami, inconditionnel des courts mais victime d'un "tennis elbow" (inflammation du coude) qui l'empêche de pratiquer son sport favori, que Roland Sommer s'intéresse à l'univers de la petite balle jaune. Et se pique au jeu. Pour l'ingénieur allemand, les vibrations de la raquette sont à l'origine du mal dont souffre son ami. Au moment de l'impact, le mouvement de la raquette du joueur qui prépare son coup est violemment freiné par la force de la balle. Une décélération brutale qui altère la qualité du jeu, mais qui a surtout des effets physiologiques néfastes sur le coude. Roland Sommer a l'idée d'intégrer dans toute la tête de la raquette une bande de plastique composée d'une centaine d'alvéoles dans lesquels sont introduites, avant scellage, des microbilles réalisées dans un alliage très dense à base de plomb. La force d'inertie des billes stabilise le cadre au moment de l'impact. La puissance du choc est réduite de 20%, les vibrations sont amorties de 43%. Et le coude des joueurs est préservé. Lors d'un salon, l'inventeur démarche tous les fabricants mondiaux de raquettes. Seul Kunnan Lo, le fondateur de Pro Kennex, aujourd'hui premier fabricant mondial de raquettes, est séduit. Le groupe taiwanais dispose des moyens financiers pour prendre le risque de développer l'idée de Roland Sommer, qui mettra trois ans pour aboutir. Le système Kinetic pèse 23grammes, dont 10grammes de masse utile. Pour équilibrer la raquette, le talon du manche doit alors être renforcé de 40grammes. Conséquence: "Nous avons dû apprendre à fabriquer des raquettes plus légères de 63grammes", relève Gilbert Lenoir, président de Pro Kennex France.
Le diamètre de la zone d'efficacité multiplié par quatre
Mais le système Kinetic recèle bien d'autres pouvoirs. Le "sweet point", le point d'impact idéal à l'intérieur du tamis où la précision, la puissance et la vitesse sont le plus grandes, représente un diamètre de 6centimètres sur une raquette ordinaire. Avec le système Kinetic, le diamètre de la zone d'efficacité est multiplié par quatre! La raison? Les billes, qui sont rejetées vers l'arrière lors de la préparation du coup, sont précipitées vers l'avant du cadre au moment du choc avec la balle. Elles créent une contre-impulsion qui stabilise le cadre pendant l'impact. La zone idéale d'utilisation se trouve ainsi élargie. La rigidité du cadre est elle aussi augmentée de 30%. Une balle lancée à 120 kilomètres heure déforme le cadre d'une raquette ordinaire de 12centimètres. Avec le système Kinetic, la flexion n'est que de 8centimètres. Et, en tennis, rigidité rime avec performance... Et en effet, la puissance de "tir" est accrue. L'énergie concentrée dans la masse Kinetic "explose" au moment de la frappe et procure une énergie additionnelle qui accroît la puissance du coup de 7%. Mais la Kinetic n'est pas à mettre entre toutes les mains. Plusieurs heures d'adaptation sont nécessaires. Plus besoin d'"entrer dans la balle" pour frapper fort. La raquette modifie les sensations, et le joueur doit apprendre à les étalonner selon un nouveau système de références.De plus, pour que le système Kinetic soit efficace, la tension des cordes doit impérativement être comprise entre 26 et 28kilogrammes. Les premières raquettes, contenant 10grammes de masse Kinetic et vendues entre 1290 et 1590francs, sont apparues en France en novembre dernier. Un nouveau modèle, pourvu de 15grammes de masse Kinetic, est vendu depuis juin. Pro Kennex vient d'adapter le système Kinetic au squash. Et parle de l'étendre au golf! J.-M.MEYER
Le point clé de l'innovation
Lors de la préparation du coup par le joueur, les billes sont rejetées vers l'arrière et stockent ainsi l'énergie cinétique. La puissance du choc lors de l'impact de la balle sur la raquette est réduit de 20% et les vibrations de 43%, ce qui augmente la stabilité et le contrôle de la balle.
La zone d'efficacité de la raquette -le point à l'intérieur du tamis où la précision, la vitesse et la puissance sont le plus grandes- est multipliée par quatre.Au moment du choc, les billes sont précipitées vers l'avant du cadre, augmentant la puissance du coup de renvoi de 7%.
Volées gagnantes pour Pro Kennex
Fondation de Pro Kennex en 1967 par Kunnan Lo, un ingénieur taiwanais.
Chiffre d'affaires et effectifs non divulgués.
La firme est la première, en 1975, à abandonner le bois pour fabriquer des raquettes de tennis, de squash et de badminton en fibres de carbone.
Elle produit 4,8 millions de raquettes par an, dont la quasi-totalité des modèles des grandes marques. Devenu numéro 1 mondial, le groupe taiwanais fabrique une raquette de tennis sur deux utilisées dans le monde.
TRETORN
UNE BALLE AU REBOND GARANTI À VIE
Le suédois Tretorn, filiale de l'allemand Puma, lance une balle de tennis avec une nouvelle formulation de caoutchouc qui lui assure un rebond constant. De plus, elle est recouverte d'un feutre à la durée de vie allongée de 30%, qu'elle que soit la périodicité d'utilisation.
Qu'est-ce qui est jaune, rond, pèse entre 56,7 et 58,5grammes et rebondit lorsqu'on la lance? Une balle de tennis. Mais qu'est-ce qui présente les mêmes caractéristiques et rebondit éternellement? C'est encore une balle de tennis. Le suédois Tretorn, filiale du groupe Puma, lance en effet une balle à pression permanente dont le rebond, affirme-t-il, est garanti à vie! Le projectile jaune a vu le jour dans le centre de recherche-développement de la firme, installé en Irlande, qui emploie une centaine de personnes. Sa mission: permettre au fabricant suédois, qui détient 8% du marché français de la balle de tennis et 40% de celui de la balle à pression, d'ouvrir une brèche dans le marché des balles pressurisées - une capsule emplie de gaz est incluse dans les deux hémisphères en caoutchouc -, qui s'accaparent 65% du marché. Les performances de la balle sont dues à une nouvelle formule de caoutchouc et à la mise au point d'un feutre d'une durée de vie allongée de 30% grâce à un nouveau tissage. "Une balle sans pression est réputée très dure. Il nous fallait donc développer à la fois un caoutchouc plus souple qui permette un niveau de rebond constant dans le temps, mais aussi un feutre - qui apporte le confort de jeu- plus épais, pour allonger sa durée de vie", raconte un représentant de la firme, qui reste discret sur la composition du nouveau caoutchouc. "Nous utilisons, concède-t-il, plus de dix matières premières, dont plusieurs types de caoutchouc associés à des produits chimiques." Le mélange obtenu est laminé, les feuilles sont chauffées avec d'autres produits chimiques qui lissent la pâte, laquelle est alors coupée en longs rubans qui sont ensuite transformés en boules. Ces dernières sont refroidies puis façonnées dans des moules concaves qui forment des demi-balles. Avant d'être vulcanisées - du soufre est incorporé au caoutchouc -, les demi-sphères sont enduites d'un adhésif afin d'être soudées.
Une composition top secret
Quant au feutre, il se compose d'un mélange à base de laine, de coton et de fibres synthétiques dont les proportions sont elles aussi entourées du plus grand secret. Tissé spécialement pour Tretorn, le feutre est découpé en languettes préencollées qui sont appliquées à la main. Les balles sont alors vulcanisées une seconde fois. Les balles, homologuées par la Fédération française de tennis, contraindront peut-être l'arbitre de chaise à cesser de ponctuer les matchs du célèbre "balles neuves". J.-M.MEYER
Les points clés de l'innovation
Une nouvelle formule de caoutchouc procure une qualité de rebond constante, que le joueur pratique tous les jours, une fois par mois ou une fois par an. Grâce à un nouveau mode de tissage, un feutre plus épais, d'une durée de vie allongée de 30%.
Tretorn sort du rouge
Fondé en 1891, le suédois Tretorn, spécialisé dans la fabrication d'articles en caoutchouc, fabrique sa première balle au début du siècle. En 1955, la firme lance la première balle à pression permanente, dont elle est le leader mondial aujourd'hui. Le suédois est filiale de l'allemand Puma, qui appartient depuis 1992 à un autre suédois, Aritmos, lui-même contrôlé par son compatriote Proventus depuis 1994, et qui lorgne sur Puma! Diversifié dans les raquettes, les cordages, Tretorn a contribué, avec les autres filiales de l'allemand, qui ont 334 millions de francs de pertes en 1993, à faire plonger Puma dans le rouge jusqu'en 1993.En 1994, la firme allemande, restructurée, a affiché un bénéfice net de 25,5 millions de deutsche Mark.
TAYLOR MADE
UN CLUB QUI DOPE LES PERFORMANCES
L'Américain Taylor Made lance un club bois-métal dont 10% du poids du manche ("shaft") a été déplacé du haut vers le bas grâce à un nouveau procédé de moulage. Le golfeur augmente la puissance et la précision de son coup de 10%.
Bienvenue au club! Les joueurs de golf du week-end au "swing" mal assuré, au "drive" poussif et au "put" approximatif ont fini de souffrir! Depuis mars, pour la France, le joueur occasionnel peut en effet remiser ses complexes au vestiaire grâce au Burner Bubble du fabricant franco-américain Taylor Made, un club de golf bois-métal dont le shaft (le manche) est en fibres de carbone-graphite. "Le Bubble apporte un plus à tout le monde, du professionnel au joueur lambda, affirme Bernard Salomon, aujourd'hui directeur du projet "cycle". Un golfeur moyen, de handicap 36 à 20, va gagner 10% en puissance et en précision." Le secret? 10% du poids du club a été déplacé vers le bas, de l'extrémité du "grip" (la poignée) vers le milieu du "shaft". Un nouveau design qui épaissit et arrondit le manche de quelques millimètres dans sa partie médiane. L'excroissance a donné son nom au club: le Bubble, la "bulle", de ce côté-ci de l'Atlantique. Mais, au-delà de l'originalité dans la forme, le Bubble assure une meilleure répartition des masses. "L'inertie du club est ainsi réduite, explique Bernard Salomon, ce qui a pour effet d'augmenter la vitesse de passage de la tête du club au-dessus du joueur. Le golfeur exécute alors sans effort supplémentaire un swing plus rapide qui envoie la balle plus loin. C.Q.F.D! M. Toulemonde allonge ainsi son drive de 5mètres en moyenne. Contre 1mètre pour le professionnel. De plus, le golfeur qui faisait mouche cinq fois sur dix a désormais la chance de réussir son coup sept fois sur dix, promet Bernard Salomon. Pour arriver à ce résultat, Taylor Made a consacré six années de développement, de décembre 1988 à décembre 1994. Le lancement a même été retardé de six mois. L'un des shafts de la gamme - le Bubble est placé différemment sur le manche en fonction de la dureté du club - ne dépassait pas à tous les coups les performances du club phare du moment, le Big Bertha de l'américain Callaway. Six années de recherche qui battent en brèche une idée reçue. Les fabricants de clubs du monde entier sont persuadés que seule une amélioration de la tête permettra l'accélération du swing. Taylor Made échappe à cette idée fixe. Sa chance? La firme bénéficie de l'appui de la recherche-développement du groupe Salomon qui remet tout à plat. Certes, le Bubble présente une nouvelle tête dessinée par CAO. Elle contribue elle aussi à accroître la vitesse du swing. L'essentiel du poids est en effet concentré sous la tête pour que la masse à l'impact soit plus importante. Mais le Bubble ne serait rien sans sa bulle, qui a bénéficié, pour sa conception, des systèmes de modélisation développés par Salomon pour le ski.
Déjà sept victoires sur le circuit professionnel
Pour fabriquer le shaft, Taylor Made a dû, là aussi, innover. La technique classique d'enroulage filamentaire, qui ne permettait pas de réaliser la bulle en graphite, est abandonnée au profit d'un moulage en moule fermé du manche. Du coup, les professionnels qui se méfiaient des clubs en graphite s'y mettent. Depuis le début de l'année, le Bubble a déjà contribué à sept victoires sur le circuit professionnel. La réaction des golfeurs moyens ne s'est pas fait attendre. Commercialisé aux Etats-Unis depuis janvier, le Bubble, vendu à partir de 2000francs, a fait exploser les ventes de Taylor Made. Pour l'exercice 1994-1995 (arrêté en mars), il s'arroge déjà 252millions des 531millions de francs de chiffre d'affaires de la firme dans l'activité bois-métal! Pour soutenir le succès du Bubble et se rapprocher du marketing, le centre de recherche de Taylor Made quitte Annecy, où il était installé depuis l'achat de la firme par Salomon en 1984, pour retourner dans le pays du golf: les Etats-Unis. A Carlsbad, en Californie, la "Mecquedes golfeurs". Troisième fabricant mondial de bois-métal, avec 11% de parts de marché, Taylor Made aura alors à portée de club les deux premiers mondiaux: Callaway et Cobra, installés à 500mètres de lui. J.-M.MEYER
Le point clé de l'innovation
La redistribution des masses augmente la distance et la précision de 10% sans efforts supplémentaires pour le golfeur. 10% du poids du club a été déplacé vers le bas: de l'extrémité du "grip" (poignée) vers le milieu du "shaft" (le manche).
Taylor Made assure la rentabilité de Salomon
Chiffre d'affaires de 765 millions de francs, en hausse de 9%, au cours de l'exercice 1994-1995. Les ventes de clubs bois-métal engendrent 531millions de francs (+10%); celles de fers 141 millions (+21%); l'activité putters et accessoires, 93 millions (6,9%). Taylor Made représente 20% des ventes consolidées du groupe Salomon (3,8 milliards de francs de chiffre d'affaires en 1994-1995. "Le golf est l'activité la plus rentable du groupe, souligne Jean-François Gautier, président de Salomon. La très forte progression du résultat d'exploitation (+44%), qui s'établit à 409 millions de francs, s'explique par les ventes spectaculaires dans le golf." De nouvelles gammes de fers et de bois en titane seront lancées cette année pour soutenir la croissance amorcée par le Burner Bubble.
DÉCATHLON
LE PIED EN TOUTE LI BERTÉ AVEC LA "CHAUSSURE À GÉOMÉTRIE VARIABLE"
Pour combattre le mal numéro 1 des randonneurs, les ampoules, Décathlon a conçu une chaussure dont les parties avant et arrière, mobiles, sont articulées par un pivot, ce qui élimine les zones de frottement entre la peau et le revêtement.
Des mordus de trekking himalayen aux adeptes de la randonnée hebdomadaire d'une poignée de kilomètres, les marcheurs de tout calibre pourront désormais entonner sans grimacer, même après plusieurs heures d'efforts, la célèbre contine enfantine "Un kilomètre à pied, ça use les souliers..." Décathlon affirme en effet avoir gagné la guerre contre l'ennemi juré du randonneur, les ampoules! Depuis deux mois, le distributeur d'articles de sport, devenu fabricant en 1986, commercialise la première chaussure de randonnée à "géométrie variable" (!), la Maya Flex. "Le principe de la Flex, explique un ingénieur du département chaussures de la firme, est le même que celui d'un autobus à soufflet!" La chaussure se compose d'une partie avant et d'une partie arrière mobiles reliées par un pivot. Ce dernier se présente sous la forme d'un "os" rigide en Hytrel, un plastique technique, autour duquel pivote une capsule en polyuréthanne haute densité. L'os, en forme d'"Y", qui est fixe à l'arrière de la coque en plastique et libre à l'avant, réduit les mouvements de pliure et de vrille de la semelle. La capsule, elle, contrôle l'amplitude latérale entre l'avant et l'arrière, laquelle n'ex-
cède pas 10 à 12°. L'ensemble est intégré dans la partie médiane de la semelle en caoutchouc. Les soufflets, quant à eux, en néoprène, sont placés sur les parois de la tige et permettent au dessus de la chaussure d'accompagner les mouvements de la semelle. Résultat? L'équipement de base indipensable à tout marcheur suit automatiquement les "contorsions" des pieds qui cherchent à maintenir en équilibre le marcheur sur un sentier accidenté. Les zones de frottement entre la peau et la courbure fixe de la chaussure, sources d'ampoules, ont disparu.
Des empreintes faites sur plusieurs types de terrain
Un objectif que s'était fixé Décathlon dès l'origine. Car, d'après les chefs du rayon randonnée du distributeur, l'ampoule est le mal numéro1 dont souffrent les marcheurs. Pendant plus d'un an, l'atelier chaussures du distributeur, qui regroupe une quinzaine d'ingénieurs, s'est entouré d'une armée de podologues, de médecins du sport, de chirurgiens du pied, d'universitaires spécialisés dans l'analyse des forces ou la biomécanique pour démontrer une évidence pour qui sait mettre un pied devant l'autre: c'est le mouvement qui crée le frottement entre le pied et la chaussure, générateur d'ampoules! "Certes, justifie un biomécanicien de Décathlon, le constat est facile: tout le monde peut remarquer qu'une chaussure se perce d'abord au-dessus du gros orteil et se déchire à l'avant et sur le côté. Mais il est plus délicat de comprendre pourquoi." Pour approfondir les études qui analysent déjà la marche, l'équipe de chercheurs a pris les empreintes, sur plusieurs types de terrain, de pas au repos, en marche ou en course de plus de cinq cents volontaires. En laboratoire, un tapis roulant, devenu également pèse-personne pour l'occasion, mesure en trois dimensions les forces exercées sur le sol par la voûte plantaire. Des capteurs, placés sur l'avant du pied et le talon, calculent l'angle qui se crée avec la jambe lors d'un mouvement. En superposant des empreintes dynamiques avec celles de pieds au repos, Décathlon a mis en évidence que l'avant du pied pivote latéralement, vers l'intérieur ou l'extérieur, par rapport au talon. Dans le premier cas, il se "ferme" pour permettre une meilleure propulsion lors d'une marche à plat ou en descente; dans le second cas, il s'"ouvre", généralement en montée, pour amortir les chocs. Avec la Maya Flex, Décathlon livre l'un de ses articles les plus aboutis. Sur les autres segments de la chaussure de sport (jogging, tennis...), le distributeur s'ajuste à la volonté des consommateurs, qui plébiscitent les marques, et ne conçoit donc que des produits premiers prix. Dans la randonnée, marché plus ouvert, Décathlon mise sur l'innovation pour se faire un nom sur un segment technique. Pour 299francs, la "chaussure tout-terrain" de Décathlon séduira sans doute une partie des six millions de randonneurs pédestres français, qui achètent entre 600000 et 800000 paires par an d'articles chaussants. Reste à convaincre les générations de marcheurs pour qui rigidité est synonyme de bonne chaussure de randonnée... J.-M.MEYER
Les points clés de l'innovation
La chaussure de marche "à géométrie variable" de Decathlon se compose d'une partie avant et d'une partie arrière mobiles, reliées par un pivot, qui est intégré dans le milieu de la semelle et protégé dans une capsule en plastique. Le pivot réduit les mouvements de pliure et de vrille de la semelle, et la capsule contrôle que le pivotement latéral entre l'avant et l'arrière de la chaussure n'excède pas 12°.Les parois de la tige comprennent, dans la partie médiane, deux soufflets extensibles qui permettent au haut de la chaussure de suivre les mouvements de la semelle.
De la distribution à la production
Chiffre d'affaires: 6,9 milliards de francs en 1994, contre 5,5 milliards en 1993.
Effectifs: 8 000 salariés.
Décathlon est le premier distributeur d'articles de sport, avec 117 magasins dans 12 pays, dont 109 dans l'Hexagone.
Depuis 1986, et surtout depuis 1991, avec la création de Décathlon Production International, le distributeur du Nord, installé à Villeneuve-d'Ascq, est devenu fabricant.
Un produit sur deux vendu par le distributeur porte sa griffe. Pour moitié, ils sont fabriqués ou assemblés en France (vélos, tee-shirts, cerfs-volants, sacs de couchage, tentes, bancs de musculation, etc., et bientôt des skis). L'autre moitié des produits vient d'Europe (20%) ou d'Asie et du Maroc (30%).
Le distributeur s'appuie sur un département recherche-développement de 100 ingénieurs et un réseau de 300 sous-traitants.
MBK
UN VÉLO À "PÉDALAGE ASSISTÉ"
Le fabricant de cycles MBK a pensé aux cyclistes partisans du moindre effort. Il leur propose un nouveau vélo pourvu d'une énergie d'appoint électrique.
Non, ce n'est pas un Solex! Ni un vélo électrique! C'est un vélo à "énergie d'appoint", ou, si vous aimez mieux, à "pédalage assisté". La différence? Il ne peut rouler sans apport d'énergie humaine. En clair, pas question d'arrêter de pédaler. Simplement, plus l'effort de pédalage est grand, plus l'énergie d'appoint sera importante. AX-ION, c'est son nom, est un nouveau vélo de la firme MBK, filiale de Yamaha. Le principe s'appelle "Power Assist System" (PAS) et vient du Japon, où Yamaha a déposé un brevet en 1993. Un capteur de vitesse de rotation du pédalier, doublé d'un capteur de couple, permet à un cerveau de commande de doser l'énergie d'appoint fournie par un moteur électrique qui assiste le pédalage. Les informations du cerveau de commande électronique sont transmises au moteur, qui entraîne le pédalier via un train épicycloïdal. Un système mécanique bien connu dans les transmissions automatiques de voitures. Dès le démarrage, la puissance additionnelle est disponible. De 0 à 16 kilomètres heure, elle double l'effort du cycliste. A partir de 16kilomètres heure, le cerveau de commande diminue progressivement l'assistance pour se mettre en veille lorsque les 25 kilomètres heure sont atteints. Un interrupteur placé sur le guidon permet de mettre en fonction ou de déconnecter le système d'assistance à tout moment, même en roulant. AX-ION devient alors une bicyclette normale. Ce type de vélo a été lancé l'année dernière au Japon en version femme -pour faire du "shopping"-, mais la firme Yamaha avait parrallèlement demandé à sa filiale française MBK de réfléchir de son côté à son introduction sur le marché français. Les études de marketing ont abouti au choix d'une version pour homme, plutôt sportive, à utiliser sur route et chemins. En France, les premières maquettes ont démarré en 1991.Le travail de Jean-François Putaud, chef de projet chez MBK pour le nouveau vélo a consisté - avec l'aide d'un designer- à adapter la technologie japonaise au positionnement marketing décidé par la France. "La première chose la plus importante a été de définir le cadre. Nous avons étudié quatre à cinq possibilités", raconte Jean-François Putaud. Résultat: un cadre dessiné comme un muscle humain en écorché pour "exprimer puissance et force". Il est réalisé en matériaux composites à base de fibres de verre selon le procédé d'injection à basse pression RTM (Resine Transfert Molding). "Avec le design retenu, il n'était pas question que l'on voie des lignes de couture. Le cadre sort donc en une fois, la résine étant injectée par les pattes arrière", poursuit le chef de projet. Dans les endroits vides, de la mousse polyuréthanne a été introduite pour mieux résister aux chocs et protéger le système. Mais il a également fallu adapter la batterie à un engin sans suspension. C'est le fabricant japonais GS qui a résolu cette difficulté en modifiant les soudures à l'intérieur de la batterie. Il y a dix-huit mois sortaient les premiers prototypes. Aujourd'hui, MBK s'apprête à livrer une centaine d'AX-ION (fabriqués à l'usine de Saint-Quentin, dans l'Aisne) dans quinze points de vente sélectionnés en France. Un test avant un lancement à grande échelle prévu l'année prochaine. Ce vélo hybride au look avant-gardiste, qui n'est ni un VTT ni un vélo de ville, et qui "efface" les côtes, pourrait-il séduire un Miguel Indurain à la retraite? Dans cette attente, MBK est conscient que son nouveau produit a encore beaucoup de progrès à faire: il est trop lourd (28kilos), son autonomie est limitée (20kilomètres) et il est cher (10000francs). Autant de défauts que le fabricant de cycles met sur le compte d'une "première génération" destinée à s'améliorer dans l'avenir. Déjà, au Japon, 120000unités devraient être vendues cette année. Sophie PETERS VAN DEINSE
Les points clés de l'innovation
Un interrupteur placé sur le guidon permet de connecter ou de déconnecter le système.
Deux capteurs sur le pédalier permettent à un cerveau de commande de doser l'énergie d'appoint fournie par un moteur électrique. Un cadre monocoque en matériaux composites à base de fibres de verre.
Un produit phare: le scooter
Fondée en 1923, la firme Motobécane a été achetée par le japonais Yamaha en 1986. Devenue MBK, la filiale à 99% de Yamaha produit des cycles, des cyclomoteurs, des scooters ainsi que des moteurs hors-bord, sous la marque Yamaha.
Elle a réalisé 1,3milliard de francs de chiffre d'affaires en 1994, dont 54% à l'exportation. Son produit phare: le scooter, qui représente à lui seul 52% de son chiffre d'affaires (18% pour les bicyclettes).
L'usine de Saint-Quentin, dans l'Aisne, occupe l'essentiel de ses 1400salariés, et les bureaux de la direction commerciale sont établis à Bobigny, en Seine-Saint-Denis.
JEANNEAU
SAFRAN POUR BARRER PLUS SÛR, PLUS VITE
Jeanneau a développé un safran monobloc en carbone pour la Coupe de l'America. Ce système, déjà applicable aux voiliers rapides, pourrait bientôt être généralisé à tous les bateaux du constructeur vendéen.
Imaginez une voiture dont la colonne de direction déterminerait la taille des roues. Impensable. C'est pourtant ce qui se passait jusqu'à présent dans le monde de la plaisance: les dimensions d'un safran sont déterminées par l'épaisseur de la mèche, partie la plus fragile du gouvernail, qui fait le lien entre la barre et la partie immergée, la pelle. La méthode traditionnelle du collage a plusieurs inconvénients: d'une part, la liaison entre les deux éléments est fragile; d'autre part, l'épaisseur de la pelle est nécessairement supérieure à celle de la mèche, ce qui pose des problèmes de pénétration dans l'eau et de poids. En décidant de créer un safran monobloc, Jeanneau a défié la tradition. "La mèche se poursuit par la pelle, en continuité. Grâce à ce concept, on peut obtenir le profil optimal de pénétration dans l'eau", détaille Vincent Laigo, responsable du projet. Une option possible grâce au carbone, utilisé ici pour ses qualités de résistance. De plus, à solidité équivalente, le safran monobloc offre un gain de poids de 25% par rapport aux équipements traditionnels. Ce programme s'inscrivait dans le cadre de la construction des bateaux "France 2-3" pour la dernière Coupe de l'America. Mais il a aussi permis à Jeanneau de proposer ce nouveau type de safran sur certains de ses bateaux. Or l'utilisation du carbone est coûteuse. Et le gain de poids et la diminution de résistance ne sont intéressants que dans la recherche de performances. Cependant, cette avancée constitue un atout important pour Jeanneau Techniques avancées (JTA), la structure chargée, au sein de l'entreprise, de la construction des bateaux de croisière de très haut de gamme et des prototypes de course. En outre, le chantier vendéen étudie une nouvelle technique de stratification des composites qui, à matériaux équivalents, offre une qualité très supérieure. A moyen terme, l'investissement pour la Coupe de l'America (4millions de francs) devrait être rentable bien au-delà de ce simple produit. "Le programme nous a permis de développer des procédés de fabrication des préformes beaucoup plus rapides, notamment grâce à l'utilisation de machines trois axes à commande numérique", souligne Vincent Laigo. Paul PASCAL
Le point clé de l'innovation
Les procédés de fabrication des préformes permettent de produire beaucoup plus rapidement.
L'utilisation du carbone, connu pour ses qualités de résistance, offre un gain de poids de 25%. Mais il est cher. Des solutions de composites stratifiés, aux performances supérieures, sont à l'étude. La mèche et la pelle sont d'un seul bloc.
On gagne en solidité, donc en sécurité, et aussi en performances hydrodynamiques.
Le challenger de la voile française
Avec un chiffre d'affaires de 620millions de francs, Jeanneau, du groupe Chatellier Industries, est le deuxième constructeur de bateaux de plaisance en France derrière Bénéteau.
Il emploie 700salariés entre son siège et l'usine des Herbiers (Vendée) et le site de production de Mortagne-sur-Sèvre.
INFORMATIQUE ET MER
LA CARTE EST SUR L'ÉCRAN, LE LOGICIEL Y PLACE LE BATEAU
Après avoir équipé la plupart des grands skippers, Informatique et Mer propose aux plaisanciers un système sophistiqué de navigation informatiséequi conjugue GPS et cartes numériques détaillées.
Le prestige, c'est bien, mais ça ne nourrit pas son homme! Informatique et Mer est très fier d'avoir développé MaxSea, son logiciel de navigation assistée par ordinateur, adopté par Philippe Poupon, Loïck Peyron ou Peter Blake. 80% des voiliers de compétition sont aujourd'hui équipés du système conçu par la PME de Bayonne. Mais ce n'est pas en vendant une centaine de logiciels à des clients prestigieux que l'on fait un chiffre d'affaires digne de ce nom. C'est pourquoi Informatique et Mer, qui a aussi mis au point un système pour les pêcheurs (75% de ses ventes aujourd'hui), lance maintenant un produit destiné au vaste marché de la navigation de plaisance. Le logiciel MaxSea Yachting apporte au navigateur amateur une aide très précieuse: il donne automatiquement, en temps réel, la position du bateau sur une carte affichée sur l'écran de l'ordinateur embarqué. "Pour le type de navigation que font les plaisanciers, cela peut sembler un gadget. En réalité, moins le navigateur est expérimenté, et plus le système peut se révéler utile, en particulier par mauvais temps ou de nuit", affirme Brice Pryszo,d'Informatique et Mer. MaxSea combine l'utilisation du GPS et de cartes numériques, enregistrées sur des disquettes ou des CD-Rom. Outre ses fonctions de préparation et de suivi de parcours, le système d'Informatique et Mer a l'avantage unique d'être compatible avec tous les types de cartes électroniques existants: aussi bien les cartes vectorielles, dessinées "à la main", que les cartes "raster", obtenues par numérisation de la carte papier à l'aide d'un scanner. Informatique et Mer s'est impliquée dans le développement des cartes raster. "Seules les cartes raster, qui résultent d'un processus automatique, garantissent l'utilisateur contre tout oubli ou erreur du producteur de la carte", souligne Brice Pryszo. Pour favoriser le développement de ces cartes, la PME a mis au point sa propre technologie, transférée à la société Mapmedia, qui dispose d'un catalogue de 2000cartes sur l'Europe et les Antilles. La technologie raster d'Informatique et Mer présente plusieurs avantages. Grâce à un fort taux de compression des données, 60 à 100 cartes (au lieu de 30 habituellement) peuvent être stockées sur un CD-Rom. D'autre part, l'affichage des cartes se fait en 256couleurs (au lieu de 16). Enfin, le système assure automatiquement une continuité entre les cartes: le navigateur ne se retrouvera plus bloqué au bord d'une carte!
Un module "journal de navigation"
Une gamme de trois logiciels est proposée aux plaisanciers. MaxSea Nav (3350francs hors taxes), le plus simple, admet une entrée GPS (ou autre positionneur) et une sortie sur pilote automatique. En revanche, il ne donne accès qu'aux cartes vectorielles. MaxSea Yacht (7000francs hors taxes) comprend en standard un module "journal de navigation" qui enregistre automatiquement les données acquises par une centrale de navigation (vitesse, vent...). Mais il a surtout l'avantage de lire aussi bien les cartes vectorielles que les cartes raster sur CD-Rom. Enfin, MaxSea Super-Yacht, le plus sophistiqué, offre quatre "entrée/sortie" (GPS, centrale de navigation, échosondeur, radar..), et peut fonctionner avec plusieurs postes en réseau local. Il est vendu 33000 francs hors taxes. Les logiciels MaxSea sont à l'origine développés pour les ordinateurs Macintosh. Mais, pour s'adresser à un marché plus large, une version sur PC (sous Windows) sera disponible dans le courant de cet été. A peine lancé sur le marché de la plaisance, Informatique et Mer s'attaque déjà à un nouveau type de clients. La PME dispose en effet d'un prototype de logiciel destiné à la navigation commerciale. Il sera disponible à la fin de l'année. Thierry LUCAS
Le point clé de l'innovation
La capacité à exploiter tous les types de cartes numériques, vectorielles ou "raster".
Une version de haut de gamme du logiciel permet de connecter un GPS, une centrale de navigation, un échosondeur et un radar, et peut fonctionner en réseau local. Le positionnement en temps réel du bateau sur une carte affichée à l'écran d'un ordinateur, grâce au couplage d'un GPS avec un logiciel d'exploitation de cartes numériques.
De la compétition à la plaisance
Créée en 1985, à Bayonne, Informatique et Mer s'est focalisée pendant cinq ans sur la compétition océanique. Depuis 1990, la société a aussi commercialisé des logiciels pour les pêcheurs. Ce marché représentait, en 1994, 75% d'un chiffre d'affaires de 7millions de francs.
La PME de Bayonne emploie huit personnes. Elle prévoit d'atteindre 8 millions de francs de ventes cette année.
L'activité plaisance devrait décoller en 1996 et représenter 30% d'un chiffre d'affaires de 10millions de francs.
GYL BAGAGES
UNE VALISE INDÉCHIRABLE QUI ROULE SANS SE RENVERSER
Habillée d'une toile en polyester 1200deniers, la nouvelle valise de Gyl Bagages est indéchirable. Et son système de roulage la rend plus maniable et plus stable.
Trop tôt encore pour avoir des chiffres. Mais, au bout de deux mois de commercialisation, les dirigeants de Gyl Bagages savent déjà que la "Malicia" va "faire un tabac". Les ventes partent en flèche... Malicia! Entre la malle (qui évoque les voyages) et la boîte à malices (pleine d'astuces et de détails pratiques), la dernière valise créée par Gyl est d'abord le fruit d'une longue analyse de marketing. Mais elle comporte aussi - et surtout - quelques innovations qui font la différence. Il aura fallu deux ans aux techniciens de Gyl pour mettre au point et industrialiser ce nouveau produit. L'aventure a commencé presque dans la routine. Car la stratégie de prise de positions de la firme sur le marché du bagage souple lui impose un renouvellement de 80% du catalogue tous les ans. "La valise n'est plus un produit figé, commente le P-DG, Guy Taïeb. Elle suit les évolutions de la technologie, elle change avec la mode. C'est une sorte de "vêtement" qui en transporte d'autres." Le premier impératif du projet Malicia était donc de s'intégrer parfaitement dans la tendance. Question de style, surtout. Avec un look jeune, des formes rondes et rassurantes, des coloris "sages" (noir, bleu, vert), un montage façon sellier. Autre certitude: la Malicia devait être "à roulettes", comme les deux tiers des valises souples vendues actuellement. Mais il fallait que la nouvelle venue se démarque. "Nous avons lancé des enquêtes, non pas pour apprendre ce que voulaient les consommateurs, mais pour savoir ce qu'ils ne voulaient pas. Autrement dit, ce qui leur déplaisaient dans les produits existant sur le marché", révèle Robert Copin, le responsable du service design. Principales critiques des utilisateurs: la forte résistance au roulement des valises, leur manque de stabilité et la mauvaise résistance des toiles. Aussi, pour marquer des points, la Malicia se devait d'apporter des réponses tangibles à ces préoccupations. L'accent a d'abord été mis sur la conception du système de roulage. Dans la plupart des cas, les roulettes, montées séparément, tendent à se désaligner sous l'effet de la charge et des déformations du cadre. Résultat: elles frottent latéralement. Parfois même, elles dérapent. Un problème pas facile à éviter. Techniquement, du fait de la concentration des contraintes sur le fond de la valise (toujours surchargée!); et économiquement, la résistance à la déformation risquant d'être coûteuse.
Des matériaux choisis avec les bureaux d'études
Pour la Malicia, plusieurs systèmes ont été imaginés, testés, abandonnés. Finalement, la question a été résolue en montant les deux roues en bout d'un même axe en acier traité tubulaire (pour combiner rigidité et légèreté), lui-même enserré par surmoulage dans un berceau solidaire du cadre. Cette rectitude offrait du même coup la possibilité d'élargir au maximum la voie entre les roulettes. Au point que leurs bandes de roulement sont placées légèrement à l'extérieur des faces latérales de la valise, à l'aplomb des accessoires (poignée, pieds). D'où une stabilité inconnue jusqu'ici. Même soin apporté au choix des matériaux, opéré avec l'aide des bureaux d'études et d'essais des fournisseurs. Pour les roues, un polyamide retenu pour ses vertus anti-abrasion. Pour la canne de manoeuvre télescopique, un autre polyamide profilé pour offrir légèreté et résistance en flexion. Pour la toile, un polyester réputé indéchirable grâce à sa haute densité (1200deniers). Avantage: la Malicia pourra prendre l'avion sans risquer l'"éventration"! D'ailleurs, les premiers prototypes, puis les Malicia de préséries, ont déjà subi tous les outrages: pleines à craquer, elles ont dévalé des marches d'escalier, accumulé les chutes et les chocs, avalé des kilomètres. Tout cela pour tester les solutions adoptées, apporter les dernières modifications en relation directe avec les sous-traitants sélectionnés, Gyl Bagages ayant choisi, il y a plusieurs années, de ne plus disposer de moyens propres de production. Gyl définit le style, les principes, les matériaux. Les fournisseurs réalisent les plans d'exécution, les gabarits, les outillages. Signe particulier de ces sous-traitants:
ils sont asiatiques. Compétitivité oblige. Daniel COUÉ
Les points clés de l'innovation
La toile choisie pour l'habillage de la valise est en polyester 1200deniers.
Une haute densité de tissage offre une meilleure résistance aux déchirures. Conception du système de roulage. Les roues sont montées sur un même axe solidaire d'un berceau très rigide. Ainsi, elles ne se désalignent plus sous la charge et roulent plus librement. Ce qui a aussi permis d'élargir la voie de roulage, donc d'accroître la stabilité.
Le leader français du bagage souple
Il y a vingt ans, les frères Guy, Marc et Thierry Taïeb, héritiers d'une famille de bagagistes, créent Gyl Bagages à Croissy-Beaubourg (Seine-et-Marne). Aujourd'hui, ils emploient 70personnes et réalisent 193millions de francs de chiffre d'affaires. Ils contrôlent plusieurs sociétés chapeautées par le holding ATN. Ils concentrent leurs moyens sur la création technique et stylistique, avec renouvellement annuel de 80% des collections. La production est entièrement sous-traitée. La firme a ainsi pu multiplier son chiffre d'affaires par huit en dix ans. Et devenir leader français du bagage souple, avec 13,5% du marché. Gyl Bagages exporte dans quatorze pays.
Les marques: Gyl (réseau traditionnel et grands magasins), Easyline (grande distribution). Licences exclusives de Disney, Benetton, Lee, Waikiki, Carnet de vol, Camps, pour les bagages. Distribution en hypermarchés des cartables Tann's et Le Tanneur.
LABORATOIRES GARNIER
L'AMBRE SOLAIRE PHOTOSTABLE FILTRE LES U.V. PLUS LONGTEMPS
Leader du marché des produits solaires en grande distribution, Ambre solaire, la marque grand public de L'Oréal, mise sur un nouveau filtre photostable pour doubler son concurrent Nivea sur le marché européen.
Est-ce au marketing ou à l'innovation que le premier produit solaire lancé par le fondateur de L'Oréal, Eugène Schueller, en 1935, doit de figurer encore aujourd'hui au palmarès du marché? Une réponse de Normand s'impose: un peu des deux. De fait, la marque Ambre solaire n'a jamais fait l'impasse sur l'évolution de sa formulation pour garder sa place de leader. Mais le discours des scientifiques sur les méfaits du soleil s'étant fait plus médiatique ces dernières années, les Laboratoires Garnier, propriétaire de la marque et filiale de L'Oréal, se devait de ne pas rater l'arrivée d'un nouveau filtre sur le marché. Pendant plus de dix ans, les chercheurs du groupe français ont travaillé à la mise au point du filtre "miracle" : celui qui permettrait de résister aux U.V. B et aux U.V. A courts et longs tout en étant photostable, c'est-à-dire ne se dégradant pas à la lumière. Avec la naissance du Mexoryl SX, les produits du géant de l'hygiène-beauté ont marqué un point sur leurs concurrents. Commercialisée l'été dernier sous deux marques appartenant à L'Oréal vendues en pharmacie (La Roche-Posay et Vichy), la formule vient d'être revue pour être adaptée à la marque grand public Ambre solaire. Pour lutter contre les ultraviolets, il existe de nombreux filtres solaires, c'est-à-dire des molécules qui absorbent l'énergie lumineuse dans une certaine gamme de longueurs d'onde. Le filtre idéal se comporte comme un transformateur: il passe d'abord à un état excité, en absorbant l'énergie solaire, puis il doit être capable de s'en défaire. Et c'est bien là que résidait jusqu'à présent le problème. Les molécules d'un filtre instable à l'énergie solaire sont en effet incapables de se débarrasser de l'énergie "emmagasinée". Elles perdent donc progressivement leur capacité de filtration du rayonnement solaire. "Les filtrations U.V. A classiques peuvent perdre jusqu'à 70% de leur efficacité protectrice en une heure d'exposition au soleil. La peau n'est plus protégée des effets pernicieux des U.V. A", explique Marie-Christine Auzou, pharmacien et responsable de la communication scientifique du laboratoire de recherche-développement du groupe L'Oréal. Résultat: pour pouvoir revenir à son état normal et continuer de fonctionner, le filtre doit se libérer de l'énergie en la transformant sous une forme inoffensive, par exemple en chaleur. La recherche est partie d'une famille chimique, les benzylidènecamphres, déjà beaucoup utilisés par L'Oréal. "Nous avons greffé des radicaux chimiques sur la molécule pour déplacer son spectre d'absorption en le tirant vers l'U.V. A. C'est un phénomène chimique que l'on maîtrise bien chez L'Oréal dans les colorants capillaires", précise Marie-Christine Auzou. Ainsi, le Mexoryl SX absorbe les U.V. A courts et présente une parfaite photostabilité. Mais il restait à neutraliser les U.V. B et les U.V. A longs (à partir de 345nanomètres), cette molécule seule ne pouvant assurer une protection globale. D'où son association à un filtre U.V. A long appartenant aux dibenzoylméthane, le Parsol 1789 (que les Laboratoires Garnier ont acheté à Givaudan, leader dans les filtres solaires) et qui a pu être photostabilisé avec un filtre U.V. B, le méthylbenzylidènecamphre.
Une avancée scientifique
"La filtration photostable est à la crème solaire ce que l'ABS est à l'automobile. C'est une question de sécurité", estime Nicolas Hiéronimus, le directeur du marketing, dont le discours est bien rodé. De là à conclure que toutes les crèmes photostables n'ont plus de place dans nos trousses de plage, il n'y a qu'un pas que L'Oréal aimerait bien nous voir franchir. "Mieux vaut un indice fort sans filtre photostable qu'une protection faible photostabilisée", fait valoir un chercheur spécialiste de la protection solaire. Si ce dernier ne nie pas l'avancée scientifique que constitue la découverte d'une nouvelle molécule, il doute en revanche de sa pertinence pour les consommateurs. Le couple innovation et marketing a donc encore de beaux jours devant lui pour séduire les 40% de femmes et 60% d'hommes encore réfractaires à toute protection. S. PETERS VAN DEINSE
Les points clés de l'innovation
Le pouvoir photostabilisant du filtre U.V. B sur le filtre U.V. A long, dont il préserve l'efficacité filtrante en la déchargeant de son énergie absorbée.
La mise au point d'un filtre exclusif qui agit de façon très spécifique sur les U.V. A courts (320à 340nanomètres).
L'association en formulation des trois filtres du système Ambre solaire 1995.
L'association du filtre exclusif U.V. A courts et de micropigments réflecteurs.
La potentialisation du système filtrant Ambre Solaire pour améliorer l'efficacité des produits d'indice élevé.
Un grand de la grande distribution
Filiale du groupe L'Oréal, les Laboratoires Garnier opèrent en grande distribution sous des marques comme Obao dans l'hygiène, Synergie pour les soins du visage, Ultra Doux dans les shampooings ou encore Belle Color dans les produits colorants pour les cheveux.
Peu communicants, les Laboratoires Garnier se refusent à donner toute indication sur le montant qu'ils consacrent à la recherche-développement.
L'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de 2,5milliards de francs en 1994 avec 670personnes.
Les produits sont fabriqués à l'usine Saprogi, à Rambouillet, dans les Yvelines.
USINE NOUVELLE N°2512











