Prime à la casse : ce qui fera la différence
Par Redaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Combien de véhicules anciens et neufs sont concernés ? Quel est le profil des véhicules qui partent à la casse ? Age, CO2, promotions des constructeurs, quel est le levier le plus efficace ? Le point en chiffres sur les différentes variables de la mesure.
Parmi les mesures du plan de relance de l'économie destinées à soutenir l'industrie automobile, figure la prime à la casse de 1.000 euros, pour tout achat d'un véhicule neuf émettant moins de 160 g/km de CO2 en échange de la mise au rebut d'une voiture ou d'un utilitaire léger (ou VUL, véhicule de transport de marchandises ou de personnes dont le poids total autorisé en charge est égal ou inférieur à 5 tonnes) de plus de dix ans.Combien de véhicules anciens sont concernés par cette mesure ?
En France aujourd'hui, environ 33 millions de voitures particulières et près de 5,7 millions de VUL sont en circulation. Un tiers du parc aurait plus de dix ans, soit un peu plus de 10 millions de véhicules. Mais dix ans de circulation, pour une voiture actuelle, ne sont pas suffisants pour transformer un véhicule en épave.
En 2006, le kilométrage moyen des voitures en France était de 13.100 kilomètres selon le Comité des Constructeurs Français d'Automobile (CCFA), et de 16.400 kilomètres pour les VUL. Au bout de dix ans, une voiture possède donc en moyenne environ 130.000 kilomètres au compteur. Par ailleurs, la fiabilité des modèles s'est améliorée, ainsi que les carrosseries, qui sont moins sensibles à la corrosion. De fait, l'âge moyen des véhicules qui sont retirés de la circulation s'élève à 13 ans.
Quel est le profil des véhicules qui partent à la casse ?
La branche Recycleurs du Conseil National des Professionnels de l'Automobile (CNPA) estime entre 1,3 et 1,5 million le nombre de véhicules (VP+VUL) qui partent à la casse chaque année. Le chiffre exact n'est pas connu, car les véhicules qui sont amenés déjà démantelés par des particuliers aux broyeurs, sans passer par la case démolisseur agréé, ne sont pas tracés. Parmi les véhicules qui partent à la casse, environ 120.000 transitent par le réseau des concessionnaires, et 400.000 sortent de la circulation suite à un accident. Ceux là ne seront pas éligibles à la prime à la casse.
A l'achat, à quelle part du marché s'adresse la mesure ?
La prime fonctionne pour l'achat d'un véhicule dont les émissions de CO2 sont inférieures à 160 g par kilomètre. En 2007, ces véhicules ont représenté 76% des ventes de voitures particulières selon l'Ademe. Le fait de porter la limite de la prime à 160 g, au lieu des 130 g du super-bonus (qui concernait par ailleurs les véhicules de plus de 15 ans), élargit considérablement le potentiel de succès de la mesure puisqu'en 2007, les véhicules de 120 à 160 g ont représenté la majorité des ventes (56,4%) de voitures particulières. Enfin, concernant les VUL, tous les modèles du marché présentent aujourd'hui des émissions en deçà des 160 g/km de CO2 selon la branche Concessionnaires du CNPA.
En termes de type de carrosserie, les véhicules qui présentent généralement des émissions supérieures à 160 g/km sont les cabriolets, les monospaces et les coupés. Par segment, ce sont souvent les modèles de la gamme moyenne supérieure (Laguna, 407...), supérieure luxe, et les 4x4.
Quel potentiel sur les ventes ?
« Les ?Balladurettes' et les ?Jupettes' avaient fait progresser le marché de 5%, rappelle Olivier Lamirault, président de la branche Concessionnaire du CNPA. Là, je pense que l'impact sera moindre. » Il est rejoint par Christiane Blut, secrétaire générale de la branche Recycleurs. « Le budget de la prime correspond plus ou moins à 200.000 véhicules. Nous ne pensons pas que cet objectif sera atteint, car les personnes qui circulent avec des véhicules anciens le font généralement par obligation, et malgré la prime de 1.000 euros il leur faudra dégager un budget suffisant pour l'acquisition d'un véhicule neuf. »
Le fait d'élargir la mesure aux VUL est cependant encourageant, mais rappelons que sur les 11 premiers mois de l'année, il s'est vendu moins de 430.000 VUL neufs contre 1,9 million de voitures particulières. Le poids des VUL est donc à minimiser. D'autant que les entreprises, même avec la prime, rechigneront probablement à investir pour renouveler leur flotte en attendant des jours meilleurs.
C'est pourquoi Olivier Lamirault regrette « que les véhicules d'occasion de moins de cinq ans n'aient pas été intégrés à la mesure », ce qui aurait pu doper davantage le marché.
Enfin, tous les analystes soulignent l'effet d'aubaine induit par une telle mesure, qui entraîne une chute du marché une fois le bénéfice de la prime passé.
Au final, la balle se retrouve entre les mains des constructeurs, qui ont la possibilité de mettre en œuvre une stratégie commerciale à même de renforcer le dispositif. Ainsi Renault a-t-il annoncé qu'il accorderait une prime de 1.000 euros supplémentaires pour le remplacement d'un véhicule de plus de 8 ans par une voiture d'occasion, parmi une sélection d'occasions récentes. Par ailleurs, le constructeur étend la prime aux véhicules de 8 à 10 ans pour l'achat d'un véhicule neuf émettant moins de 160g de CO2 par km.
Raphaële Karayan
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