Pour indemniser le chômage partiel, Renault compte sur ses salariés

Le 03 décembre 2008 par Redaction L'Usine Nouvelle
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Un accord de 1986 a été réactivé, qui prévoit un prélèvement de 0,15% sur les salaires durant deux mois et un financement par l'entreprise. En outre, trois syndicats ont signé un accord permettant aux salariés de donner un jour de congé par solidarité, ab

Renault a annoncé la réactivation d'un accord d'indemnisation du chômage partiel datant de 1986, qui porte sur la création d'un fonds de solidarité destiné à améliorer la rémunération des jours chômés. Le fonds, alimenté pour moitié par un prélèvement obligatoire de 0,15% sur tous les salaires de novembre et décembre et pour l'autre moitié par l'entreprise, permet d'augmenter de 10% l'indemnisation des salariés au chômage partiel. Compte tenu des 50% d'indemnisation légale, cela porte l'indemnisation à 60% du salaire brut.

Salariés, à votre bon coeur

En sus, les syndicats ont proposé la création d'un fonds spécial basé sur le volontariat des salariés, qui ont la possibilité de donner jusqu'au 15 janvier un jour de congé ou de RTT, l'entreprise abondant l'équivalent en salaire de 110%. Cet accord a été signé par la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC.

Au total, ces mesures devraient permettre d'indemniser le chômage partiel à hauteur de 75% environ du salaire net, contre 60% pour le minimum légal. Le système est rétroactif et remonte jusqu'au mois de septembre.

La CFDT se félicite de l'accord mais demande néanmoins au comité exécutif de faire preuve lui aussi de « solidarité financière envers les personnels ». Le syndicat, qui proposait initialement de porter les prélèvements à 0,38% en les étalant sur une année, ce qui équivaudrait à une journée de travail, aurait préféré donner la possibilité aux salariés de choisir entre ce prélèvement et l'abandon d'une journée de congé. « Nous proposions ainsi de donner un caractère obligatoire à la solidarité afin de rendre le dispositif pérenne et d'éviter d'être tributaire de la générosité, qui a ses limites » explique Fred Dijoux, délégué central CFDT. Malgré tout, le syndicat table sur un succès du fonds spécial, qui ne pourra être alimenté que par des personnes non touchées par les mesures de chômage partiel. Autrement dit surtout des cadres, dont une journée de salaire rapporte davantage. D'après Fred Dijoux, le fonds spécial devrait permettre de maintenir 75% des salaires jusqu'à la fin du premier trimestre 2009.

La solidarité oui, mais pas pour les actionnaires 

La CGT, majoritaire dans l'entreprise, et FO n'ont pas signé l'accord. La CGT, qui estime que compenser l'intégralité du chômage partiel reviendrait environ à 84 millions d'euros pour l'entreprise,  proposait de puiser dans la cagnotte des dividendes versés aux actionnaires, rappelant que Carlos Ghosn a réaffirmé il y a quelques jours qu'il tiendrait tous ses engagements pris à leur égard. « Les dividendes sur l'exercice 2008 vont représenter près de 1 milliard d'euros, déplore Fabien Gâche, délégué central CGT. Il est scandaleux dans ces conditions d'en appeler à la solidarité des salariés. Il s'agit d'une injustice flagrante, et beaucoup de salariés sont écœurés. » Ainsi n'abandonnera-t-il pas lui-même de jour, mais en appelle plutôt à la mobilisation. Il regrette par ailleurs que cet accord dresse les collaborateurs les uns contre les autres, en pointant du doigt les salariés qui ne chôment pas.  

La CGT rappelle également qu'avant 1986, l'accord de 1958 indemnisait quasiment à 100% le chômage partiel grâce à un fonds alimenté par les bénéfices de l'entreprise. C'est après les difficultés financières de 1985 que cet accord avait été dénoncé, Renault ne pouvant plus financer cette caisse. Or, aujourd'hui Renault est bénéficiaire. Au premier semestre 2008, le résultat d'exploitation s'élevait à 845 millions d'euros, contre 689 millions d'euros au 1er semestre 2007.

L'appel de la CGT pour une autre organisation du travail

« Le fait est que cette année Renault a vendu plus de véhicules qu'en 2007, argumente Fabien Gâche. Et que le chômage technique n'est pas une fatalité. » La réduction des stocks ? « Sur certains modèles, les délais sont au contraire de plus en plus longs. Quand bien même il faudrait diminuer l'activité de certains sites, il existe d'autres moyens. Par exemple en puisant dans le stock d'heures de formation non effectuées, ou en réduisant l'intensification du travail qui a eu les conséquences que l'on connaît au Technocentre. Nous proposons de revoir l'organisation du travail. A Sandouville, par exemple, alors que l'usine fermera une semaine, le temps de travail va augmenter de 27 minutes durant les jours travaillés et on augmente les cadences de production ! »

Malheureusement le chômage partiel semble la solution la moins coûteuse pour les constructeurs. Reste à savoir de quelle manière la situation pourrait évoluer en fonction des mesures du plan de relance qui seront annoncées jeudi 4 décembre par Nicolas Sarkozy, dont certaines devraient porter sur le chômage partiel.

Raphaële Karayan


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