Plan d'urgence pour les intérimaires
Le 11 mars 2010 par Anne-Sophie Bellaiche | L'Usine Nouvelle n° 3183Face au fort taux de sinistralité qui touche les intérimaires, la Cnam met en oeuvre un plan d'action, qui vise les agences d'emploi comme les entreprises utilisatrices. En jeu : la sensibilisation au risque et au bon emploi des équipements de protection.
Jean-Pierre Lefèvre, contrôleur de sécurité à la Caisse régionale d'assurance maladie (Cram), fronce les sourcils. Sa cible du jour, une usine de déroulage de tôle de Seine-Maritime, qui transgresse les règles les plus élémentaires. Il a repéré une plieuse de métal sans pédales de sécurité. Pour la manoeuvrer, un jeune intérimaire, inconscient des risques de se faire emporter les doigts. « Nous lui avons demandé d'arrêter immédiatement son travail, ce qui n'a pas été une mince affaire car il ne voulait pas se faire mal voir du patron. » Faits aggravants, Jean-Pierre Lefèvre s'aperçoit après un petit interrogatoire que ce jeune a pris son service un quart d'heure plus tôt, n'a jamais travaillé en usine et n'a pas reçu la moindre consigne en matière de sécurité.
OBJECTIF : UNE BAISSE DE 15 % DES ACCIDENTS
Un recrutement mal calibré, une formation au poste bâclée, un travailleur en situation précaire, qui ne fait pas de vague dans l'espoir d'être embauché, le cocktail typique d'une situation propice à l'accident. Le cas est extrême, mais révélateur. Les chiffres de la branche AT-MP (accidents du travail-maladies professionnelles) démontrent que les intérimaires sont parmi les plus exposés. C'est pourquoi la Cnam a réagi en lançant un plan national d'action pour l'interim sur 2009-2012. « Notre objectif est de baisser la sinistralité de 15 % et nous avons entamé une démarche de sensibilisation tant des agences d'emploi que des entreprises utilisatrices », explique Marc Duchet, le chef de file national de l'opération.
L'enquête menée dans les agences montre qu'il reste beaucoup à faire. « Sur 100 dossiers d'accidents du travail, seuls 30 disposaient d'une en-quête formalisée », se désole Marc Duchet. Les agences d'interim ne sont pas seules en cause. Les entreprises clientes, sous le coup de l'urgence, ne sont pas toujours très disertes pour définir les qualifications exactes, les risques liés au poste ou les équipements de protection individuels (EPI) nécessaires. Les agences peuvent fournir ces EPI mais l'obligation de leur utilisation appartient à l'entreprise. Sylvain Delaunay, responsable régional chez Crit, confirme que les agences de son secteur disposent de chaussures de sécurité, « mais nous n'avons pas forcément les modèles plus sophistiqués, imposés dans certains secteurs comme la pharmacie. »
La Cram de Normandie a développé un formulaire de demande d'intérimaire, qui oblige à indiquer les risques liés au poste, à son environnement et les équipements de protection nécessaires. Lorsque l'agence possède ces informations, elle peut sensibiliser ses salariés. « C'est en expliquant à l'intérimaire qu'il va passer une peinture toxique qu'il verra l'intérêt de porter son masque de protection. Encore faut-il être au courant », illustre Jean-Pierre Lefèvre.
Adecco a développé des outils plus intractifs : « Nous déployons en 2010 un logiciel d'animation dédié au BTP pour évaluer et faire évoluer les comportements de nos intérimaires en matière de port d'EPI et leurs réactions face aux dangers », indique Michel Manent, le responsable des affaires sociales. De quoi renforcer la sécurité en amont même de la mission.











