Avec les premières indemnisations, le débat sur le nombre de victimes du Mediator bat son plein. Après que L’Usine Nouvelle a donné la parole à Lucy Vincent, directrice des opérations extérieures de Servier, Irène Frachon, la lanceuse d’alerte de l’affaire Mediator, a souhaité lui répondre.
Lanceuse d’alerte dans l’affaire Mediator, la pneumologue Irène Frachon a souhaité répondre aux propos tenus par Lucy Vincent, directrice des opérations extérieures de Servier, dans notre article publié mardi. Cette dernière estimait qu’environ 25% seulement des 8 000 demandes d’indemnisation déposées devant l’Oniam ou les tribunaux civils par des victimes présumées du Mediator pourraient être jugées recevables par les experts. "Lucy Vincent semble oser conclure que le nombre de victimes du Mediator reconnues aujourd'hui serait modeste, et s'en réjouir, estime Irène Frachon. Cherche-t-elle à nous expliquer que 2 000 victimes, c’est négligeable ? Combien faut-il à Servier de milliers de victimes pour reconnaître qu’il y a un problème ?"
2 000 victimes vivantes… sans compter les décédées?
Selon Irène Frachon, ces victimes s’ajouteraient donc aux 500 à 2 000 décès évalués par la Cnam (selon un méthodologie contestée par le laboratoire Servier, mais confirmés par une étude de l'Inserm), qui auraient eu lieu durant la commercialisation de ce médicament, de 1976 à 2009. Les dossiers déposés devant l’Oniam proviendraient en effet majoritairement de victimes récentes du Mediator, les familles de personnes décédées ayant peu fait cette démarche. "Beaucoup de victimes d'aujourd'hui ont consommé du Mediator après la période 1997-2000, c'est-à-dire après que la communauté scientifique a alerté de la dangerosité du produit, liée à l'apparition dans le sang d'un poison pour le cœur appelé norfenfluramine, affirme la pmeumologue. 2 000 victimes que Servier pouvait épargner."
Car malgré le retrait du marché du Mediator en 2009, le laboratoire Servier a tardé à reconnaître un lien entre les valvulopathies développées par les patients et la prise du Mediator. Comme dans ce communiqué, publié le 4 juin 2010, qui précisait : "à ce jour aucun lien de causalité direct et certain n'a été démontré entre la prise du médicament et les anomalies valvulaires".
Pas d’indemnisation en dehors de l’Oniam
Désormais, le laboratoire souhaite insister sur le fait qu’il a commencé à indemniser certaines victimes reconnues par l’Oniam. Et que la justice suit son cours sur le plan pénal. Un terrain sur lequel il a regagné des points, avec notamment l’intervention de la juge Prévost-Desprez, qui avait estimé en mai qu’"il ne saurait être imposé à aucun juge (...) un dossier tronqué au motif que la justice doit passer vite et donc dans n'importe quelles conditions" et annoncé le report du procès du Mediator à décembre. Mais, selon Irène Frachon, la tendance ne serait pas la même sur le plan civil. "Il y a actuellement beaucoup d’expertises qui ont conclu, devant les tribunaux civils, à un lien formel chez des patients qui ont développé des valvulopathies très graves et qui ont été opérés", affirme-t-elle. Mais aucun d'entre eux, à ce jour, n'a reçu la moindre proposition d’indemnisation. Qui parle de "ralentir le traitement des cas réels" ?
Pour la pneumologue, citée comme témoin par les parties civiles dans les différentes instructions en cours, il y aurait aussi plusieurs milliers de victimes moins graves de ce médicament. "Sur 2 000 personnes exposées au Mediator, une souffre d'une valvulopathie grave selon une étude de la Cnam (étude primée par une société savante internationale), et 300 (15%) vont présenter une valvulopathie débutante causée par le médicament après seulement un an d'exposition, selon les données de l’étude Regulate du laboratoire Servier, calcule-t-elle. Sachant que cinq millions de Français ont été exposés au Mediator, faites vos comptes...." L’affaire n’est pas prête de se pacifier…









