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Poutine et nous

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3255
Pierre-Olivier Rouaud
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Le pouvoir entend bien garder la haute main sur tout ce qui est important en Russie. Sans partage.

Dans une Europe où l'inconnu domine, on a depuis peu une quasi-certitude. Dès l'an prochain et pour six ans au moins, le « nouveau » maître de la Russie sera... Vladimir Poutine. Lors du congrès du parti Russie Unie, le week-end dernier, Dimitri Medvedev, 46 ans, président en exercice l'a avoué : il ne se représentera pas à la présidentielle de mars 2012. Et a appelé de ses voeux la candidature de Vladimir Poutine, 58 ans, son Premier ministre (qui a bien sûr accepté). Ultrapopulaire auprès d'une majorité de Russes, ce dernier est quasi certain de l'emporter. Après son passage à la primature, il aura même le « droit » à deux mandats et pourrait refaire acte de candidature en 2018. Au passage, Dimitri Medvedev a reconnu que les deux dirigeants s'étaient accordés sur ce scénario dès l'élection de 2008. Le signe que le numéro digne d'un mauvais polar entre le « bon flic » Medvedev (le moderniste) et le « mauvais flic » Poutine (l'ex-colonel du KGB) n'était qu'une illusion. Les enseignements de cette future succession sont multiples. Mais le plus important va de soi : Vladimir Poutine revenu au Kremlin c'est le signal clair que le pouvoir gardera la haute main sur tout ce qui est important en Russie. Sans partage.

Ainsi, ces derniers mois Mikhaïl Prokhorov, milliardaire et ex-patron de Norilsk, a voulu se hausser du col et créer une force politique. Cet oligarque soudain soucieux d'indépendance (relative) a été stoppé net par le pouvoir. On se souvient aussi de la mise à l'écart, voilà un an, de Iouri Loujkov, maire de Moscou. Ce pilier du régime, fort corrompu, avait eu le tort de vouloir opposer Poutine et Medvedev. Tout cela n'est pas près de changer, au grand dam des réformistes. Pour les investisseurs internationaux, souvent légitimistes, au moins le cadre est clair. Pour les relations de la Russie et de l'Union européenne, il en va de même, pas forcément en bien. Il y a les différends politiques sur le Caucase, les droits de l'homme ou l'ingérence (Lybie...). En matière économique aussi, malgré les belles paroles et la progression continue des échanges des tensions subsistent sur les conditions d'un traité de libre-échange, la candidature de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et bien sûr l'énergie, sujet majeur. Bruxelles reproche ainsi à Moscou de ne pas s'engager sur des règles de transparence (charte de l'énergie). La Russie bataille contre la politique européenne « discriminatoire ». Et elle privilégie des accords sur mesure, entraînant dans ses projets énergétiques l'Allemagne, l'Italie ou la France, tout en méprisant le projet de gazoduc européen Nabucco. Cela non plus, ce n'est pas près de changer. Encore moins avec une Allemagne avide de gaz naturel car dénucléarisée.

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