POUR SIEMENS, LE NUCLÉAIRE ÉTAIT DEVENU UNE NICHE
Par LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3254Quand l'un des plus grands groupes industriels au monde tourne la page du nucléaire, c'est forcément un symbole fort. Six mois après la catastrophe de Fukushima, Siemens officialise sa sortie de l'atome. Cette décision était attendue depuis son refus de signer la lettre envoyée par des industriels allemands à la chancelière en 2010, pour réclamer l'allongement de la durée de vie des réacteurs nucléaires. On comprend mieux quand on sait que le nucléaire ne pèse que 1,5 milliard dans son chiffre d'affaires. En réalité, Siemens n'a jamais eu la main heureuse en matière d'atome civil. Sa dernière grande aventure reste la construction du réacteur EPR à Olkiluoto (Finlande), lancée en 2005 au côté d'Areva. Depuis, Siemens s'est retiré de la filiale franco-allemande Areva NP, déçu de son dialogue avec l'État français, actionnaire majoritaire de son partenaire... Un divorce qui lui a coûté 648 millions d'euros. Le PDG Peter Löscher a expliqué que Siemens allait se contenter de livrer des pièces génériques pour le nucléaire et les centrales thermiques. La seule véritable conséquence est la rupture des négociations avec Rosatom, l'Areva russe. Sans états d'âmes, Siemens tire les conséquences de la décision du gouvernement allemand de fermer toutes les centrales nucléaires du pays d'ici à 2022. Sans un marché nucléaire intérieur, il est difficile de porter des affaires à l'étranger.
Siemens compte sur les centrales à gaz, les lignes à haute tension et les énergies renouvelables, trois domaines dans lequel l'Allemagne va investir pour pallier la part d'électricité nucléaire appelée à disparaître. D'ici à 2020, le pays doit construire 10 GW de centrales à gaz, quelques centrales à charbon et faire passer la part des renouvelables dans son mix énergétique de 18 à 35 %. La véritable conséquence du retrait de Siemens concerne la France. À l'avenir, l'Hexagone concentrera le savoir atomique européen. Ses filières éoliennes et photovoltaïques auront bien du mal à prendre leur envol... à l'ombre de géants allemands passant à la vitesse supérieure.
C'est le chiffre d'affaires de Siemens dans le nucléaire. Le groupe réalise 3,5 milliards dans l'énergie dont 3 dans les renouvelables.











