Pôles de compétitivité : les chaises musicales
Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3193Très attendu, le Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (Ciadt) a labellisé six nouveaux pôles de compétitivité, retiré le label à six autres et dessiné les contours des deux premiers interpôles.
Ce ne fut pas le grand soir des pôles de compétitivité ! Le Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (Ciadt), qui s'est tenu le 11 mai, a même plutôt conforté le rôle de ces structures lancées en 2005 par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Lors de cette réunion, qui aurait dû se tenir initialement le 19 décembre, le gouvernement a annoncé qu'il prolongeait le dispositif jusqu'en 2012. Il a aussi entériné la délabellisation de six pôles et a validé la création de six pôles dédiés aux écotechnologies.
Les six pôles, qui n'ont pas réussi à atteindre les objectifs fixés dans leur feuille de route, ne sont toutefois pas abandonnés à leur sort. Tous sont assurés d'un financement pour l'année 2010. Le pôle stéphanois Sporaltec pourra postuler au dispositif de grappes d'entreprises lancé par le ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire, Michel Mercier, et dont les 42 premiers bénéficiaires viennent d'être dévoilés (lire « L'Usine Nouvelle » du 12 mai). Une prochaine sélection est prévue en juin. Le pôle Enfant des Pays de la Loire est invité, lui, à se transformer en Institut européen de l'enfant. Il pourra postuler pour devenir une grappe d'entreprises. Quant au pôle auvergnat Innoviandes, il deviendrait le Centre national des produits carnés. En Aquitaine, le pôle Prod'Innov est encouragé à se rapprocher des pôles Cancer-Bio-Santé et Agrimip Innovation installés en Midi-Pyrénées.
Contrat de performance pour les rescapés
Les membres de l'ex-pôle Génie civil éco-construction des Pays de la Loire pourront faire financer leurs projets de recherche et développement en répondant aux appels à projets lancés dans le cadre du grand emprunt. Laboratoires et entreprises pourront également bénéficier des soutiens de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et de l'Agence nationale de la recherche (ANR). Dernier déchu, le pôle Mobilité et transports avancés (MTA), implanté en Poitou-Charentes, avait anticipé l'annonce du Ciadt en opérant un rapprochement avec le pôle automobile normand Mov'eo.
Parmi les sept autres pôles en sursis dont le label a été renouvelé, le pôle Nucléaire Bourgogne revient de loin et ne devrait son salut qu'à l'intervention d'un membre influent du gouvernement. Ce pôle, comme les six autres rescapés (Aquimer, Maud, Novalog, Pass, Qu@li-Méditerranée et S2E2), devra signer avec l'Etat et les collectivités territoriales concernées un contrat de performance. Il s'engagera sur des objectifs et des indicateurs : cartographie des compétences, définition des besoins de formation, aide au financement des PME, ouverture à l'international, autofinancement d'au moins 50 % de leur budget...
Six élus pour le label écotechnologies
Ce Ciadt était aussi très attendu par les 19 candidats au label pôle de compétitivité écotechnologies. Seuls six d'entre eux l'ont décroché. Au lendemain du Ciadt, ils se sont vus confirmer leur sélection de vive voix par Christian Estrosi, le ministre de l'Industrie, Michel Mercier, le ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire, et Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie.
Il faudra donc maintenant compter avec trois nouveaux pôles Eau, dont l'un à vocation mondiale, qui couvre les régions Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Ce dernier devra coordonner un second pôle, à cheval sur la Lorraine et sur l'Alsace (baptisé Gestion des eaux continentales) et un troisième, Dream (Durabilité de la ressource en eau, énergie renouvelable et milieux naturels), installé en région Centre.
La région Alsace décroche, elle, un troisième pôle avec Energivie, consacré à l'efficacité énergétique des bâtiments. Le Nord-Pas-de-Calais un septième, avec Team2, qui se consacrera à la valorisation des déchets. Enfin, pour la capture et le stockage de CO2, c'est en Aquitaine, avec le pôle Avenia, qu'il faudra aller. Consacrée à la gestion du sous-sol, Avenia s'intéressera aussi au stockage de l'énergie et à la géothermie profonde.
Charte de coordination pour les interpôles
Avant de décrocher le label écotechnologies, tous ces pôles fonctionnaient déjà. « Dans les cartons de Team2, qui existe depuis quatre ans, nous avons une quinzaine de projets, qui vont de l'étude de la valorisation de sédiments dans les rivières au recyclage de plastiques composites utilisés dans l'automobile », explique Christian Traisnel, le directeur du Centre expert pour l'émergence des écotechnologies (Cd2e) du Nord-Pas-de-Calais. « Le pôle existe depuis 2006. Nous n'avons pas attendu le label pour fédérer 120 entreprises, dont Total et GdF Suez, l'Institut français du pétrole (IFP) et de nombreuses PME, autour des problématiques du sous-sol. Mais c'est la région qui finançait les projets », explique Jacques Jacob, le directeur de l'établissement de l'IFP à Pau (Pyrénées-Atlantiques) et président du pôle Avenia.
Pour autant, la liste des nouveaux pôles n'est peut-être pas close. Un septième dossier écotech, Medee (Maîtrise énergétique des entraînements électriques), affecté à Lille, a retenu l'attention du Ciadt, mais il nécessitera un examen complémentaire. Quant aux dossiers présentés par plusieurs pôles, comme Ecotechs Rhône-Alpes, autour de Grenoble, et Solutions durables pour villes côtières en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ils se sont vus décerner les premiers titres interpôles. « Cela nous permet d'anticiper sur la prochaine génération de pôles, quand il faudra davantage additionner les forces », prévient Christian Estrosi. « Ces interpôles devront présenter des projets de recherche en commun et valider leur engagement dans une charte de coordination », précise de son côté Michel Mercier.
Redéploiment des crédits existants
Le Ciadt a décidé de prolonger jusqu'en 2012 le dispositif des pôles, mais sans augmenter l'enveloppe du Fonds unique interministériel (FUI), fixée à 1,5 milliard d'euros pour la période 2009-2011. « Toutes les dépenses nouvelles [liées au Ciadt] seront financées soit par redéploiement de crédits existants, soit par le grand emprunt », a prévenu le Premier ministre François Fillon. Dans la loi de finances rectificative pour 2010, une enveloppe de 500 millions d'euros est prévue pour les pôles de compétitivité.
Luc Rousseau, le directeur général des entreprises à Bercy, précise que « 300 millions d'euros sont destinés à financer des projets de recherche et développement d'envergure nationale et 200 millions d'euros de nouvelles plates-formes technologiques. Mais cette fois, sur des projets plus ambitieux que ceux présentés lors du premier appel à projets ». Sur les 35 projets de plates-formes technologiques présélectionnés lors du premier appel à projets, seule une quinzaine aboutirait. Six dossiers sont déjà bien engagés. Quand au second appel à projets de plates-formes collaboratives, lancé en mars dernier, « on en saura plus en septembre ». On attendra donc.











