Katarzyna Chuda, 33ans, a mis au point pour Saint-Gobain recherche, avec son collègue
Benjamin Blanchard, un evêtement mural, capable de piéger les formaldéhydes.
© Raphaël Dautigny pour « l’Usine nouvelle »
Une toile de maître
"La vie de Nicolas de Staël est une belle histoire. Ce peintre d’origine russe, qui est venu vivre à Paris, a fait beaucoup de rencontres et a peint énormément", raconte-t-elle, souriante. De là à imaginer que Katarzyna Chuda, passionnée d’art, marche sur les traces du peintre et connaîtra elle aussi la réussite, il n’y a qu’un pas. Car de peinture, il en est beaucoup question dans le travail de cette jeune femme d’origine polonaise arrivée en France en 2001. A 33 ans, et en étroite collaboration avec son collègue Benjamin Blanchard (à gauche sur la photo), elle vient de mettre la touche finale à... une toile à peindre en fibre de verre, capable de piéger les formaldéhydes, des molécules nocives contenues dans l’air intérieur des bâtiments.
Son déclic
“J’ai voulu devenir chimiste
à 10 ans grâce à un reportage
que j’ai vu à la télé sur les grands
scientifiques russes et polonais.”
Soit le fruit de deux années de travail pour cette ingénieure enthousiaste de Saint-Gobain Recherche. La dépollution des intérieurs, c’est une problématique qui n’a rien d’abstrait. Les composés organiques volatils sont devenus en quelques années l’une des préoccupations majeures de l’Organisation mondiale de la santé. Comment une jeune femme née à Varsovie parvient-elle à s’imposer dans l’une des entreprises du CAC 40, sur un thème de recherche encore très peu répandu? Comme pour de nombreux artistes, sa vocation naît dès son plus jeune âge, elle l’a même vérifié en relisant son journal intime! Après cinq années d’études supérieures en chimie à l’université de Lublin (Pologne), elle gagne la France et décroche un mastère de l’Ecole nationale supérieure de chimie de Lille. Suivront trois années de thèse sur les polymères, toujours à Lille.
«Je l’ai fait entrer dans notre équipe en 2005, explique Catherine Langlais, la directrice générale de Saint-Gobain Recherche. J’ai tout de suite été marquée par son leadership. Elle est exigeante avec les autres et avec elle-même.» Katarzyna Chuda n’est pas du genre à faire de la figuration: quand elle parle, elle dégage une autorité naturelle.
BIENTÔT UN LABORATOIRE DE L’AIR INTÉRIEUR
Ses premiers travaux de recherche portent, notamment, sur le remplacement de charges abrasives toxiques et sur l’élaboration d’un verre antigivre. En 2007, Katarzyna intègre l’activité solutions textiles. Suite aux résultats d’une étude sur les attentes du marché concernant les matériaux de construction, la jeune ingénieure se lance dans la recherche de produits capables de réduire la pollution de l’air intérieur.
«Nous en avons conclu que l’absorption des formaldéhydes était la meilleure solution, précise Katarzyna Chuda. Nos travaux ont dès lors consisté à mettre au point un matériau poreux constitué d’une molécule organique de captage.» Un laboratoire dédié à la qualité de l’air intérieur devrait voir le jour en 2010. Comme Nicolas de Staël, Katarzyna pourrait très vite vouloir goûter à de nouvelles expériences. «Ses capacités de manager devraient lui ouvrir des possibilités en tant que responsable d’entité industrielle ou directrice R&D», pressent Catherine Langlais. L’oeuvre de Katarzyna Chuda est loin d’être achevée.
Olivier James
Les autres nominés
Romain Alleaume, Sequrenet
Jean-Gabriel Estève Madea Concept