Privilégier l'équivalence pour privilégier l'innovation en France

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  C'est une situation qui peut paraître illogique. Mais un produit "français", créé par une entreprise française, n'est pas forcément lancé en tout premier lieu sur son marché national. Et la stratégie marketing n'en ai pas forcément la cause. Pierre Moustial, directeur général des laboratoires Urgo, en donne les raisons et la solution.

La compétitivité de notre secteur, les medtechs,  passe par l’innovation et la recherche en France. Nous avons le CIR – Crédit Impôt Recherche – pour cela. Tout comme le développement passe par l’autofinancement. En effet, faute de financement via  leur marché national, nos jeunes entreprises bien souvent en pertes sont obligées de faire rentrer des financiers dans leur capital  et finissent le plus souvent par se vendre à des grands groupes américains...qui sont capables de les rentabiliser sur leur marché.

Contrairement aux USA qui tirent partie de l'industrialisation et jouent parfaitement l’effet de taille, c'est autant de production et d’emplois nationaux perdus. Pourtant, nous avons un réel talent dans les medtechs françaises pour innover.

L'autofinancement permet en effet d'enclencher le cercle vertueux du développement international à partir de son marché national. Ce que les américains font très bien. Il permet alors de bâtir de grosses ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) qui nous font aujourd’hui cruellement défaut.

Or, aujourd'hui nous avons des "droits de douane à l 'envers".  L’accès au marché des dispositifs médicaux innovants est de 2 à 3 ans en France,  quand il est de 0 à 6 mois en Angleterre et en Allemagne.

Ce frein à une meilleure performance de notre entreprise, nous l’avons expérimenté au sein des Laboratoires URGO sur 2 de nos dernières innovations : Urgo K2, un dispositif innovant de compression, et Urgo Clean, un pansement innovant qui permet la détersion des plaies. Ces deux produits ont été lancés en Angleterre, en Allemagne et en Espagne depuis 2-3 ans, mais ils ne sont toujours pas disponibles en France, sur notre propre marché national (Cf. note ci-dessous) !

Dans ce cas, nous subissons une  double peine : pas de ventes donc pas de capacité d’autofinancement et une légitimité mise à mal à l’international. Comment un acheteur à l’étranger peut faire confiance à un produit qui n’est même pas vendu dans son pays d’origine ! Difficile de construire des champions nationaux dans ces conditions...Alors même que le CIR a permis le développement d’innovations nationales.

Un principe de mesure d'équivalence pour les sociétés françaises

L’application d'un "Buy American Act" en France est en quelque sorte une recette "tarte à la crème", souvent  évoquée. En réalité, elle a peu de chances d’être appliquée car non conforme au règlement européen.

En revanche, et fort de ces constats, les Laboratoires URGO souhaitent proposer au gouvernement l’introduction d’un principe de "mesure d 'équivalence" pour les sociétés françaises : celle de la nation la plus favorisée, comme dans la Loi sur le Commerce International.

En clair, lorsqu’un fabricant français se sent lésé sur le marché national, il pourrait répliquer que son innovation a un délai d’accès plus court dans d’autres pays européens. Ainsi il pourrait alors contraindre la France à appliquer le même délai. L’entreprise française ne serait alors pas placée dans une situation plus défavorable sur le marché français que sur les marchés allemand ou anglais par exemple.

Cette mesure, plus que symbolique,  permettrait de sortir de situations ubuesques où nous nous tirons nous mêmes une balle dans le pied alors  la compétitivité est aujourd’hui une priorité absolue !

Pour une mise en œuvre rapide et efficace, les Laboratoires URGO proposent qu'un médiateur puisse être saisi pour aider l'industriel, l’employeur, l’entreprise à faire valoir cette règle et y déroger au cas par cas (procédure de recours techniquement possible actuellement mais difficile à mettre en œuvre).

Note : Les produits innovants (ne rentrant pas dans des classes génériques existantes) doivent obtenir un accord de la CNEDIMTS alors même que l’innovation est fonctionnelle (et ne modifie pas radicalement le produit de référence avec un nouvel actif par exemple) et que le prix demandé est le même que le produit de référence.

Par Pierre Moustial, directeur général des laboratoires Urgo
 

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2 réactions

Ldeck | 14/09/2012 - 15H31

Quand nous avons négocié l'Europe (et les bases de l'Euro)avec les Allemands (puis les Britanniques), sous Mitterand-Kohl, la France était un pays fort, dont les Allemands durent admettre qu'il était industrialisé (et pas seulement agricole, car c'était leur discours de départ!) Maintenant, après 15 ans de laisser-aller de l'Europe dans le fil de l'eau ultralibéral, nous ne sommes plus en mesure de vivre de notre marché local: la seule ouverture est européenne. Nous devons donc travailler sur ce "marché commun", coute que coute: la France doit s'ouvrir vers les autres pays pour vendre technologie et services. Même si c'est la première fois depuis les Celtes, il faut y aller!
Verdarié vous avez raison. Car les sciences et techniques font peur aux investisseurs français, qui n'y sont pas formés. Pour eux aussi, faute de marché national, il vaut mieux faire une petite plus-value sur une petite boite qu'un gros risque apparent en la faisant grossir (ce dont ils ne sont pas capables, par manque de vision industrielle à l'échelle de l'Europe). L'industrie, "c'est des sciences et techniques, avec du business". Il faut les deux.

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verdarié | 07/09/2012 - 18H26

La compétitivité de notre secteur, les medtechs, passe par l’innovation et la recherche en France. Nous avons le CIR – Crédit Impôt Recherche – pour cela. Tout comme le développement passe par l’autofinancement. En effet, faute de financement via leur marché national, nos jeunes entreprises bien souvent en pertes sont obligées de faire rentrer des financiers dans leur capital et finissent le plus souvent par se vendre à des grands groupes américains...qui sont capables de les rentabiliser sur leur marché.

Tout ce qui est dit dans ce paragraphe résume à lui seul l'état de l'innovation en France !

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