Prix "Début prometteur": Marjorie Cavarroc
Par Ludovic Dupin - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3218
© STÉPHANE JAGET POUR « L'USINE
ENQUêTE Booster de piles à combustibles
Que de chemin parcouru pour la petite fille amoureuse des volcans ! Poussée par son grand-père à devenir ingénieure, Marjorie Cavarroc a déjà, à trente ans, un parcours que certains collègues plus âgés lui envieraient. Après un diplôme d'ingénieur en électronique-optique de Polytech'Orléans obtenu en 2004 et un doctorat de physique des plasmas à l'université d'Orléans en 2007, elle rejoint Made-In-Dreux (MID), une agence territoriale de transferts de technologie. Et un an plus tard, elle en devient directrice !
Cette trajectoire, elle se l'est forgée elle-même. Alors qu'elle finit sa thèse, Marjorie, courtisée à l'étranger, choisit de rester en France. Argument ? Elle regrette que des chercheurs formés dans le pays soient forcés d'aller travailler à l'étranger. Le projet porté par MID lui semble sortir de l'ordinaire. Se retrouver à la frontière de la recherche et de l'industrie éveille son intérêt. « Et puis, ajoute-t-elle, c'était une chance de créer mon propre laboratoire avant trente ans ! ».
Sans complexe, en seulement neuf mois, la physicienne met au point un procédé pré-industriel de réalisation de couches catalytiques à base de platine pour les électrodes de piles à combustible. Ce projet, développé dans le cadre d'une collaboration avec les universités d'Orléans et de Montpellier, permet d'effectuer des dépôts de couches par plasma sous vide. Cette méthode réduit drastiquement la quantité de platine utilisée, tout en accroissant les performances de la pile. Alors que des électrodes ordinaires affichent une puissance 0,5 à 0,7 W/cm2 pour une quantité de platine de 500 à 1 000 µg/cm2, celles du MID atteignent 0,9 W/cm2 pour seulement 40 µg/cm2. « Nos premiers résultats ont été tellement bons que nous pensions nous être trompés ! », rie-t-elle encore. Un brevet a été déposé en avril 2010 et son exploitation est en discussion avec des industriels qui pourraient s'installer sur Dreux.
Réussite scientifique, réussite économique, réussite managériale... La jeune ingénieur ne compte pas ses heures. Elle réussit tout de même à décompresser à travers la pratique des arts martiaux, le jardinage et la lecture d'Heroic Fantasy avec une prédilection pour l'Anglais Terry Pratchett et l'Américain Glen Cook. Ces moments de détente l'aident à avoir confiance en elle. Son équipe apprécie cette sérénité : « Elle a défini très clairement les rôles de chacun puis nous a laissé les mains libres », décrit Matthieu Voigt, responsable du centre d'essais. Aboubakr Ennajdaoui, responsable recherche énergie confirme : « Elle a réussi à prendre en main beaucoup de domaines non scientifiques, nous nous reposons énormément sur elle. »
La directrice pense à l'avenir. D'ici deux à trois ans, entre autres recherches, elle espère finaliser une machine capable de créer un coeur de pile à combustible de A à Z. En parallèle, elle va tout faire pour que Made-In-Dreux devienne une structure pérenne d'ici à cinq ans. « Alors, peut-être partirai-je ailleurs... »
« Mon grand-père me vantait souvent les mérites des ingénieurs, qu'il mettait presque sur un piédestal. Il disait que j'avais tous les atouts en main pour faire partie de ce qu'il voyait comme une élite. »
NICOLAS IMBERT d'Eurocopter, pour un système de transfert d'énergie sans fil dans un rotor d'hélicoptère FRANÇOIS BRETON du laboratoire de l'ENS, pour un dispositif de détection de cellules cancéreuses dans le sang
Dossier
- Grand prix: Jacques Lewiner
- Prix "Projet industriel": Laurent Rouxel-Duval
- Prix "Développement durable": Florence Hallouin
- Prix de l'innovation: Lionel Rousseau
- Prix "Jeune ingénieur": François Breton
- Prix "Début prometteur": Marjorie Cavarroc
- Prix "Science": Philippe Lebrun
- Prix spécial du jury: David Vissière

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