le cofondateur d’esquad, pascal Montès, 42ans, a créé un mode
de tissage, qui rend la fibre des vêtements de moto indéchirable.
© Ulrich Lebeuf/Myop pour « l’Usine nouvelle »
Le textile dans la peau
Avoir 20 ans, il y a vingt ans, dans le Tarn, ouvrait à un jeune bachelier en biochimie une voie royale: la pharmacie. Pascal Montès se serait bien vu rejoindre les Laboratoires Pierre Fabre, et rester à Castres, sa ville natale... Après un passage en classe préparatoire scientifique, il opte finalement pour l’autre important secteur industriel du pays: le textile. «Le groupe Berlaine m’offrait la responsabilité du laboratoire de développement et des perspectives intéressantes», explique Pascal Montès, 42 ans, un accent du Sud-Ouest à couper à l’Opinel.
Son déclic
“Etre ingénieur correspond à un
degré d’excellence qui fait rêver.
Pour moi qui le suis devenu par
validation des acquis, c’est une
reconnaissance du travail consacré
à ma passion: le textile.”
De fait, le jeune textilien se retrouve rapidement à la tête de l’outil industriel de la PMI castraise. Tissage, filature, ennoblissement, confection… En quelques années, il effectue un apprentissage complet de toutes les techniques du métier. Il part ensuite chez Carreman, l’un des principaux groupes textiles de la région (ex-groupe Michel Thierry). Il y retrouve l’un de ses amis et ancien collègue, le directeur commercial
France, Pierre-Henri Servajean.
L’ARMALYTH COURONNÉE PRIX DE L’INNOVATION
Ce Bordelais a deux passions, la mode et la moto. Il regrette que les tenues de motard soient aussi peu «fashion».
«Dans la confection, de nouvelles fibres avaient permis de faire des vêtements de ville plus sport. J’étais sûr qu’on pouvait faire quelque chose dans les vêtements de moto», explique Pierre-Henri Servajean.
Pendant plusieurs années, les deux amis vont donc passer week-ends et temps libreàmettre au point une fibre indéchirable, pas une multicouche qui permet l’empilage de plusieurs matières pour profiter de leurs différentes propriétés, mais un nouveau mode de tissage. Pas question pour le chercheur d’utiliser l’outil industriel de son employeur. Il fait jouer son réseau de soustraitants partout en France pour mettre au point, pas à pas, son innovation.
Il reçoit aussi un coup de pouce déterminant d’
EADS, à Bordeaux, qui lui ouvre l’accès à des matériaux comme de la fibre carbone. Cette dernière va rentrer dans la composition de la fibre. En 2005, l’Armalyth est officiellement brevetée et couronnée du prix de l’innovation de l’année par Oséo. Dans la foulée, les deux associés qui vont franchir la quarantaine montent Esquad, concepteur d’articles vestimentaires pour la moto et plus largement la pratique des sports à risques. Pascal Montès, marié et père de deux grands enfants, fait valider ses acquis professionnels et devient… ingénieur. Le succès d’Esquad est fulgurant. Les écrans se régalent des images de ce Hummer de quatre tonnes suspendu à dix mètres du sol par une armature en jean en Armalyth ou par ce motard de l’équipe du cascadeur Rémy Julienne, traîné sur quinze mètres par une voiture, vêtu d’Esquad de pied en cap. La marque est rapidement présente dans 80points de vente en France et 120 à l’étranger.
A Castres, dans les locaux de l’entreprise, Pascal Montès continue ses recherches. Le champ d’application de la nouvelle architecture textile qu’ilamise au point est vaste. Mais avec un chiffre d’affaires encore inférieur à un million d’euros (900000), l’entreprise manque de moyens pour financer la R&D. Elle a brûlé le cash injecté à la création, déjà mené une première restructuration douloureuse et cherche d’urgence d’autres actionnaires. Les mois qui viennent seront déterminants pour l’avenir de l’entreprise et celui de Pascal Montès.
Sylvie Andreau
Les autres nominés
Maurice Berenger, Protip
Manuel Hidalgo, Arkema