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Pour l’industrie, passez par Bruxelles

Par Christophe Bys - Publié le
 

Ainsi, c’est décidé, les Français vont parler d’industrie. Enfin, a-t-on envie d’ajouter, un vrai débat avec des morceaux d’enjeux pour l’avenir dedans. Réjouissons-nous, ça n’arrive pas tous les jours. Reste que l’on peut débattre d’industrie de Marseille à Brest, en passant par Besançon et Clermont-Ferrand, les clés pour la compétitivité future de l’industrie sont aussi à Bruxelles.

En effet, les débats qui vont se tenir à travers toute la France, pour intéressants qu’ils soient, seront de peu d’effets à l’heure de la surévaluation de l’euro face au dollar et au yuan. Un euro à 1,50 dollar est un handicap certain pour tous les industriels qui veulent vendre au vaste monde. Que cette situation dure plusieurs mois, et tous les efforts qui seront faits à côté pénaliseront l’industrie européenne, et notamment les producteurs française.

La création de monnaie unique a eu un effet stabilisateur pour tous les exportateurs qui exercent leur commerce dans la zone euro. C’est déjà ça de pris. Toutefois, au-delà de ce périmètre, les variations de taux de change au gré des déséquilibres de l’économie mondiale handicapent par ricochet l’industrie française, aussi innovante, brillante et astucieuse qu’elle puisse être. Réduire les cotisations sociales, stimuler le crédit, ou favoriser la création d’entreprises innovantes sera de peu d’effet avec un taux de change surévalué.

N’oublions pas non plus que les velléités de politique industrielle « à la française » devront passer sous les fourches caudines du droit de la concurrence européen. Les articles 85 et 86 du Traité de Rome sont d’une très grande clarté. Les pères fondateurs de l’Europe ont fait le choix de créer un espace économique homogène, ce qui requérait des conditions de concurrence non faussée. D’où une très grande vigilance de la Commission européenne sur les aides publiques et la constitution de monopoles réputés capter une rente. La politique de la concurrence européenne protège le consommateur des abus des cartels. C’est sa raison d’être. Microsoft et quelques autres en savent quelque chose...

A l’heure de la mondialisation, il serait vain de vouloir restaurer une politique industrielle franco française. N’oublions pas que les grands succès qu’on aime évoquer avec nostalgie ont été réalisés dans le cadre d’une économie fermée, où l’économie française connaissait l’inflation, et où la compétitivité était rétablie à coups de dévaluations à répétition. On peut regretter ce monde là. Il n’est plus. Plutôt que d’imaginer le futur en regardant dans le passé, parions plutôt sur la constitution de pôles d’excellence européens, favorisons les échanges de bonnes pratiques d’un pays à l’autre et rassemblons nos forces pour développer l’industrie de demain.

A l’heure des difficultés, le risque est grand de voir chacun en Europe promouvoir son pré carré. Avec une telle politique, les gains des uns sont les pertes d’autres, de sorte qu’à l’échelle du continent le bilan est nul. A l’inverse, la constitution d’une industrie européenne est nécessaire pour faire face aux géants des Etats-Unis, de Chine ou du Japon. Commençons par convaincre nos partenaires de la nécessité d’avoir une politique de change dont l’objectif est certes de combattre l’inflation, mais sans handicaper les exportateurs.

A l’heure où les Français débattront d’industrie, n’oublions pas que nous sommes aussi européens. Faute de quoi, les Etats généraux de l’industrie risquent de ressembler à un machin où "tout le monde saute sur son siège comme un cabri en criant l’industrie, l’industrie, l’industrie", une occasion ratée de plus d’agir enfin.

Christophe Bys

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