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Pourquoi il n'y a pas 500 000 emplois menacés chez les industriels énergivores

Par Camille Chandès - Publié le
Métallurige - Siemens
© D.R.

Plus techniquement, on les appelle les industriels électro intensifs, ceux dont la compétitivité dépend beaucoup du prix de l'électricité. Enjeu de la campagne présidentielle, la sortie du nucléaire se transforme en une bataille de chiffres autour des emplois menacés chez ces industriels. Décryptage.

Une sortie du nucléaire en France menace-t-elle les emplois d'autres industries ? Oui, sans l'ombre d'un doute, selon Henri Proglio. Le patron d'EDF a estimé dans une interview au Parisien parue le 9 novembre que 500 000 emplois seraient menacés dans les entreprises électro-intensives, très gourmandes en énergie, actuellement localisées en France. Le risque ? Des délocalisations en série en raison de la hausse du prix de l'électricité engendrée par une sortie du nucléaire et l'apport d'énergies fossiles ou renouvelables censées être plus coûteuses.

Selon EDF, ce chiffre serait issu de son département prospectif interne. A quelle échéance ? Avec quel scénario ? Mystère. D'autant que l'Union des industries utilisatrices d'énergie (Uniden), qui représente les principaux concernés, ne s'aventure pas sur le terrain des chiffres.

Cependant à regarder les effectifs des grands secteurs industriels (hors transports), dont des pans entiers ne sont pas électro-intensifs, le chiffre de 500 000 emplois menacés semble difficile à atteindre. En voyant large un peu moins de 233 000 emplois seraient concernés avec 171 500 emplois dans la chimie (UIC chiffres 2011), 15 270 dans le papier-carton (Rapport développement durable 2010 de Copacel), 31 500 dans l'acier (FFA, chiffres 2006), 9500 dans le monde (Constellium) et 4892 dans le ciment (Infociments, chiffre 2010) et encore quelques milliers dans la production d'aluminium.

Pas de délocalisation pour toutes les productions

Certes, le prix de l'électricité est clé pour les électro-intensifs. Mais la question de l'augmentation des tarifs se posera de toute façon, sortie du nucléaire ou pas. Selon une étude récente de l'Union française de l'électricité (UFE), le prix de l'électricité augmenterait de 33% d'ici 2030 même dans un scénario à 70% nucléaire (hausse de 50% pour un scénario 50% de nucléaire).

Par ailleurs, toutes les productions des électro-intensifs ne sont pas vraiment délocalisables. Premier exemple, le chlore, dont le principal débouché est le PVC utilisé dans le BTP. Si l'électrolyse, qui permet d'obtenir le chlore à partir du mélange de sel et d'eau, pèse jusqu'à 45 % du coût de revient, la question de la sécurité reste primordiale. Les importations de chlore ne sont pas envisageables : le produit est transformé à l'endroit où il est fabriqué. Si délocalisation il y a, ce sera celle de toute la filière (de la production de chlore aux produits finis).

De son côté, le ciment ne se transporte pas par voie terrestre à plus de 200 kilomètres de son lieu de production pour des raisons économiques (très lourd, donc couteux). Et en plus, il se stocke mal. Le ciment est donc voué à rester une production locale à moins que la demande s'effondre, ce qui est nullement lié aux tarifs de l'électricité.

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4 réactions

Camille Chandès | 14/11/2011 - 17H22

Merci pour vos commentaires qui prouvent que le nucléaire et la compétitivité de l’industrie française ne laissent pas indifférents !

@JPP : Il est indiscutable que toute hausse du prix de l’énergie en France constitue une perte de compétitivité pour les industriels, quels qu’ils soient. Mais l’argument d’une énergie nucléaire pas chère est aujourd’hui contesté. Le démantèlement des anciennes centrales et la construction de réacteurs de troisième génération (type EPR) pourraient faire grimper la facture.

@jean1 : Concernant les produits chlorés, le risque de délocalisation de l’ensemble de la filière, comme il est écrit dans l’article, n’est en effet pas à écarter à long terme. En particulier pour les polymères chlorés. Le Moyen-Orient, région riche en hydrocarbures où les capacités de production pétrochimiques explosent, pourrait produire à moindre coût ce type de substances. Mais la compétitivité prix n’est pas le seul facteur pour conserver une industrie en France. Aujourd’hui, le PVC représente l’un des principaux débouchés du chlore. Pour peu qu’une place de choix soit faite aux plastiques hautes performances comme les PVDF et les PVDC, le chlore a encore de beaux jours devant lui en France.

@Aboula : Pierre Les délocalisations et les exportations de ciment existent mais elles ne devraient pas constituer le modèle économique dominant. Il est vrai que le transport maritime du ciment se pratique depuis longtemps. Son temps de stockage reste relativement court et ce matériau est très sensible à l’humidité, limitant de fait le séjour en mer. Si les zones côtières sont davantage propices au transport par voie d’eau du ciment, et aussi du clinker (l’un des principaux constituants du ciment), l’utilisation du ciment à proximité de son lieu de production devrait rester dominante.

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JPP | 11/11/2011 - 10H56

Quels que soient les chiffres, Henri Proglio a raison, car il n'y a pas que les électrointensifs. Perdre l'avantage compétitif du kwh nucléaire ne serait-il pas plus destructeur d'emplois que toute autre considération ?

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jean1 | 11/11/2011 - 09H35

Le commentaire de votre journaliste est une grossière erreur car dans ce c'est toute la filière jusqu'au PVC qui sera délocalisée, donc beaucoup d'emplois.

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Aboula Pierre | 10/11/2011 - 22H49

Intéressant article, mais faux en ce qui concerne le dernier paragraphe ! Qui sait encore que le ciment utilisé pour la construction du canal de Suez (cherchez la date) et des principaux ports de la Méditerranée provenait d'une cimenterie sur le bord du Rhône (07 Le Teil)? Actuellement, faire traverser la Méditerranée à une tonne de ciment (Turquie / Marseille) coûte le même prix que le camion sur 200 km d'autoroute en France, Il faut bien sûr des infracstrutures portuaires adaptées. Mais rassurez vous, celles-ci se préparent ou existent tout au long du litoral Français.

L'industrie "nationnale n° 1" Grecque est le ciment qui utlise les vracquiers de leurs armateurs.Donc le ciment peut être "délocalisé" sans problème. Une cimenterie fait vivre environ 150 employés, mais indirectement fait vivre 1000 à 1500 personnes, et verse une fortune en impots et taxes à la ville et à la région ...

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