Dossier

L'affaire des pilules de 3ème génération

Pilule de 3ème génération : 400 témoignages, un nouveau scandale sanitaire ?

Par  - Mis à jour le 29 janvier 2013, à 10h03 - Publié le
Pilule 3ème génération
© Gnarls Monkey - Flickr - c.c.

  Ce vendredi 25 janvier, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la première plainte déposée, en décembre contre la pilule Méliane des laboratoires Bayer, par Marion Larat. Jean-Christophe Coubris, son avocat, a reçu en quelques semaines plus de 400 témoignages de jeunes femmes, prenant des contraceptifs de troisième ou quatrième génération, qui ont été victimes d'accidents graves. Il répond aux questions de L'Usine Nouvelle.

Le 14 décembre dernier, le nom de Marion Larat, jeune bordelaise de 25 ans, devient célèbre lorsqu'elle porte plainte contre Bayer. Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2006, elle rend la pilule contraceptive de 3ème génération, produite par le laboratoire pharmaceutique allemand, responsable de son handicap. Elle a ainsi ouvert la voie à deux nombreuses jeunes femmes, elles-mêmes victimes d’accidents graves. Depuis, son avocat Jean-Christophe Coubris a réuni suffisamment d’éléments pour déposer à Bobigny 14 nouvelles plaintes contre 14 pilules. Outre Bayer, 4 autres laboratoires sont désormais concernés (Effik, Biogaran, MSD France, et Pfizer).

L’Usine Nouvelle - Après le Mediator et les prothèses PIP, est-on face à un nouveau scandale sanitaire avec l’affaire des pilules de 3ème et 4ème génération ?

Jean-Christophe Coubris - Nous avions déjà été sollicités par des victimes pour le Mediator ou les prothèses PIP. La différence cette fois-ci, c’est qu’il n’y a pas d’association de victimes pour faire l’intermédiaire. Les jeunes filles nous sollicitent directement.

Nous avons reçu près de 400 dossiers de jeunes femmes entre 15 et 25 ans ayant été victimes d’accidents graves : AVC, tromboses… Elles prenaient toutes des pilules de 3ème ou 4ème génération. Pour la plupart, ces accidents sont arrivés dans les 12 mois après la première prise. Donc oui, je crains que nous ayons affaire à un nouveau scandale sanitaire.

De quelle ampleur ?

Pour le moment, c’est difficile à déterminer. Mais grâce aux témoignages reçus, nous avons réuni tous les éléments dont nous avons besoin pour déposer au moins une centaine de plaintes au pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Paris. Je viens d’ailleurs de déposer 14 nouvelles plaintes pour 14 pilules différentes.

Outre Bayer, de nouveaux laboratoires sont donc mis en cause  (Schering, Merck et Pfizer, ndlr). Dans la mesure où les risques sont spécifiés dans la notice, peuvent-ils être réellement mis en cause ?

C’est avant tout le marketing et la communication des laboratoires que nous pointons du doigt. C’est leur volonté de minimiser les risques inhérents à la prise de ces pilules de 3ème et 4ème génération. Les laboratoires sont les premiers responsables même si les prescripteurs ont parfois pu faire preuve d’une certaine légèreté.

Il est important de préciser que toutes ces jeunes filles demandent avant tout à être reconnues comme victimes afin que s’engage une véritable réflexion sur la contraception en France. 

Des mesures ont été prises par le gouvernement. Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a notamment décidé d’avancer de six mois le déremboursement de ces pilules.

Il est satisfaisant que notre ministre de la Santé ait pris conscience de la gravité de la situation. Elle a notamment commandé une étude rétrospective pharmaco-épidémiologique sur les femmes sous contraceptif oral. Elle permettra de recouper les données de pharmacovigilance. Nous aurons les résultats de cette étude fin mars. Concernant le déremboursement, cette proposition est totalement inefficace. En effet, la grande majorité n’était déjà pas remboursée.

Toutefois cette mesurette montre qu’il y a un vrai danger. Il ne faut pas faire dans la demi-mesure, et prendre la décision adéquate qui est de suspendre la commercialisation. Le gouvernement peut prendre cette décision. Ensuite Bruxelles sera seule à même de juger si ces pilules doivent être interdites ou non.

Propos recueillis par Astrid Gouzik

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