Pour gagner plus, partez à l'étranger
Le 26 novembre 2009 par Arnaud Dumas | L'Usine Nouvelle n° 3171Pas d'augmentation pour les jeunes ingénieurs ! Les salaires ont tendance à stagner en France. Pour booster leur rémunération, certains d'entre eux n'hésitent pas à commencer leur parcours à l'international.
L'envolée des salaires pour les ingénieurs et les managers semblent s'être définitivement arrêtée. Selon l'enquête exclusive réalisée par le cabinet Hewitt pour « L'Usine Nouvelle », en 2008, l'augmentation des salaires des jeunes diplômés des écoles d'ingénieurs plafonnait à 1,4 %, et celle des écoles de commerce s'échelonnait entre 1,9 et 3,8 %. La tendance reste la même cette année. Les jeunes commerciaux continuent de bénéficier des plus belles évolutions de salaire, avec 2,7 % de hausse, contre seulement 1,9 % pour les ingénieurs. Une situation qui peut cependant varier en fonction des établissements. « Pour la promotion 2008, nos étudiants n'ont eu aucun problème pour trouver un emploi, en revanche, les rémunérations se sont resserrées. Il n'y a eu aucune progression par rapport aux années précédentes, confie Jean-Guy Bernard, le directeur de l'Ecole de management de Normandie. Nous n'avons pas encore d'indicateurs pour les jeunes diplômés de cette année, mais nous pensons que le tassement des salaires va se poursuivre. » Au contraire, à HEI, l'école lilloise, la rémunération des ingénieurs en sortie d'école a progressé de près de 1 000 euros en 2008. « Le salaire moyen a ainsi atteint 32 611 euros hors primes pour la dernière promotion », se réjouit Jean-Marc Idoux, le directeur de l'école. Il reste néanmoins prudent pour cette année, notamment du fait des nouvelles du secteur du BTP, qui recrute en général un quart de la promotion d'HEI. « Certains DRH m'ont dit geler les recrutements, d'autres au contraire doivent continuer pour assurer leurs futurs contrats », note, perplexe, le directeur de l'école. Ses étudiants ont cependant adopté une stratégie payante : ils sont partis chercher une meilleure rémunération hors de France. « Nous avons vu le nombre de premiers postes à l'international exploser, s'étonne Jean-Marc Idoux. Le taux de départ à l'étranger est passé de 12 % à 19 %. » Avec une jolie somme à la clé : le salaire moyen des diplômés expatriés dépasse les 43 000 euros. « Les ingénieurs globe-trotters connaissent beaucoup moins la crise, reconnaît Bern Terrel, le directeur industrie, R et D et ingénierie du cabinet Hudson. Mais, souvent, pour aller à l'international, il faut d'abord avoir une première expérience, soit en stage soit en VIE (Volontariat international en entreprise). ». Des marchés sont mêmes friands des ingénieurs français. L'Allemagne, où la pénurie d'ingénieurs est criante, n'hésite pas à proposer aux jeunes diplômés des salaires jusqu'à 20 % plus élevés qu'en France.
Une expatriation croissante
Les étudiants ne s'y trompent pas. Selon l'enquête annuelle de la Conférence des grandes écoles (CGE), la part de jeunes diplômés choisissant un premier poste à l'étranger n'a cessé d'augmenter ces dernières années. Seuls 10 % de la promotion 2002 s'était expatriés, contre 15,3 % de la promotion 2008. Avec un salaire moyen de 36 110 euros hors primes à l'étranger, un jeune diplômé d'école d'ingénieurs ou de commerce touche près de 4 000 euros de plus qu'en France, soit un bénéfice de 12 %. En incluant les primes, le bénéfice moyen atteint 17,5 %. De quoi donner à réfléchir... D'autant que les jeunes ingénieurs sont particulièrement bien lotis. Leur salaire moyen hors de France s'établit à 36 250 euros, contre « seulement » 35 920 euros pour les diplômés des écoles de commerce.
Un poste à l'étranger est
un accélérateur de carrière
L'appât du gain n'est toutefois pas seul en cause. « Un poste à l'international est une expérience valorisée et un accélérateur de carrière », affirme Bern Terrel. Recruté chez Cartier Horlogerie, dans les montagnes suisses, Thomas Hoff, jeune ingénieur diplômé en 2007, n'a pas eu l'oeil rivé sur sa fiche de paye. « C'est le poste qui m'intéressait, et la façon dont Cartier me l'a présenté », insiste-t-il. D'abord gestionnaire logistique d'une ligne de produits de gamme, il est passé chef de projet logistique sur les nouvelles montres un an après son embauche. « C'est encore plus intéressant car je travaille sur les nouveaux produits », s'enthousiasme-t-il. Tenant à la confidentialité, il ne dévoile pas le montant de son salaire d'embauche. « Mais c'était largement au-dessus des salaires français », confie-t-il. D'autant que, travaillant près de la frontière, il continue d'habiter en France.











