Primaires PS : Hollande et Aubry se retrouvent surtout sur l'économie
Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
L’économie aura encore été au cœur du dernier débat des primaires socialistes le 12 octobre. Mais c’est davantage sur leur personnalité et leur parcours que les candidats ont tenté de se différencier.
"Relation amicale mais franche". C’est ainsi que Martine Aubry a qualifié sa relation avec François Hollande et c’était effectivement la teneur du débat qui a eu lieu le soir du 12 octobre, ultime chance de chaque candidat de convaincre leurs électeurs.
Les questions économiques ont occupé une large place, compte tenu de l’actualité brûlante de la crise bancaire et des dettes européennes. Une vision volontariste et régulatrice commune s’est affirmée même si chacun a affiné ses propositions. Les deux candidats se retrouvent sur l’objectif central de réduction du déficit public à 3 % en 2013. Même si François Hollande s’est montré plus offensif en réaffirmant un objectif de 0 % en 2017, un engagement auquel se refuse sa concurrente qui ne veut pas obérer la croissance avec des mesures qui la tue comme le démontre "l’expérience grecque". "Nous verrons où nous en sommes", a-t-elle expliqué.
François Hollande s’est avançé fermement sur la mise en œuvre d’une "stratégie de finances publiques" avec une grande reforme de la fiscalité. "Je propose qu’elle soit débattue dès notre arrivée." Il a déployé trois idées clés, une fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, un révision de l’impôt sur les sociétés avec un niveau différencié entre petites et grandes entreprises et entre celles qui réinvestissent et celles qui distribuent leurs bénéfices. Cette idée fait consensus entre les deux candidats et c’est plus sur le calendrier de mise en œuvre qu’ils se différencient.
Contrat de solidarité
Sur l’emploi, les deux candidats se sont de nouveau affrontés sur l’idée du contrat de génération de François Hollande qui consiste à éxonérer de charges sociales d'une entreprise qui embauche un jeune en CDI en s’engageant à conserver un senior. "Les systèmes d’exonération sur les jeunes, j’ai testé, ça coûte cher et cela ne provoque que des effets d’aubaine. Même les syndicats n’y croient pas", a affirmé Martine Aubry en faisant référence à son expérience ministérielle et sa pratique de l’entreprise. "C’est une belle idée d’embaucher des jeunes, de transmettre grâce au tutorat", s’est défendu l’ancien secrétaire du parti socialiste. Mais la candidate n’a pas hésité à le coincer en lui rappelant qu’il avait lui même constaté lors d’une visite chez PSA que les entreprises pratiquait déjà du tutorat en embauchant des jeunes et "qu’il n’y avait donc nulle raison de les payer pour le faire."
Appel clair aux électeurs de Montebourg de la part des deux candidats qui se sont accordés sur l’idée non pas de mettre les banques sous tutelle en faisant fi du droit de propriété mais d’investir au capital en réclamant des droits de vote, une place au conseil d’administration et des droits de veto sur les décisions. Le tout pour qu’elles jouent leur rôle dans le financement de l’économie réelle. Martine Aubry a rappelé son souhait de séparer banque de dépôt et banque d’investissement : "je le réclame depuis 2008 et beaucoup de temps a été perdu".
Accord sur le social aussi
Sur le social peu de différence également. Les deux candidats proposent que pour éviter les licenciements boursiers, les salariés puissent intervenir en amont via une procédure de référé devant les tribunaux. François Hollande va plus loin en proposant de taxer les licenciements qui ont lieu dans des entreprises qui font des bénéfices.
Sur la gouvernance européenne, les deux appellent à plus de cohésion. Martine Aubry a souhaité allé vers "une confédération d’Etat", en proposant d’avancer avec certains pays sur le fédéralisme "Il faut discuter avec les allemands pour qu’ils mettent en œuvre un SMIC afin de réduire la concurrence dans l’agriculture".
L’explication de texte a été poursuivie par François Hollande : "l ’Union européenne ne peut pas continuer à 27 comme cela , ça ne marche plus. Il faut faire un premier cercle d’abord avec avec la France et l’Allemagne pour avancer sur une politique budgétaire commune. Nous devons faire un effort sur notre dette mais dire aux Allemands qu’il faut qu’ils relancent leur demande intérieur."
Martine Aubry a rappelé ses nombreuses discussions avec le SPD Allemand pour définir une position commune en Europe en matière d’intégration mais aussi pour une Europe qui pose les "bases d’un juste échange". Là encore François Hollande en a précisé les termes : "la réciprocité : un pays qui n’ouvre pas ses marchés publics se voit opposé la même politique, la discussion avec la Chine pour dire que le dumping environnemental et la surévaluation de sa monnaie et une contribution carbone aux frontières."
Sur l’industrie les deux appellent à une refondation d’une vrai politique industrielle en redonnant l’initiative à l’Etat et aux régions. "Avec la mise en place d’une banque d’investissement en région", a rappelé François Hollande.
Gauche dure ou gauche molle, la question posée en amont du débat n’a pas été tranchée. François Hollande ayant renvoyé Martine Aubry aux dangers d’une "candidature sectaire" et préférant l’idée d’une "gauche solide " à une gauche dure : "après des années de droite dure nous n’avons pas besoin de cela", a-t-il analysé.
Jusqu’au bout François Hollande a parlé de rassemblement alors que Martine Aubry a mis en avant son expérience. "J’ai appris des ingénieurs de Péchiney, j’ai appris de la gestion d’une grande collectivité locale, j’ai été N°2 du gouvernement … ". Ce dernier a souligné qu’il fallait "des idées neuves pour ces temps de crise." Quelque soit le résultat de dimanche, les deux ont affirmé qu’ils se soutiendraient sans réserve.

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