Pour Alain Rousset, "les investissements d'avenir, c'est la pêche au carrelet"
Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Le responsable industrie de l'équipe de campagne du PS, Alain Rousset, critique l'absence de stratégie industrielle de l'Etat. Il remet en cause également une action trop centralisé qui ne donne pas assez de place aux Régions.
Alain Rousset s'exprimait hier à Paris lors d'une réunion organisée au QG de campagne du PS pour évaluer la politique industrielle de la majorité actuelle et développer la vision du candidat Hollande. En substance, le responsable industrie de l'équipe de campagne de François Hollande dénonce "l'incapacité intellectuelle de l'Etat à émettre une stratégie industrielle pour le pays depuis dix ans".
Il fustige également la "stratégie des coups de téléphone où Nicolas Sarkozy joue le rôle de pompier là où il peut". Quelques heures avant, en marge d'un déplacement chez Alstom, le président de la République déclarait qu'il allait discuter avec la direction d'Arcelor Mittal pour éviter une fermeture définitive de Florange.
Selon Alain Rousset, ce n'est pas ce dont le pays a besoin, car la politique industrielle c'est "anticiper, diversifier et innover". "Si on ne fait pas cela, il y aura d'autres fermetures de sites." En contre-exemple, il rappelle le plan robotique et la stratégie biotech menée par le président Barack Obama aux Etats-Unis.
Sur l'outil d'anticipation et d'innovation de l'Etat, les Investissements d'avenir, (ex-grand emprunt) il se montre aussi très critique. "Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de bons projets qui remontent mais il n'y a pas de cohérence, on a l'impression que le gouvernement a lancé des filets, avec plus de 250 appels à manifestation d'intêret et attend que cela remonte, c'est un peu comme la pêche au carrelet que l'on pratique dans ma région la gironde."
Pas de politique indutrielle sans immersion
Alain Rousset pense que la stratégie des secteurs sur lesquels la France mise n'a pas été clairement définie et que l'exécution est trop centralisée. "En plus c'est un sacré mille-feuille, on nous a dit donnez-nous des Idex, des Labex, des Equipex. On a monté des IEED, des IRT, des SATT, il y a déjà des pôles de compétitivité. Personne n'y comprend plus rien."
Le responsable industrie de l'équipe Hollande se demande s'il n'y a pas "un jeu de bonto, derrière tout cela". Selon lui les universités perdent en crédit structurel ce qu'elle rattrape avec les labos ou équipements d'excellence (Labex et Idex). Le FSI souffre d'après lui d'une trop grande centralisation à Paris même s'il considère que c'est une bonne idée, quoique "sous-financée".
Pour Alain Rousset, il faut définir de grands axes nationaux et donner aux régions la main car on ne fait pas de politique industrielle si on n'est pas immergé dans le monde des entreprises. "Hors notre pays souffre de ne pas savoir faire grandir ses ETI .Si on ne tient pas le tissu des ETI, alors la France continuera de désindustrialiser."
Le gouvernement, a récemment décidé de créer le FSI région pour que les tickets d'entrée les moins importants passent par des guichets uniques en région. La procédure des Investissements d'Avenir est très centralisée, elle passe par huit grands opérateurs, mais la décision finale appartient à Matignon.
Elle a été conçue de cette manière pour ne pas se transformer en outil d'aménagement du territoire mais s'assurer de la sélection des meilleurs projets. Entre un contrôle étroit pour une bonne gestion des deniers publics et un système qui étouffe les initiatives et les ETI régionales, la voie est étroite.

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