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Pour éviter la friche, L'Arbre Vert a pris racine

Par CAMILLE CHANDÈS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3260

Ce producteur d'engrais a réussi à reconvertir un site centenaire classé Seveso seuil haut en un site moderne fabriquant des produits d'entretien écologiques. Rendez-vous à Poitiers.

Michel Leuthy a tenté un pari un peu fou. Celui de reconvertir un site centenaire de production d'engrais tombant en désuétude en un site moderne fabriquant des produits d'entretien... écologiques. « Je veux que l'usine ressemble à un hôpital », répète en boucle le PDG de Novamex, propriétaire de la marque L'Arbre Vert. À parcourir les bâtiments impeccables et bien entretenus, difficile d'imaginer que le sol était en terre battue il y a dix ans. Sur le site de Quadripack (filiale de Novamex) situé à Saint-Benoît, près de Poitiers (Vienne), on fabrique aujourd'hui des lessives, des nettoyants ménagers mais aussi des gels douche, des shampoings et bientôt des crèmes et des démaquillants adoubés par l'Ecolobabel européen. Ça n'a pas toujours été le cas.

L'usine de production d'engrais de Saint-Gobain construite en 1907, dont il n'en reste aujourd'hui que l'imposante cheminée, est passée de mains en mains. À peu près tout ce que la chimie compte de plus « appétissant » - aérosols, insecticides, conditionnement du pesticide DDT - y a été fabriqué.

En 2000, Michel Leuthy, patron de Novamex, une PME spécialisée dans les produits de jardin, reprend le site alors en liquidation judiciaire. Ce choix peut surprendre. Pourquoi acquérir un site industriel vieillissant et ne pas construire une nouvelle usine ? « Refuser de laisser une usine devenir une friche industrielle est une des raisons qui nous a poussés à nous implanter sur le site de Saint-Benoît », répond Bruno Carnevali, le directeur général de Novamex.

À partir de là, les dirigeants travailleront à moderniser, transformer et sécuriser l'usine de fabrication de produits d'entretien. Un élément sera scrupuleusement préservé : la marque L'Arbre Vert, créée en 1993 par le précédent propriétaire du site. Ce dernier s'était lancé dans la commercialisation d'un aérosol propulsé à l'air libre, produit d'entretien se voulant écologique, qui ne trouvera pas de marché à l'époque. « C'était un peu tôt peut-être, précise Michel Leuthy. Il n'y avait pas d'attente du consommateur sur ce type de produits. Quand nous sommes arrivés sur le marché avec nos allégations environnementales et ce nom très évocateur, nous avons été bien accueillis par la grande distribution. » Le changement peut suivre son cours.

Investissements massifs

 

Le chimiste de formation, qui a fait ses classes chez Degrémont (filiale de Suez Environnement) dans la décontamination d'eau dans les zones de guerre, investit massivement pour façonner une usine moderne de fabrication de produits respectueux de l'environnement. Depuis la reprise du site en 2000, 9 millions d'euros ont été injectés. Son aménagement et la productivité des 16 lignes de production ont été améliorés. En 2010, 2 millions d'euros ont été investis. Un montant important pour une PME qui réalise un chiffre d'affaires de 24,3 millions d'euros. Ainsi l'an dernier, les investissements ont porté sur la mise en place de deux chaînes de production automatisées, la réfection totale du bâtiment les accueillant, l'aménagement d'un atelier pour les produits cosmétiques, celui d'un laboratoire de contrôle mais aussi celui... des vestiaires, douches et toilettes. Michel Leuthy veut ce qui se fait de mieux. À l'image de ce petit robot conçu par la PME vendéenne Unista qui retourne les bidons de lessive vides et les place dans la bonne position pour être remplis. Par ailleurs, 5 % du chiffre d'affaires sont réinvestis dans la recherche et le développement.

Autre chantier : la formation des 60 salariés repris au moment du rachat. Les techniques chimiques restant sensiblement les mêmes, la montée en compétence porte sur les bonnes pratiques en matière d'hygiène et de sécurité. Le site est certifié ISO 14 001 en mars 2008. Novamex s'attelle aussi à sa dépollution, d'autant qu'il jouxte une rivière, le Clain. Celui-ci est confiné. En raison du lourd passé des lieux, les eaux souterraines sont analysées chaque trimestre depuis 2002 afin de vérifier que les taux de métaux lourds, d'hydrocarbures aromatiques polycycliques ou des pesticides chlorés et azotés sont en dessous des normes.

Pour Novamex, la reconversion est une réussite. Le site était classé Seveso seuil haut depuis 1986 en raison du stockage de substances dangereuses, de comburants et de gaz inflammables liquéfiés nécessaires à la fabrication des engrais et des aérosols. Le changement d'activité a permis son déclassement en seuil bas en 2009, année où Quadripack arrête la production d'aérosols et d'engrais. Le site est désormais en passe de devenir une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) soumise à autorisation.

Et la demande des consommateurs suit. En 2010, plus de 94 % des activités en volume concernent des produits d'entretien écologiques et le chiffre d'affaires de l'Arbre Vert a été multiplié par quinze en sept ans. De quoi rassurer sur la possibilité de redonner une seconde jeunesse à des sites a priori sans avenir.

LES TROIS VERTUS DE LA DÉMARCHE

Faire revivre d'anciennes installations industrielles Les vieilles usines peuvent se révéler intéressantes par leur taille. Avec ses 12 hectares dont 34 000 mètres carrés couverts, le site de Quadripack offrait de nombreuses possibilités d'extension. Préserver l'emploi Au moment de sa liquidation judiciaire, le site comptait une soixantaine de salariés, après avoir connu quatre plans sociaux avec le précédent propriétaire. Ils sont désormais 74, recrutés essentiellement dans le Grand Poitiers. Bénéficier d'une bonne image La création d'un fleuron des produits d'entretien écologique a ravi les collectivités locales. Ce développement s'inscrit en effet dans la politique de croissance verte de la région Poitou-Charentes. L'entreprise a ainsi reçu en 2010 une aide de 49 000 euros du conseil régional au titre de l'innovation verte.

Michel Leuthy, PDG de Novamex, propriétaire de la marque L'Arbre Vert

« Nous avons investi près de 9 millions d'euros depuis la reprise du site de Saint-Benoît en 2000. Rien qu'en 2010, nous avons déboursé 2 millions d'euros. »

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