Pour valoriser les territoires
Par Arnaud Dumas, Aurélie Barbaux, SOLÈNE DAVESNE et OLIVIER COGNASSE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3183FORMATION Un appui méconnu aux entreprises
Pour soutenir l'activité économique de leur territoire, de plus en plus de régions n'hésitent pas à élargir leur champ de compétences. En 2009, pour éviter de perdre des emplois, elles ont lancé des plans anticrise... pour former les salariés pendant la baisse d'activité. « Ce qui n'est pas, a priori, dans nos attributions, remarque Steven Thénault, le directeur de la formation professionnelle pour la région Alsace. Si nous avons décidé d'intervenir, c'est parce que nous avons considéré qu'il y avait un espace non couvert. »
Les budgets formation gérés par les conseils régionaux sont normalement fléchés vers les de-mandeurs d'emploi et l'apprentissage. « Mais la richesse de notre région, c'est son tissu de PME, juge Patrick Cotrel, le président de la commission formation professionnelle des Pays de la Loire. Nous avons tout intérêt à le conserver et notre rôle, c'est de donner le coup de pouce nécessaire à la réalisation de projets. »
Conserver les compétences
Un coup de pouce bien utile pour les industriels. Comme ce fut le cas pour la Sovab, la filiale de Renault basée à Batilly (Meurthe-et-Moselle), qui assemble le nouveau Master. L'entreprise a bénéficié d'une enveloppe de 900 000 euros de la région Lorraine pour entretenir les compétences de ses salariés et s'assurer ainsi de conserver l'exclusivité de la production du véhicule utilitaire de Renault.
« Le rapport entre les financements recueillis et le travail accompli pour les obtenir est parfois disproportionné, nuance toutefois Vincent Gruau, le PDG de Majencia. Le conseil régional n'est pas vraiment proactif pour nous guider. » Pour ses trois sites industriels, le fabricant de mobilier de bureau a dû faire la tournée des financeurs. A Bressuire (Deux-Sèvres), il a obtenu 22 000 euros de la région Poitou-Charentes pour reconvertir l'activité de l'usine et former ses 20 salariés. A Noyon (Oise), il a recruté 16 personnes et les a mises à niveau pendant douze semaines grâce aux aides de la région Picardie, de Pôle emploi et d'un fonds de revitalisation du territoire. Enfin, à Guise (Aisne), il a bénéficié de 177 000 euros, dont 10 000 euros de la région Picardie, pour former 30 personnes pendant la sous-activité. « Mais il faut aller vers la région, y consacrer du temps et être très précis dans la présentation des dossiers administratifs », précise Cécile Fougeront, la DRH de Majencia.
Des aides complexes à obtenir
C'est même le principal écueil des aides régionales. Faute de structure RH, beaucoup de petites entreprises passent à côté de jolies sommes. Quelques régions cherchent des solutions pour leur faciliter l'accès. « Nous tentons de mettre en place un médiateur formation-emploi pour apporter un appui aux PME qui ne connaissent pas les réseaux d'aide », indique Laurent Lacour, le directeur de la formation professionnelle du Limousin. L'Alsace, de son côté, a créé un numéro de téléphone indigo pour orienter les entreprises. Un premier pas vers la simplification administrative... Arnaud Dumas
INNOVATIONDu sur-mesure volontariste
C'est fait, les copies sont rendues. A la demande de l'Europe, chaque région de France s'est pliée, en 2009, en collaboration avec les services de l'Etat, à l'exercice de la définition d'une Stratégie régionale d'Innovation (SRI), après avoir réalisé un état des lieux. A la clé, de l'argent du Fonds européen de développement régional (Feder). « Une fois notre SRI validée, l'Europe a débloqué un budget de 266 millions d'euros pour la période 2010-2013 afin de la mettre en oeuvre, notamment devenir incontournable en Europe dans le ferroviaire, la nutrition-santé-alimentation et le commerce du futur », explique Pierre de Saintignon, le vice-président (PS) du Nord - Pas-de-Calais.
Des approches différentes
Un sérieux coup de pouce pour une région dont le budget innovation, voté début 2008, s'élève à 242 millions d'euros sur quatre ans. L'investissement n'a pourtant rien d'obligatoire, l'innovation, la recherche et l'enseignement supérieur constituant une politique volontariste des régions. « Depuis 2004, toutes se sont pourtant emparées de cette problématique dans le cadre de leur mission de développement économique, puis, récemment, avec les stratégies régionales d'innovation demandées par Bruxelles. Si les chambres de commerce et d'industrie avaient été pertinentes sur le sujet de l'innovation, les régions n'auraient pas eu à s'en saisir », précise François Langlois, le délégué général de l'Association des régions de France. Toutes ont défini une politique et sont impliquées dans les pôles de compétitivité, mais avec des approches différentes.
« Certaines, comme l'Aquitaine, ont carrément tenu le stylo pour rédiger les dossiers de candidature à la labellisation des pôles en 2005 », raconte François Langlois. D'autres ont laissé la main aux grandes entreprises et aux organismes de recherche. De même, certaines ont créé des structures ad-hoc, comme la Maison de l'innovation en Picardie, un pôle centralisé de transfert de technologies avec Bretagne Valorisation ou une plate-forme de soutien à la création d'entreprise, comme « J'innove » en Nord-Pas de Calais. Certaines régions ont préféré garder ces missions en interne. Chacune a fait selon ses moyens. Quand le Nord - Pas de Calais concentre ses efforts sur l'accompagnement des entreprises, l'Aquitaine se permet, elle, d'investir massivement dans de grandes infrastructures de recherche, comme la Route des lasers et l'Institut supérieur d'optique. Cette région arrive en tête pour la dépense par habitant consacrée à l'innovation. Les autres suivent la tendance et en font un argument de campagne. « Si nous sommes réélus, nous allons financer 1 000 " volontaires innovation", des jeunes diplômés qui iront dynamiser l'innovation dans les PME locales », explique Pierre de Saintignon, de la région Nord-Pas-de-Calais. Une innovation en soi ! Aurélie Barbaux
ACTION ÉCONOMIQUE A la pointe du financement
Des PME à la trésorerie exsangue, des banquiers trop frileux pour leur faire crédit. Face à la crise, les régions ont dû revoir en urgence leurs dispositifs d'aides aux entreprises pour amortir les chocs. Et éviter les faillites en cascade. « Nous avons réorienté près de 30 % de nos aides directes aux entreprises sous forme d'avances remboursables, pour soutenir les trésoreries des PME », souligne Jean-Paul Denanot, le président (PS) du conseil régional du Limousin.
Toutes les régions disposaient déjà de dispositifs de garanties d'emprunts ou de soutien aux fonds propres. La plupart les ont renforcés. « Les régions ont un budget limité. Notre objectif est d'adapter au mieux les moyens aux besoins des entreprises. Pour être efficaces, nous devons être très réactifs », souligne Olivier Ritz, le responsable de développement économique de la région Bourgogne, qui a distribué 8 millions d'euros de prêts pendant la crise pour aider des entreprises fragilisées à financer leur cycle d'exploitation.
Reste un problème crucial pour les PME : le besoin en fonds propres. Pour y répondre, les régions développent également de nouveaux outils. L'Aquitaine devrait se doter dans les prochains jours d'un fonds de co-investissement, détenu à 100 % par la région. Une façon de remettre au goût du jour les sociétés de développement régional. Appelé Aqui-Invest, le fonds devra investir à 50 % avec des partenaires privés sur des dossiers limités à 1,5 million d'euros. Objectif : maintenir les centres de décision dans la région et éviter leur rachat par des fonds étrangers.
Un manque d'opérateurs de capital-risque
« C'est stratégique ! Il y a des trous dans la chaîne de financement. Pour certains types de dossiers, notamment les plus petits, nous manquons d'opérateurs de capital-risque sur le territoire », affirme Denis Balmont, le chargé de mission ingénierie financière de la région Aquitaine, qui a négocié pendant deux ans à Bruxelles pour obtenir le feu vert européen.
L'initiative fait des émules. Le Languedoc-Roussillon, l'Auvergne, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur réfléchissent à la mise en place d'un dispositif similaire. « Les régions cherchent à développer les dispositifs pour lesquels l'effet de levier est le plus important », souligne Denis Balmont.
De son côté, le Limousin réfléchit à un nouveau fonds d'épargne locale pour flécher les fonds vers les entreprises régionales. La Lorraine constitue un fonds de consolidation de 20 millions d'euros, qui réunirait entre autres Total, Arkema et le FSI, pour soutenir les entreprises industrielles malmenées par la chute d'activité. « Nous avons répondu dans l'urgence aux besoins de trésorerie. Maintenant, nous devons résoudre le problème du financement », souligne Jean-Yves Le Déaut, le vice-président (PS) en charge de l'économie. Ce sera tout l'enjeu de la prochaine mandature. SOLÈNE DAVESNE
TRANSPORTS Des situations très contrastées
S'il est un secteur industriel qui aime les régions, c'est bien celui du ferroviaire. Alstom et Bombardier viennent de gagner respectivement un appel d'offres de 7 milliards d'euros pour le futur express régional Regiolis et de 8 milliards d'euros pour les trains à deux étages Régio2N. Ces énormes commandes répondent aux besoins des régions qui ont repris la gestion des TER en 2002. Martin Malvy, le président (PS) de la région Midi-Pyrénées, rappelle que sans ces investissements « une partie du réseau aurait disparu ».
En Midi-Pyrénées, les infrastructu-res étaient si mal entretenues par RFF (Réseau Ferré de France) que les trains ne pouvaient rouler qu'à vitesse réduite sur certains tronçons. Des lignes étaient même me-nacées de fermeture. La région a emprunté 500 millions d'euros sur quarante ans « pour reconstruire le tiers du réseau ». L'Etat, RFF et l'Europe ont fini par y participer pour environ la moitié. Les résultats ne se sont pas fait attendre. La fréquentation a plus que doubler : de 5 à 12 millions de voyageurs entre 2002 et 2009. « Et dans moins d'une décennie, elle devrait atteindre les 20 millions », assure Martin Malvy.
Autre région souvent citée en exemple, l'Alsace qui a devancé tout le monde en expérimentant la décentralisation des TER dès 1997. André Reichardt, le président (UMP) du conseil régional, qui a succédé à Adrien Zeller, décédé l'été dernier, est plutôt satisfait des relations avec l'opérateur historique. Une convention d'exploitation (2010-2018) vient d'être signée avec la SNCF. « Nous avons doublé le nombre de trains depuis 1998. Et on nous demande de rouvrir des lignes en permanence », précise-t-il.
Des réseaux vieillissants et saturés
En revanche, les provençaux et les franciliens ont bien des raisons de se plaindre. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, les problèmes sont récurrents. Le réseau est vieillissant et totalement saturé et seuls 83,5 % de trains arrivent à l'heure, le plus mauvais résultat. En Ile-de-France, le gouvernement oppose au « plan de mobilisation » de la région son métro automatique destiné à relier les clusters du Grand Paris, un projet pharaonique critiqué de toutes parts. La région, qui a pris, seulement en 2006, les manettes du Syndicat des transports d'Ile-de-France, (Stif) veut donner la priorité aux infrastructures existantes, prolonger des lignes de RER, de métro et de tramway et développer les liaisons de banlieue à banlieue.
Les mauvais élèves ne doivent pas faire oublier les 6 milliards d'euros dépensés par les régions entre 2004 et 2009 pour les TER. La Cour des comptes s'en est émue, notant une amélioration de l'offre et du trafic (+ 27 %), mais critiquant un taux de remplissage de seulement 26 %. Selon la SNCF, c'est un chiffre qui ne veut pas dire grand-chose, car il est calculé sur l'ensemble d'une ligne. Martin Malvy défend l'idée que les TER sont « un service public ». OLIVIER COGNASSE

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