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Politiser l'industrie, mais pas trop

Par LAURENT GUEZ, Directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3256

L'industrie est au coeur du débat de 2012. Les choses changent. Tant mieux ! Mais gare à ne pas transformer l'industrie en enjeu électoraliste et ses difficultés en champ de bataille politicien.

Autant que la compétition présidentielle, le spectre du chômage explique l'intérêt croissant des politiques pour les usines. Ne nous plaignons pas de cette sollicitude zélée qui met l'industrie au coeur du débat de 2012. À gauche ? La primaire organisée par les socialistes lui fait la part belle. Au cours de leurs échanges télévisés, les six candidats à la candidature sont au moins tombés d'accord sur un point : il ne faut en aucun cas renoncer au « made in France » ni aux emplois qu'il génère. Bien sûr, d'Arnaud Montebourg à Manuel Valls, chacun a sa méthode pour réindustrialiser le pays, mais l'objectif fait figure de programme commun. Au centre, c'est encore plus flagrant. Pour François Bayrou, le « produire en France » constitue, avec l'éducation, l'un des deux piliers de son programme. À droite ? Les proches de Nicolas Sarkozy commencent eux aussi à battre la campagne industrielle. Les ministres, François Fillon et le chef de l'État lui-même font la tournée des sites. Comme la semaine dernière, dans l'Oise, où le Président, accompagné de Nathalie Kosciusko-Morizet, a visité une raffinerie « verte » de Sofiproteol et rappelé que son devoir était « d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés, aux cadres lancés dans la compétition internationale »... plutôt qu'aux profs, en grève ce jour-là ! À l'extrême droite, enfin. Marine Le Pen s'est emparée du sujet et elle promet la création de 500 000 emplois industriels en cinq ans, grâce au retour des droits de douane...

D'une certaine manière, cette « hyperpolitisation » rend sa noblesse à un secteur qui s'était résigné au désintérêt et au mépris. Les choses changent. Tant mieux ! Les grandes nations industrielles, avec leurs taux de croissance survitaminés et leurs milliards d'excédents commerciaux, font rêver citoyens, salariés, consommateurs, élus locaux, prétendants à l'Élysée...

Mais gare à ne pas transformer l'industrie en enjeu électoraliste et ses difficultés en champ de bataille politicien. Pour symbolique qu'elle soit, la fermeture - provisoire, selon ArcelorMittal - du haut-fourneau de Florange nécessite-t-elle l'intervention des plus hautes instances de l'État ? L'arrêt de la raffinerie de Berre-l'Étang, ô combien prévisible, mérite-t-il les appels solennels au Premier ministre lancés par les ténors socialistes ? Une fermeture est souvent due à une chute durable de la demande ou de la compétitivité. Et ça, la mobilisation tardive des politiques n'y peut rien.

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