Avec une croissance qui stagne et des perspectives tout aussi moroses, les trésoreries des entreprises sont fragiles. Lancez votre plan d’action en activant toute la panoplie des outils disponibles avant qu’il ne soit trop tard.
Les trésoreries sont sur le fil. Certaines entreprises, aux business fragilisés comme le volailler Doux n’y ont pas résisté. D’autres comme le papetier Gascogne se débattent pour réduire leurs besoins en fonds de roulement. Si la dernière enquête de l’Association française des trésoriers d’entreprise (Afte) note une légère amélioration de la trésorerie d’exploitation des grandes entreprises en septembre, la situation reste globalement tendue. Et surtout, la plupart des sociétés qui ont refinancé leur dette à 5 ans en 2008 se préparent à faire face à un nouveau mur de la dette en 2013.
Certes, les grandes entreprises ont toujours la possibilité d’aller se financer directement sur les marchés. Mais qu’en est-il des plus petites, condamnées au face-à-face avec leur banquier ? "Elles n’ont pas de réelle alternative au crédit bancaire", indique Hélène Guessant, la présidente de la commission moyenne entreprises de l’Afte. Or trois quarts des patrons de PME interrogés à l’occasion du 14e baromètre KPMG-CGPME sur le financement et l’accès au crédit des PME, en juin, disent subir un durcissement de leurs conditions de financement. Au point que la Banque de France a constaté un repli global des crédits de trésorerie. Que faire pour éviter en 2013 une crise de trésorerie qui serait fatale ? Tour d’horizon des solutions de financement.
LE GRAND RETOUR DU "REVERSE FACTORING"
Comment allonger ses délais de paiement vis-à-vis de son fournisseur sans se brouiller à vie ? Grâce au "reverse factoring" ou affacturage inversé. Il permet d’augmenter vos délais de paiement (dans les limites fixées par la LME). Et peut séduire votre fournisseur. Si, par exemple, il finance son besoin en fonds de roulement à 3% l’an et vous à 1%, il pourra escompter au bout d’une dizaine de jours la créance qu’il a sur vous, et ce, auprès de votre banque, à vos conditions. Pour votre fournisseur, le coût du reverse factoring sera largement compensé par le bénéfice d’être payé en 10 jours au lieu de 60. L’opération n’est donc intéressante que s’il existe un écart de coût de financement important entre le client et le fournisseur, à la faveur du premier.
REVOYEZ VOS RENTRÉES
Optimisez votre chiffre d’affaires, en analysant la pertinence de votre grille tarifaire, en supprimant certaines remises non justifiées ou en privilégiant les anciens clients bons payeurs par rapport aux nouveaux clients plus incertains. "Il faut privilégier les clients, non seulement en fonction des prix qu’ils acceptent de payer, mais aussi de leurs conditions de règlement", remarque Stanislas de Marcé, le directeur financier d’Arc International.
AUDITEZ SÉRIEUSEMENT TOUTES VOS CHARGES
Combien de contrats signés il y a plusieurs années n’ont jamais été renégociés ? Êtes-vous si sûr d’avoir toujours besoin de la même surface de bureaux ou que leur valeur locative n’a pas baissé ? Vos abonnements téléphoniques ont-ils bénéficié de l’arrivée de l’opérateur Free sur le marché ? Les prestations prévues dans le contrat avec votre mutuelle sont-elles vraiment utilisées par vos salariés ? Avez-vous fait le plein des exonérations de charges auxquelles vous avez droit ? Autant d’interrogations qui méritent un audit serré, car sous vos pieds se cache un important mais méconnu gisement d’économies.
ATTAQUEZ-VOUS À VOTRE BFR
Le "crédit management" est l’action prioritaire que vous pouvez mener. Suivez vos comptes clients au mieux en relançant le recouvrement des factures avant échéance. Ils représentent la plus grosse partie de votre bilan et de votre besoin en fonds de roulement (BFR). "S’ils paient à 60 jours, c’est 20% de votre chiffre d’affaires immobilisés", rappelle Lilian Genevet, le directeur financier dans les transports et administrateur de l’Afte. Alors, allez voir vos meilleurs clients, expliquez-leur votre situation et demandez-leur, en bons partenaires, de payer à temps. Dans le même temps, essayez de… rallonger vos factures fournisseurs! Sachez que le délai de paiement réel des entreprises françaises a dépassé les 40 jours, soit six semaines. Si vous êtes en deçà, c’est que vous avez de la marge. Si vous voulez encore tirer sur la corde en allant à la limite légale de 60 jours, vous pouvez le faire, sans trop de dégâts, en ayant recours à l’affacturage inversé [lire l’encadré]. Réduisez vos stocks. Débarrassez-vous de vos invendus par des "opérations coup de poing". Ne craignez pas de réduire vos gammes et le nombre de vos références à celles qui font le plus gros chiffre d’affaires, sans mettre en péril votre activité. "Ce sera ainsi l’occasion de mener un audit complet de votre offre", explique Stanislas de Marcé, "en ne perdant pas de vue que la conception de la chaîne de production et de la chaîne logistique est la clé pour la consommation de trésorerie."
LE CRÉDIT-BAIL, ATTRACTIF MAIS PAS MAGIQUE
Propriétaire ou locataire ? That is the question, qui marche avec tout : les machines, les voitures de fonction, les usines et les bureaux. Le premier immobilise du cash, le second le libère, mais le dépense. Le crédit-bail consiste à vendre un bien, immobilier ou mobilier, à une société financière pour dégager du cash, tout en continuant à l’occuper ou à l’utiliser. L’important est donc de savoir à quoi va servir la trésorerie ainsi dégagée. Votre société va-t-elle investir le cash dégagé pour décrocher de nouveaux clients et accélérer sa croissance ? C’est jouable. Mais si l’argent vient financer l’allongement du crédit client, l’accumulation d’invendus ou simplement des pertes d’une exploitation mal gérée : attention, danger ! Outre la question de l’utilisation des fonds, mieux vaut l’envisager quand on bénéficie soi-même d’excellentes conditions de financement ou lorsque l’on a un bien dont la qualité intrinsèque est telle qu’il ne manquera pas de sociétés financières pour l’acquérir.
GARDEZ LE CASH ET FAITES-LE REMONTER !
Au siège, limitez au maximum les sorties de cash, en différant les dépenses qui ne menacent pas l’exploitation immédiate : publicité, événementiel, activités de conseil sur des questions non stratégiques et investissements de développement qui peuvent être décalés de quelques mois. Si vous n’avez pas d’actionnaire minoritaire dans vos filiales à l’étranger, faites remonter les dividendes. "Pour les filiales en Chine," explique Stanislas de Marcé, "vous pouvez rapatrier la trésorerie à travers une "stand by letter of credit" [lettre de crédit stand by, ndlr]. C’est alors la filiale française de la banque chinoise qui vous avancera les fonds."
CÉDEZ VOS ACTIFS CIRCULANTS
Autre solution : céder certains actifs. Il peut s’agir de vos créances clients. Soit une par une, par une opération d’affacturage, soit tout un groupe de factures, par une opération dite de "titrisation". "En ces temps de restriction, beaucoup d’entreprises le font", souligne Stanislas de Marcé. Le coût de ces opérations dépend du chiffre d’affaires cédé, du nombre de clients/factures à gérer, de l’historique de paiements des clients, du risque lié au secteur d’activité et des conditions de financement de l’entreprise qui cède ses créances. "L’avantage est que vous les sortez de votre bilan et allégez votre besoin en fonds de roulement. Mais surtout, cela vous contraint à une gestion extrêmement fine de vos créances clients, estime Philippe Messager, président de l’Afte et directeur financements-trésorerie d’EDF. Cependant, compte tenu des coûts fixes importants, plus lesmontants cédés sont faibles, plus cela coûte cher", poursuit-il. D’autant, ajoute Hélène Guessant, que "l’affacturage est lourd à mettre en place en termes de système d’information. Outre la commission d’affacturage et de financements, il recèle beaucoup de coûts cachés à négocier (frais annexes, niveau du fonds de garantie…)." En tout cas, pour votre banquier, c’est bien mieux qu’un crédit : c’est un moyen d’empocher de bonnes commissions sans prendre de vrais risques !

PENSEZ AU CRÉDIT-BAIL MOBILIER ET IMMOBILIER
Il n’est pas indispensable de posséder des machines, des voitures de fonction et même des bureaux, qui immobilisent du cash au détriment de votre activité. Le recours au crédit-bail par cession de ces actifs à une société financière, et reprise immédiate en location avec un bail longue durée renouvelable, peut vous permettre de vous procurer des liquidités, tout en adaptant les loyers mensuels aux variations saisonnières de vos ventes. Sachez que cette technique de location longue durée ne s’applique pas seulement au hardware : vous pouvez désormais louer les logiciels que vous utilisez, en fonction de votre consommation réelle, via les nouvelles offres "SaaS" (software as a service).Mais gare aux fausses bonnes idées. D’autant, rappelle Hélène Guessant, "que si vous êtes soumis aux normes IFRS [International financial reporting standards, ndlr], la déconsolidation comptable du lease-back est aujourd’hui plus complexe à mettre en œuvre et donc moins attractive."
VOTRE BANQUIER FAIT LA SOURDE OREILLE? NÉGOCIEZ !
Si votre banquier a une fâcheuse tendance à dénoncer des lignes de crédit non confirmées deux mois avant échéance, ou encore s’il double, l’air de rien, le coût de vos découverts, ne croyez pas que "face à son banquier, on ne peut rien" ! N’oubliez pas que lui aussi cherche à augmenter son chiffre d’affaires sur le "side business" : virements, chèques, fameuses opérations de "gestion de flux" qu’il a démultipliées car elles sont pour lui très rémunératrices. En clair, si, au lieu de diversifier vos banques tous azimuts pour maximiser les lignes de crédit à court terme, comme vous l’avez fait depuis dix ans, vous vous recentrez sur une ou deux banques, vous pourrez obtenir de celles-ci des conditions financières avantageuses.
MAIS NE COMPTEZ PAS TROP SUR… LES AUTRES !
Lors de la crise de 2008-2009, de nombreux dispositifs ont été mis en place pour venir au secours des entreprises qui traversent un trou d’air : Oséo, le médiateur du crédit, le Medef et les Medef territoriaux, les chambres de commerce et d’industrie, la chambre des métiers, l’UPA pour les artisans, la CGPME. La mobilisation fut générale.
Seulement voilà, trois ans après, tout ceci s’est dégonflé comme un soufflé. "Il y a eu beaucoup d’effets d’annonces et d’agitation, estime aujourd’hui Philippe Messager. Mais en vérité, on a très peu avancé en matière de solutions innovantes réellement efficaces." Par conséquent, pour maximiser votre trésorerie, comptez d’abord sur vous !









