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Pourquoi EdF doit revoir sa maintenance

Ludovic Dupin

Publié le

Le taux d'utilisation des centrales françaises est tombé à seulement 78 %. Les problèmes de maintenance prolongent les arrêts de réacteurs. Bien que ces opérations soient largement sous-traitées, c'est à EdF de réagir.

- L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est une entité administrative indépendante. Elle élabore la réglementation et contrôle son application, notamment sur le parc nucléaire d'EdF. - L'Institut de radio-protection et de sûreté nucléaire(IRSN) est un établissement public industriel et commercial autonome. Expert technique dans les domaines des risques nucléaires et radiologiques, il appuie le travail des autorités compétentes comme l'ASN. - 9 300 salariés chez EdF et 20 000 chez les prestataires. - Six acteurs réalisent 70 % de la maintenance nucléaire en France : Alstom, Areva, Bouygues, Suez, Vinci et Onet. - 82 % des salariés prestataires disposent d'un CDI, 10 % d'un CDD, 8 % sont des intérimaires. La performance des 58 réacteurs français en baisse - Production En 2008 : 418,5 TWh. En 2009 : 390 TWh. (- 6,8 %) - Taux d'utilisation 83,6 % en 2006, 80,2 % en 2007, 79,2 % en 2008, 78 % en 2009. Ce taux s'élève à 90 % en Belgique et à 85 % au Japon. Les investissements dans la maintenance stagnent - 2 milliards d'euros par an, dont 1,5 milliard pour les prestataires. - EdF doit investir 400 millions d'euros par réacteur pour espérer prolonger leur durée de vie. La majeure partie des opérations de maintenance s'effectue une fois le réacteur nucléaire à l'arrêt. Tous les douze à dix-huit mois, les tranches du parc hexagonal sont stoppées entre quatre et huit semaines. L'an dernier, 19 tranches ont subi un arrêt simple, afin de remplacer le combustible usé. Et 26 autres ont été soumises à une visite partielle. Outre le remplacement du combustible, il s'agit dans ce cas de nettoyer des équipements et de réaliser des contrôles non destructifs des installations. Enfin, six ont fait l'objet d'une visite décennale. Spécificité française, il s'agit d'un arrêt long de plus de deux mois, pendant lequel sont menés des contrôles avancés des éléments importants de l'îlot nucléaire (cuve, générateurs de vapeurs, enceinte de confinement...). A cette occasion, le bâti et de gros équipements sont mis aux normes ou remplacés. Ces trois types d'opérations sont réalisés sous surveillance de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), seule habilitée à autoriser le redémarrage d'un réacteur après son arrêt. . "Le parc nucléaire est de plus en plus confronté aux effets du vieillissement de gros matériels et à des non-qualités de maintenance. Ces situations imposent un rattrapage permanent, qui crée une pression supplémentaire."

Depuis mai 2009, le réacteur numéro deux de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) est à l'arrêt. A cette date, la doyenne des centrales françaises, construite en 1979, doit être rechargée en combustible. Une affaire de quelques semaines. Mais l'opération de routine tourne mal. Des fissures et des fuites sont détectées sur les trois générateurs de vapeur de l'îlot nucléaire. Après enquête, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) impose leur remplacement. Problème, EdF ne dispose pas de ces ensembles de 300 tonnes, qui doivent être commandés et construits. Une opération à 150 millions d'euros. EdF doit demander un délai d'un an à l'ASN. L'opération est alors planifiée pour 2011. Là où le bât blesse, c'est que des équipements du même type et du même âge installés dans des centrales en Suisse et aux Etats-Unis, mieux entretenues, n'ont pas connu de telles dégradations...

UNE DÉGRADATION DE LA SURVEILLANCE SUR LE TERRAIN

Cet incident n'est pas isolé. Le rapport 2009 de l'ASN, rendu public le mercredi 7 avril, souligne que ce défaut de maintenance a été repéré dans d'autres centrales. « Nous considérons qu'en 2009, EdF a eu des problèmes liés à la maintenance. Nous le traduisons comme un manque d'anticipation », affirme Guillaume Wack, le responsable de la direction des centrales nucléaires à l'ASN. Des observations corroborées par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui a lui aussi relevé des problèmes de qualité de la maintenance dans les centrales françaises. Dans son rapport 2008, paru fin 2009, l'IRSN écrit : « La hausse du nombre d'événements liés à la maintenance et en particulier les défauts de qualité [...], tendance déjà soulignée par l'IRSN pour 2007 et qui s'amplifie en 2008, sont le signe de dérives à surveiller. »

De son côté, l'inspecteur général d'EdF pour l'année 2009, le vice-amiral Jean Tandonnet, constate : « l'exploitant est trop peu présent auprès de sa machine, notamment pour la surveillance en continu ou la préparation des activités de maintenance. » Après des années de dégradation, le taux de disponibilité des centrales exploitées par EdF est tombé à 78 % en 2009. Mais, contrairement à une idée répandue, cela n'est pas dû à un recours massif à la sous-traitance, même si les prestataires réalisent environ 80 % des heures de travail de maintenance. Pour les experts, EdF est responsable, tout comme son principal prestataire, Areva. Le premier a trop optimisé sa maintenance au point de la fragiliser. Le second n'a pas su anticiper le trou de compétences apparu parmi le personnel de l'atome.

« Nous pointons une augmentation du nombre d'incidents lié à des activités de maintenance, mais nous ne l'attribuons pas aux sous-traitants », précise Pascal Quentin, l'adjoint au directeur de la sûreté des réacteurs à l'IRSN. « La maintenance et la sous-traitance sont imbriquées, mais il ne faut pas résumer les non-qualités de maintenance à la présence de sous-traitants », ajoute Guillaume Wack. Longtemps, les équipes de maintenance ont été mélangées. « Aujourd'hui, avec les contrats de performance, chacun connaît mieux ses responsabilités. Les couleurs de chaque entreprise étant plus visibles, cela donne peut-être l'impression d'un recours à plus de sous-traitance sur les sites », explique Bernard Grolleau, le directeur du développement durable chez Spie Nucléaire. « EdF n'a pas à maîtriser, jusqu'aux moindres détails, ses machines. Sa tâche est de conserver ses capacités techniques pour être exploitant », rappelle Guillaume Wack.

Selon EdF, le recours à la sous-traitance répond à un double besoin. L'électricien doit, d'une part, recourir à des compétences rares, par exemple en matière de contrôles non destructifs. Et de l'autre, il lui faut faire face à la saisonnalité de l'activité de maintenance, qui nécessite une main-d'oeuvre importante en un temps très court. « La compétence en matière méthodologique reste chez EdF et tient la route. C'est ce qui se fait de mieux au monde », observe Emilio Raimondo, secrétaire du Forum atomique français, l'association professionnelle rassemblant les entreprises et les organismes s'intéressant aux questions scientifiques et techniques dans le domaine nucléaire. Sur les chantiers, l'électricien a pour mission d'assurer une surveillance des opérations des prestataires, à travers des points d'arrêt et des points de contrôle.

« Ce qui est important, ce n'est pas la part d'EdF dans la maintenance. C'est la qualité de son travail de superviseur », résume Jacques Foos, professeur honoraire au Cnam, titulaire de la chaire rayonnements, isotopes et applications. Cependant, le rapport 2009 de l'ASN note « une dégradation de la surveillance sur le terrain ». Une défaillance d'autant plus grave qu'EdF est accusé de trop mettre en concurrence ses prestataires. Sous couvert d'anonymat, un sous-traitant assure qu'EdF « tire trop sur les prix. Le groupe a commencé sur des activités supports, mais il le fait désormais sur des domaines lourds, tel le génie civil. Cela devient difficile d'assurer une qualité de maintenance ». Martial Jorel, le directeur de la sûreté des réacteurs à l'IRSN, constate que « le groupe revoit sa politique de prestations. Mais les résultats ne sont toutefois pas encore là ».

Le directeur opérationnel de la division de production nucléaire d'EdF, Philippe Druelle, rappelle que l'IRSN ne met pas en cause la sûreté des centrales et que l'exploitant a lancé des actions dès 2005. EdF a ainsi cherché à fidéliser ses sous-traitants à travers des contrats pluriannuels, afin que leurs équipes soient formées sur le long terme. L'électricien a engagé un plan performance humaine. Il fournit une méthodologie de travail, tant aux salariés d'EdF qu'à ceux des prestataires, en vue d'améliorer la communication et l'organisation sur les chantiers. Il y avait urgence compte tenu de l'obsolescence du parc nucléaire. « Le vieillissement nécessite une surveillance qui peut faire apparaître certains besoins de maintenance ou de réparations », rappelle Thomas Chauveau, le président de Bouygues Construction services nucléaires.

UNE CONCURRENCE EXACERBÉE ENTRE EDF ET AREVA

Le parc nucléaire français est âgé, en moyenne, de 22 ans. Ce vieillissement relatif n'explique pas, à lui seul, la dégradation du taux d'utilisation des centrales. « Nous avons connu une longue période sans construction de centrale. Quand ce type de programme redémarre, il faut former de nouveaux opérateurs issus d'un pool global d'ingénieurs », rappelle Guy Chardon, le vice-président thermal products chez Alstom. Or, EdF est d'autant plus fragilisé qu'il doit faire face aux contraintes d'Areva, son premier fournisseur d'îlots nucléaires, dont dépendent la performance et la sécurité des centrales. Areva est engagé dans des chantiers nouveaux et difficiles en Finlande et en Chine, qui mobilisent une partie de ses ressources. Or le groupe d'Anne Lauvergeon doit assurer en même temps près de la moitié de l'activité de maintenance de ces îlots.

Le directeur des services nucléaires France chez Areva, Philippe Clergue, se veut rassurant : « Dans les métiers de la maintenance, Areva a accéléré ses recrutements en 2007, de manière à disposer de salariés opérationnels en 2010, après deux à trois chantiers en compagnonnage. Ainsi, 2010 correspond à la première année d'activités menées en parallèle : les remplacements de générateurs de vapeur sur le parc français et le montage des gros composants sur les EPR. » Areva procède à des remplacements programmés de générateurs de vapeur, mais le groupe devra aussi répondre à ceux exigés par l'ASN auprès d'EdF. Philippe Clergue est optimiste : «Areva a toujours aligné les ressources suffisantes pour la maintenance du parc. Etant le chaudiériste de référence, c'est pour nous une exigence absolue... »

La concurrence exacerbée entre Areva et EdF, notamment sur la troisième génération de réacteurs nucléaires comme l'EPR, ne dispense pas les deux champions tricolores de continuer de coopérer et d'investir pour que le parc de centrales existant en France redevienne une référence incontestable.

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