POITIERS-LIMOGES SUR DE MAUVAIS RAILS
Par THIERRY THOMAS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3233
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Le Limousin, qui veut se désenclaver grâce au projet de ligne à grande vitesse, mécontente ses voisins... Et fait sauter les clivages politiques au passage.
La ligne à grande vitesse (LGV) Poitiers-Limoges restera-t-elle en pointillé sur la carte de France ? Les deux principales agglomérations concernées, Limoges (Haute-Vienne) et Brive (Corrèze), votent pour, de même que Poitiers (Vienne). Les régions et les départements sont, eux, beaucoup plus partagés. Si les élus et les chefs d'entreprises du Limousin la réclament, la région Poitou-Charentes s'y oppose. Le conseil général de la Vienne botte en touche. Le président de la SNCF, Guillaume Pépy, explique dans un récent entretien à l'Express qu'« on ne peut imaginer un droit de chaque ville au TGV en France. En revanche, il y a un droit au transport collectif. Je milite pour que le développement des lignes à grande vitesse ne se fasse pas au détriment des lignes existantes. » Il n'en fallait pas plus pour jeter le doute sur l'opportunité de réaliser la LGV Poitiers-Limoges.
Intérêts très divergents
L'idée de cette LGV est née en 2002... après l'abandon, du projet de modernisation de la ligne traditionnelle Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (Polt) par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Le prédécesseur à Matignon, Lionel Jospin, avait donné son accord à un train pendulaire sur la ligne Polt, l'itinéraire le plus direct entre Paris et Limoges. Après l'alternance, exit le projet, car « coûteux et sans matériel adapté sur le marché », selon Dominique Bussereau, l'ancien secrétaire d'État aux Transports. L'intervention décisive de Bernadette Chirac, élue de Corrèze, a conduit Réseau ferré de France (RFF) à étudier la réalisation d'un barreau Poitiers-Limoges venant se greffer sur la future LGV Sud Europe Atlantique Tours-Poitiers-Bordeaux. Le projet prévoit la construction d'une ligne nouvelle de 115 km sur un parcours de 125 km. Limoges serait à 2 heures de Paris - au lieu de 3 heures - et Brive-la-Gaillarde à moins de 3 heures de la capitale.
Nombre d'associations s'opposent au projet. Elles avaient réussi, l'an dernier, à en faire l'un des thèmes de la campagne des élections régionales en Limousin. Rien de tel, cette année, à l'occasion des élections cantonales. Sur le terrain et sur le web, les opposants continuent de se faire entendre. Les milieux économiques se mobilisent eux aussi, mais au côté des élus limousins. « Il faut désenclaver le Limousin pour que la région puisse se développer. Les patrons sont tous pour, je n'ai pas vu d'opposition », explique Philippe Guibert, président du Medef Limousin. L'Association de promotion du TGV Poitiers-Limoges-Brive rappelle, volontiers, que « la ligne Paris-Limoges-Toulouse a longtemps été, avec le train Capitole, la plus rapide de France. Cet exploit a donné une image très positive de notre région pendant de nombreuses années. Malheureusement, depuis plus de vingt ans notre territoire est isolé. »
Malgré les études en cours, la région Poitou-Charentes et le conseil général de la Vienne demandent, « la prise en compte de solutions alternatives ». La présidente (PS) de Poitou-Charentes, Ségolène Royal, martèle qu'elle ne mettra pas un sou dans ce projet. L'assemblée régionale a d'ailleurs voté une subvention « exceptionnelle » à une association anti-LGV. Le message est clair. Françoise Coutant, sa vice-présidente (Europe écologie-Les Verts) chargée des infrastructures, rappelle que la ligne TER existante « a été rénovée il y a un an pour 77 millions d'euros dont 14 pour la seule région Poitou-Charentes ». Le conseil régional suggère comme alternatives des TER directs à certaines heures, des omnibus à d'autres, voire l'utilisation du pendulaire. Claude Bertaud, président (UMP) du conseil général de la Vienne, demande, lui, à RFF d'étudier « les améliorations possibles sur l'actuelle ligne TER. »
Coup de grâce financier
Jean-Paul Denanot, le président (PS) de la région Limousin, recadre sa collègue de Poitou-Charentes. « On nous demande de faire rouler des TGV sur la ligne entre Limoges et Poitiers. La rectification des virages, l'adaptation de tous les ouvrages d'art et l'électrification de la ligne coûteraient plus cher que de réaliser une ligne nouvelle. Cette solution est d'autant moins bonne que la cohabitation entre TGV et TER sur la même voie ne serait pas favorable au transport régional et à la desserte fine du territoire », assure-t-il. N'y a-t-il pas d'autre alternative à la LGV Poitiers-Limoges ? Les 400 millions de travaux engagés par RFF d'ici 2016 sur la ligne traditionnelle Paris-Orléans-Limoges-Toulouse ne permettront aucun gain de temps. Pas plus que la suppression des passages à niveau annoncée depuis des années et qui tarde encore. L'objectif est juste « de pérenniser la ligne » explique-t-on à RFF.
Outre son coût, et son impact sur des paysages peu peuplés mais non moins remarquables, le barreau TGV Poitiers-Limoges mécontente les voisins du Limousin. Il apparaît comme un projet désastreux pour l'aménagement du territoire du sud de la région Centre, qui risque de devenir un cul-de-sac. « C'est la pire décision qui pouvait être prise pour notre territoire. Au nom de ce petit bout de ligne [entre Châteauroux (Indre) et Limoges] qui ne répond qu'imparfaitement aux attentes du Limousin, on a bloqué la modernisation de l''axe Paris-Limoges-Toulouse et condamné de fait cette ligne », tonne l'ancien ministre Michel Sapin, député de l'Indre et maire (PS) d'Argenton-sur-Creuse (Indre). Alain Rodet, maire (PS) de Limoges, rappelle, volontiers, que d'autres villes sont intéressées par le barreau Poitiers-Limoges : Brive (Corrèze), mais aussi un peu plus au sud, Cahors (Lot) et Périgueux (Dordogne). « Le chantier représentera 6 000 emplois directs », plaide le maire de Limoges.
Si le calendrier est respecté, cette année devrait voir le début de l'enquête d'utilité publique qui déterminera ou non la poursuite du projet. Alors que le coût n'est pas officiellement connu - les collectivités misent sur une dépense de l'ordre de 2 milliards d'euros - certains financeurs font déjà défaut. On voit mal le conseil régional de Poitou-Charentes mettre la main au portefeuille pour un chantier auquel il s'oppose. Claude Bertaud estime, lui, que « le département de la Vienne n'aura pas les moyens de financer ce programme ». Quoi qu'il en soit, les travaux ne débuteraient pas, au mieux, avant le milieu de la décennie. Autant dire que d'ici le premier coup de pioche, la raréfaction de l'argent public pourrait bien lui porter le coup de grâce. D'autant que selon les études menées par RFF, la rentabilité du barreau Poitiers-Limoges devrait atteindre 3,3 %, contre près de 6 % pour la future liaison Bordeaux-Toulouse. Poitiers-Limoges : le début de la fin du « tout TGV » ?
La LGV réduirait le temps moyen de parcours entre Limoges et Paris de 60 dfj minutes, en passant de 3 heures à 2 heures.

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