Le 13 décembre, sous le haut patronage de François Loos, ministre délégué à l'Industrie, neuf ingénieurs et leurs équipes ont été distingués par
Ce n'est pas la première fois que l'industrie française est confrontée à des mutations qui l'obligent à se remettre en cause. Crise des charbonnages, de la sidérurgie, du textile, et plus récemment, immense effort d'automatisation et d'informatisation.
Avec des conséquences sur l'existence même des entreprises et sur l'emploi. Dans les années 1980 déjà, un observateur pertinent évoquait « les dégâts du progrès ». Pourtant les mutations actuelles sont plus anxiogènes encore. Il ne s'agit plus pour notre industrie de conforter sa place dans le concert européen, mais de préserver son existence et son rang dans le monde. Notre époque est celle des opportunités et des dégâts d'un marché mondialisé. Et presque tous les secteurs sont concernés. Dans ce combat les ingénieurs sont en première ligne. Une armée de 800 000 hommes et femmes, sur qui on doit pouvoir compter. L'innovation et les produits ou les services à valeur ajoutée, ce sont eux. Encore faut-il qu'ils ne se sentent pas - ainsi que leurs entreprises -, isolés.
Un métier stimulant, mais pour quel avenir ?
Et que leur moral soit à la hauteur des défis à relever. Or, nos ingénieurs ont du vague à l'âme. Certes, ils font partie d'une profession privilégiée. Son taux de chômage est moitié moindre que le taux moyen national. Et les jeunes ingénieurs sont courtisés par les entreprises qui ont pour eux les yeux de Chimène.Cependant, une étude que nous avons publiée juste avant l'été (n° 3015 du 22 juin) montrait que si neuf sur dix d'entre eux trouvaient leur métier intellectuellement stimulant, ils n'étaient plus que deux sur trois à le considérer comme un métier d'avenir. Plus préoccupant : un sur deux le considère « en perte de pouvoir » et un sur trois seulement estime qu'il est prestigieux.
L'ingénieur n'est plus le gendre idéal. Et il souffre de ce manque de reconnaissance. Il se sent mal aimé des politiques, des partenaires sociaux et des médias. Il est méconnu du grand public et notamment des plus jeunes... C'est une situation paradoxale dans une société où la technologie occupe de plus en plus de place. La révolution numérique, les progrès des techniques de santé et des biotechnologies sont partout visibles. Mais les technologies sont complexes, difficiles à appréhender et à vulgariser. Et elles engendrent des peurs : nucléaire, OGM, et même nanotechnologies.
Les ingénieurs sont visés. Même s'ils ne sont pas les premiers mis en cause. Les politiques, les financiers, les marketeurs, sont « plus responsables encore »...Mais on compte néanmoins sur les ingénieurs pour résoudre les grands problèmes : la protection de l'environnement, les économies d'énergie, les conditions de travail... C'est pour mieux faire connaître leurs travaux et pour valoriser une profession peu encline à communiquer que « L'Usine Nouvelle » et « Industrie et Technologies » ont pris l'initiative de créer en coopé-ration avec le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (Cnisf), le « Prix des ingénieurs de l'année ».
L'objectif est d'honorer dans sept catégories qui couvrent les principaux aspects du métier, des hommes, des femmes et des équipes qui se sont distingués par des innovations ou des projets remarquables. Plus de 150 dossiers ont été déposés cette année. Après expertise, une petite soixantaine a été présentée à un double jury composé de 40 personnalités dont beaucoup occupent des responsabilités industrielles dans la R et D ou la production. Les neuf lauréats de cette année démontrent que le génie industriel reste vivace en France et que les ingénieurs cultivent toujours la créativité, la ténacité, l'esprit d'équipe mais aussi l'audace.


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