Précaution n'est pas raison
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Il ne s'agit pas ici de remettre en cause le principe de précaution. Il est légitime et indispensable pour ne pas agir aveuglément. Le problème, c'est que ce garde-fou est devenu, au fil des ans, le seul critère pour évaluer l'intérêt d'une technologie. Avec ce prisme déformant, on voit tout simplement le mal partout.
Dans le doute, interdis ! Voilà la nouvelle loi qui semble régir nos choix technologiques en France. Après les gaz de schiste, ce sont les phtalates et autres parabènes qui sont menacés d'ostracisme. Brandissant le principe de précaution à hue et à dia, les députés ont adopté une proposition de loi visant à interdire l'usage des ces composés chimique : en bloc et sans discernement. Sans même s'interroger sur leur utilité. Les phtalates, par exemple, entrent dans la composition de milliers de produits, du tuyau d'arrosage au poche de sang.
Avec ce nouveau coup d'éclat de nos élus, c’est le principe de précaution qui est mis en question. Il est presque devenu un dogme depuis son inscription dans notre constitution en 2005. Et comme tous les dogmes, appliqués à la lettre et sans esprit, il ne permet pas de prendre des décisions équilibrées. Il semble disqualifier, de fait, tout autre critère de jugement ou de discernement dès lors que l'on parle nouvelles technologies ou de production industrielle. Dans le cas des gaz de schiste, il a été poussé à son paroxysme puisqu'il a permis d'interdire jusqu'à la recherche même de cette ressource dans le sous-sol français.
Entendons-nous bien. Il ne s'agit pas ici de remettre en cause le principe de précaution. Il est légitime et indispensable pour ne pas agir aveuglément. Le problème, c'est que ce garde-fou est devenu, au fil des ans, le seul critère pour évaluer l'intérêt d'une technologie. Un état de fait qui nous amène à les jauger seulement à l'aune des risques en laissant de côté les éventuels bénéfices. Avec ce prisme déformant, on voit tout simplement le mal partout.
En fait, au principe de précaution, il manque un contre-pouvoir. Puisqu'il n'est plus interdit d'interdire, si l'on ne veut pas faire de la précaution un diktat, il faudrait imposer des devoirs à ce principe. Nous pourrions, par exemple, imaginer que tout rejet d'une technologie oblige l'Etat à accompagner l'émergence de produits ou de techniques de substitution. Dans le cas des gaz de schiste, les élus ne pourraient pas geler l'exploration sans fixer les conditions qui permettraient de lever cette interdiction. En l'espèce : ils pourraient exiger l'utilisation ou la mise au point de technologie moins polluante. En somme, pour nous libérer du principe de précaution, il faudrait lui adjoindre un principe d'innovation.

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